Ajouter à… ou sortir de… la confusion ?

par  J.-P. ABELSOHN
Publication : octobre 2011
Mise en ligne : 1er mars 2012

Pour sortir de “la crise”, peut-on compter sur une monnaie sociale, en complément de la monnaie actuelle ? Le débat est ouvert… Jean-Patrick Abelsohn (jpahome’arobase’free.fr) a participé à une réunion entre militants des monnaies parallèles, ce qui lui a suggéré les réflexions suivantes :

J’étais à Lyon en février dernier, pour une rencontre d’acteurs autour des monnaies sociales/complémentaires. Des visages. Je connais nombre d’entre-eux depuis des années, et, pour certains, leurs combats. Content d’être là, de faire la bise, de boire un coup, d’écouter, de lire.

Et pourtant, comme un malaise, en plénières, mais aussi en ateliers. Car ici, qui écoute ce qui se dit ? Et qui dit quoi ? Il est beaucoup question d’histoires d’argent englouti ou à engloutir dans la re-génération de liens sociaux. Et, pour parfaire et tenir tout cela, pour que tout le monde puisse participer, trouver sa place, il conviendrait même de reconnaitre la valeur de nombre de gestes d’humains et les mettre …rien moins que sur ce nouveau marché monétaire, accédant ainsi au rang d’autres services reconnus sur l’autre marché.

Excusez du peu, je dois être un peu dur d’oreille, ou bien mon cerveau est précocement vieillissant et me joue des tours : on m’a dit qu’il ne serait pas question de marchandisation puisqu’il s’agit de monnaies sociales/complémentaires ! Désolés, camarades, à ce niveau, j’encaisse pas et vous fiche ce billet dont vous pourrez dire tout le mal que vous voudrez.

Rien ne nous oblige à subir toute notre vie et léguer à notre tour ce que nous avons trouvé à la naissance. Je doute que la monnaie, qui est une prison en ce monde pour la majorité des gens, puisse être la clef, ou l’une des clefs, pour sortir de notre enfermement, de cette société marchande où la vie toute entière a la forme de marchandise et d’argent. Il faut pouvoir penser autrement. Les monnaies sociales et complémentaires offrent aujourd’hui au système économique dominant ce qu’apportait le Monopoly dans les années 60 : l’apprentissage de gestes qui l’aide à se maintenir. Soyons conscients qu’il s’agit de gestes de la reproduction de l’existant, avec tout un bel emballage pédagogique pour se donner l’impression d’avoir fait le grand saut. Tout juste un petit pas de côté. Et le système ne vous remerciera pas de régler avec les mêmes aliénations les problèmes dont ce système aliénant ne souhaite pas s’occuper. Ceux qui contestent ce système vont se retrouver à jouer entre eux, là, en périphérie, en banlieue des pouvoirs, avec leurs monnaies sociales et complémentaires.

Alors, camarades, tous banquiers ?

J’ose penser qu’il est une autre hypothèse, qui ne parlerait plus de revenu, d’argent à gagner et/ou à partager. Pour le moins penser sans argent pour construire/retrouver d’autres échelles de valeurs, de relations.

Je nous crois capables de poser une hypothèse qui donnerait plus de force aux principes distributistes et à la décroissance : l’hypothèse de l’abolition de la monnaie.