Au fil des jours

par  J.-P. MON
Publication : mars 1980
Mise en ligne : 22 septembre 2008

Savez-vous que l’U.R.S.S. est le premier client de l’Argentine et Cuba le second, que c’est l’U.R.S.S. qui fournira les turbines destinées à équiper l’énorme barrage que l’Argentine construit sur le fleuve Parana ? Savez-vous encore que les missions militaires argentines et soviétiques ne cessent de se rendre visite et qu’il est fortement question que l’Argentine achète des armes à l’U.R.S.S.?

Prolétaires de tous les pays, unissez-vous !

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Armons-nous et partez ! (refrain connu). Le président Carter déclarait le 29 janvier dernier : « La paix peut être maintenue dans le monde à la seule condition que les Etats-Unis soient prêts à être forts à l’intérieur et à l’extérieur... Nous n’avons pas assez de force pour défendre unilatéralement cette partie du monde (le Golfe Persique). Certains auront besoin d’une aide économique et militaire...  ».

Sous-entendu : nous serons là pour la leur offrir. Ça fera travailler notre industrie.

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La commission de douze membres que Carter avait désignée le 11 avril 1979 pour enquêter sur l’accident de la centrale nucléaire de Three Mile Island a déclaré notamment : « La croyance en une sécurité suffisante des centrales nucléaires est devenue une conviction. Cette attitude doit être modifiée. Il faut savoir que la puissance nucléaire est potentiellement dangereuse de par sa nature même et qu’il faut continuellement se demander si les sauvegardes déjà en place suffiront à prévenir des accidents graves. »

Voilà qui nous change des affirmations péremptoires de notre ministre de l’Industrie et des responsables E.D.F. qui prennent les Français pour des débiles.

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Les conclusions de ladite commission ne sont pas restées lettres mortes comme c’est souvent le cas en France : dans le budget 1981 des Etats-Unis, on trouve une augmentation de 2,4 milliards de dollars pour les programmes de recherche sur l’énergie et... une baisse de 200 millions de dollars des crédits consacrés à la fission nucléaire. Le gouvernement estime en effet que « les réacteurs surrégénérateurs ne seront pas rentables avant l’année 202’ et même peut-être plus tard. »

Le gouvernement a aussi coupé les fonds pour la construction de l’usine de Clinch River. Par contre, les crédits destinés aux recherches sur la sécurité des réacteurs ont été portés de 25 à 40 millions de dollars.

Ces Américains sont vraiment des timorés... Nous, en France, on fonce sur les surrégénérateurs. On est les meilleurs (avec les brevets américains...) et on ne risque rien puisqu’on vous le dit ! »

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Toujours aux Etats-Unis, le déficit du budget sera de 15 milliards de dollars, en principe... En fait, les experts pensent que ce déficit pourrait être annulé grâce au coup de fouet attendu dans les industries d’armement (voir plus haut).

Si les prévisions des experts se’ réalisent, le gouvernement procèdera à des réductions d’impôts.

Ils en ont de la chance, ces Américains. Nous, on va accroître notre potentiel militaire, mais ca nous coûtera plus cher !

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Tout le monde sait que l’Italie est mal gouvernée, voire pas gouvernée du tout : les crises gouvernementales se succèdent, la plus grande anarchie règne, etc... Pourtant, malgré une inflation croissante et un chômage qu’on ne parvient pas à résorber, le produit national brut a augmenté en 1979 de 5 %, la productivité aussi et les exportations aussi. La balance des paiements courants présente un excédent de près de 25 millions de francs et les coffres-forts de la Banque d’Italie sont pleins à craquer. Les réserves représentent 38 milliards de dollars dont 25 milliards en or. Quant aux salariés, ils bénéficient toujours de l’échelle mobile.

Dites-moi, ça sert à quoi d’avoir pour Premier ministre le premier économiste de France ?

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Je ne vous ai pas encore parlé de pétrole ce mois-ci. Eh bien, sachez que l’excédent de l’offre sur la demande atteint sans doute près d’un million de barils par jour. Plusieurs gros spéculateurs qui avaient acheté du pétrole brut au Moyen-Orient avant Noël ont dû revendre à perte leur cargaison.

Selon « le Monde du 31 janvier dernier, plus d’un million de tonnes de brut approcheraient des ports européens ou américains sans avoir trouvé d’acquéreur...

Le chômage des navires pétroliers recommence à croître, particulièrement dans le Golfe Persique et les tarifs d’affrètement ont diminué de près de moitié depuis l’été dernier.