America über Alles

par  R. GRATTER DE SAINT-LOUIS
Publication : juillet 1990
Mise en ligne : 16 mars 2009

A l’heure où investisseurs et journalistes ont les yeux rivés sur ce "Nouvel Eldorado" qu’est l’Europe Orientale, les récents événements d’Amérique Latine sont passés quasiment inaperçus. Pourtant, une chose est claire : les Etats-Unis renforcent leurs positions en Amérique Latine.
En l’espace de quelques mois, la Maison Blanche y a semé (directement ou indirectement) le chaos, sans pour autant provoquer l’indignation de l’ONU ou des Gouvernements Européens... La doctrine de Monroë (l’Amérique aux Américains ! ) semble être rede-venue une des principales préoc-cupations du gouvernement Bush (qui suit d’ailleurs une politique similaire à celle de R. Reagan à ce sujet). C’est ainsi qu’après avoir contribué à l’endiguement sanglant de l’offensive du FMLN (Front Farabundo Marti de Liberation Nationale du Salvador), les Etats-Unis renversent le Général Noriega au Panama. Motif : trafic de stupéfiant. Mais la raison de cette intervention militaire (du très joli nom de "Juste Cause" - sic -) est à chercher ailleurs. Les Etats-Unis tenaient à ce que le Canal de Panama reste entre leurs mains (il devait revenir aux Panaméens en 1999) pour pouvoir y maintenir leurs bases militaires et contrôler ainsi une grande partie de l’Amérique Latine !!
Parallèlement, les "Tuniques Bleues" déclenchent une vaste opération antidrogue en Colombie ... Mais cette lutte contre les Narco-trafiquants n’est qu’un prétexte pour nettoyer le pays de la "peste marxiste" : Gauche Unie et M 19 (Mouvement de Guerilla Gevariste) deviennent alors les cibles privilégiées de la police et des militaires colombiens...
Pourtant, la grande victoire des Etats-Unis demeure sans contexte la défaite des Sandinistes aux élections de février 1990. Ce résultat est le fruit de dix ans de guerre menée par les Etats-Unis contre le Gouvernement Sandiniste (minage des ports, armement de la Contras, blocus économique). Le Nicaragua a voté UNO (Union Nationale d’Opposition qui est favorable à l’interventionnisme des EtatsUnis) pour tenter d’arrêter l’hémorragie humaine et écono-mique du pays .. La Maison Blanche est ainsi débarrassée d’un pays qui contestait sa suprématie en Amérique Latine. Mais les autorités NordAméricaines ne sont pas pour autant satisfaites. Un écueil demeure : le bastion cubain résiste toujours, malgré les nombreuses difficultés qui le frappent de plein fouet...
Après un blocus économique de plus de trente ans, !es Etats-Unis viennent de mettre au point une chaine de télévision (TV Marti) qui émet illégalement à Cuba. Face à cette agression médiatique, Fidel Castro réaffirme son inquiétude face à un éventuel conflit et avoue qu’il "sait quand commence une telle aventure, mais ne sait pas comment cela peut finir. Tout peut arriver, même lorsque l’on voit l’absurdité de tout cela" (conférence de presse du 3 avril 1990).
II semble désormais que l’intégration latinoaméricaine soit le seul rempart face à "l’Impérialisme Yankee". L’OEA (Organisation des Etats Américains) doit redoubler de vigilance si elle veut sauvegarder sa souveraineté, et par là même son identité...

Simon Bolivar ’Révolutionnaire du XIXe siècle qui tenta de fédérer les peuples d’Amérique Latine) avait vu juste quand il écrivait : "Les Etats-Unis semblent avoir été désignés par la Providence pour accabler l Amérique de misère au nom de la Liberté"...