À ne pas manquer

par  A. COLLINE, M. COLLINE
Publication : octobre 2016
Mise en ligne : 3 janvier 2017

Amateurs de bon cinéma, Aline et Michel Colline ont été si “emballés” par un film qu’ils souhaitent que tous nos lecteurs aillent le voir :

Ne manquez surtout pas d’aller voir le film Toni Erdmann, le troisième long métrage de la jeune réalisatrice allemande Maren Ade. En apparence, il s’agit d’une comédie burlesque, mais qui ne manque pas de subtilité !

Un père excentrique et farceur cherche à savoir si sa fille est heureuse. Brillante consultante d’une filiale allemande d’une multinationale de conseil aux entreprises, celle-ci est en poste en Roumanie, et sa façon de vivre semble à son père totalement étrangère son idée du bonheur…

Alors, par des gags loufoques, par des situations imaginaires et absurdes, ce père va perturber la vie intense et rigide de sa fille et révéler ainsi le carcan des conventions sociales.

C’est pourtant un film éminemment politique : il illustre les dégâts du libéralisme économique mondialisé. Car on découvre que la fille en question est chargée de répondre à la demande d’une compagnie d’exploitation pétrolière qui, cherchant la “rentabilité“, veut se décharger de la maintenance de ses installations sur un sous-traitant moins cher, chinois par exemple.

On va donc en Roumanie, de galeries marchandes (identiques évidemment à celles d’Allemagne, donc hors de portée de la plupart des Roumains) en sites industriels (à mettre aux normes européennes), et de réceptions guindées ou loufoques à la vie à la campagne, où la spontanéité humaine côtoie les dures réalités de la mondialisation.

La mise en scène est sobre, elle joue sur l’importance des détails du quotidien (vêtements, déguisement ou nudité) qui peuvent à tout moment faire basculer l’action. Les acteurs campent avec subtilité leurs personnages. Sandra Hüller est la fille, une Inès Conradi psychorigide et dominatrice, mais aussi fragile, elle trouve les opinions de son père trop simplistes, voire naïves. L’acteur de théâtre Peter Simonischek est à la fois le père, Toni Conradi, alias Toni Erdmann et aussi Winfried, un personnage déjanté, né de l’imagination de Toni pour essayer de retrouver sa fille perdue dans la mondialisation.

Maren Ade nous livre une conclusion désabusée quand Inès « fend l’armure » et retrouve la chaleur des relations humaines. Mais ce n’est qu’une parenthèse, vite refermée, car elle change de boîte et part en Chine prodiguer… les mêmes conseils !

Certains critiques ont fait la fine bouche devant ce film qui sort des sentiers battus du cinéma commercial. L’assimilant à une comédie, ils lui reprochent des gags jugés molassons par comparaison avec les comédies américaines des années 1920, 30, 40 (Chaplin, Keaton, Lubitsch, Capra ou même Hawks). Ils se sont trompés de lunettes, c’est bien un film politique, mais qu’ils n’ont pas voulu voir.