Au fil des jours

par  J.-P. MON
Publication : novembre 1976
Mise en ligne : 12 mars 2008

« L’assainissement », ça continue toujours :
Les ministres de l’Agriculture des Neuf viennent de se réunir pour examiner le plan d’assainissement laitier. Afin d’enrayer la progression des excédents, la Commission des Communautés Européennes propose de verser une prime aux exploitants qui renonceront à la production laitière et d’assujettir les producteurs à une taxe de « prélèvement de coresponsabilité  ».
M. BONNET, ministre français de l’Agriculture, a donné les raisons de ce nouveau malheur qui frappe l’agriculture : malgré la sécheresse, la production de lait dans la Communauté a augmenté de 3% par rapport à la même époque de l’an dernier, et les stocks de poudre de lait chez les Neuf sont toujours très importants (de l’ordre de 1 400 000 tonnes).
Mais l’aberration du système ne s’arrête pas là  : en effet ; pour « maintenir des conditions de concurrence équitables  » entre le beurre et la margarine, la Commission suggère de taxer aussi les matières grasses végétales produites ou importées dans la Communauté Européenne Economique.
Excellentes mesures, comme on le voit, pour lutter contre la hausse des prix, priorité des priorités de l’action des gouvernements européens. Encore heureux qu’il y ait eu la sécheresse  !
Et pendant ce temps des milliers d’enfants meurent de faim dans les pays du Tiers-Monde.

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Une vieille idée de Jacques DUBOIN enfin reconnue  : la gratuité totale sur les réseaux de la S.N.C.F. et de la R.A.T.P.
C’est ce que propose parla bouche de Georges Sarre le Parti Socialiste.

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Une enquête publiée par « Le Monde  » sur la condition pénitentiaire nous apprend que la population carcérale est une population jeune et peu instruite : sur l’ensemble, 91% des détenus ont un niveau d’instruction au plus primaire et 9 seulement un niveau secondaire ou supérieur. Ce qui montre que les études, même dans le système actuel, ont un intérêt social évident.
Moralité : Quand Mme SAUNIER-SEITE, Secrétaire d’Etat aux Universités et M. HABY, ministre de l’Education, aidés par la loi ROYER, unissent leurs efforts pour freiner l’accès à l’enseignement supérieur, ils envoient des clients à leur collègue ministre de la Justice.

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M. Michel DEBATISSE, président de la puissante Fédération Nationale des Syndicats d’Exploitants Agricoles, réclame un REVENU SOCIAL pour les agriculteurs.
Après avoir rappelé que 45 des agriculteurs ont un revenu annuel inférieur à 10 000 francs, et qu’il y a parmi eux 1,2 « actif » pour 1 « inactif », à la question posée de savoir ce que devait faire un exploitant agricole dont la ferme n’est pas rentable, M. DEBATISSE a répondu
Il faut regarder la situation réelle. Il s’agit de savoir par quel moyen la collectivité peut lui assurer une amélioration de sa situation. L’Etat n’a-t-il pas intérêt à maintenir des agriculteurs qui n’ont pas d’exploitation rentable au plan économique, mais qui ne vont pas gonfler le nombre des chômeurs ? »
Si ce n’est pas là de l’économie distributive, qu’est-ce  ?

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La Suisse n’est pas un pays comme les autres : A 4 reprises en 1976 les prix ont baissé si bien que l’inflation cette année n’atteindra pas 1%. Il y a là de quoi faire rêver « le plus grand des économistes français  », qui devrait un peu réviser ses théories : n’apprend-on pas en effet que le déficit budgétaire de la Confédération Helvétique sera en 1977 en accroissement de 36% sur celui de 1976. Et, circonstance aggravante, le ministre suisse des Finances a averti ses compatriotes qu’il n’était pas question de poursuivre plus loin les compressions des dépenses sans risquer une réduction substantielle des investissements et sans porter atteinte aux prestations sociales de la Confédération.
En France, on veut à tout prix avoir un budget en équilibre, on ne craint pas de comprimer les dépenses ni de sacrifier les investissements, moyennant quoi on a un taux d’inflation supérieur à 12 % l’an.
Allons, M. BARRE, lisez Jacques DUBOIN.

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Lors de la dernière réunion, à Alger, du Club de Rome, la dangereuse organisation révolutionnaire que l’on sait, son président, M. Aurélio PECCEI, à déclaré : « L’ordre actuel est désuet, i l n’offre aucune base solide sur laquelle notre génération puisse construire un futur pour celles qui la suivront. Au contraire, c’est le futur même qui est en péril à moins que le système économique ne soit redressé. »
Alors, M. le Président, à quand l’Economie Distributive  ?