Au fil des jours

par  J.-P. MON
Publication : juin 2001
Mise en ligne : 29 septembre 2008

 Suppressions d’emplois

Elles continuent, bien sûr, même si certaines entreprises commencent à ne plus savoir où trouver le personnel dont elles ont besoin[Le Monde, 17 mai 2001.]], car les licenciés ne n’ont pas le profil que les recruteurs recherchent. Je ne vais pas, comme d’habitude, vous donner la liste des entreprises qui viennent de licencier ou qui vont licencier dans un proche avenir. Elle est trop longue. Mais j’insiste sur le fait qu’il ne s’agit pas d’un problème français mais d’un phénomène mondial : les 42 entreprises qui licencient, souvent massivement, et dont j’ai relevé les noms au mois d’avril, sont tout autant américaines qu’européennes.

 
Corruption

Au Royaume-Uni, la corruption atteint un niveau record dans le monde des affaire [1]. Selon le ministre du Commerce et de l’Industrie, le nombre de chefs d’entreprise britanniques démis de leur fonction en raison de pratiques illégales a atteint en 2000 un record inégalé. 1.593 procédures ont été engagées l’an dernier et les tribunaux ont interdit d’exercice 1.500 directeurs de compagnie indélicats (record de tous les temps). Le secteur du commerce et celui de l’habillement, suivis par celui du bâtiment viennent en tête des malversations.

 
Endettement

Aujourd’hui, 56% des actifs financiers détenus par les Américains sont constitués par des valeurs boursières, contre 28% en 1989. Selon les chiffres de la Réserve fédérale l’endettement des Américains est évalué à quelque 17.500 milliards de dollars. Cet endettement a connu une croissance plus forte encore que celle de l’acti-vité économique, de l’ordre de 6,5% par an au cours des dernières années. Ce qui a entraîné un alourdissement considérable de la dette des ménages. De moins de 12% du revenu disponible au mileu de la dernière décennie, il est passé actuellement à près de 15%.

 
Bienvenue fièvre aphteuse…

Dans un article intitulé “l’abondance, un mythe ?”, publié dans la Grande Relève N°983 (décembre 1998), on pouvait lire : « … Eh bien, non seulement l’abondance est plus que jamais possible, non seulement la production est de plus en plus mal distribuée, mais on en revient même aux scandaleuses destructions de richesses, et toujours dans le but — honteux mais avoué – de maintenir les prix. à preuve cet article du Sunday Telegraph annonçant que les fermiers vont tuer leurs moutons si les prix baissent : 20.000 bêtes vont être abattues avant l’hiver parce qu’un mouton se vend moins cher qu’une balle de foin. Les fermiers des Shetlands se plaignent que le transport d’une bête coûte, à lui seul plus que le prix de la bête. Plus généralement, le syndicat des fermiers du Royaume-Uni a montré que leurs revenus avaient chuté de 80% au cours des deux dernières années et que nombre d’entre eux sont acculés à la faillite. Un appel à l’aide a été lancé au gouvernement pour sauver les professionnels de l’élevage, dont le revenu moyen aurait été de 80.000 £ (à peu près 6.000 F par mois) ; les plus petits et les éleveurs de porcs auraient même perdu de l’argent ».

Un peu plus de deux ans après, comment ne pas imaginer que l’abattage massif des ovins, bovins et autres porcins a été le bienvenu pour maintenir les prix… ?

 
Liberté libérale !

Le secrétaire au trésor américain, Paul O’Neill, a mis en garde le 10 mai au soir l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économique) contre toute tentative de décider d’un taux minimal d’imposition pour lutter contre l’évasion fiscale [1]. Les paradis fiscaux ont encore de beaux jours devant eux !

 
Complexe monétaire

Décidément, Lionel Jospin fait des complexes pour tout ce qui touche la monnaie. Nous avons vu dans le numéro de mai de la GR comment il concevait le rôle des politiques dans la gestion de l’euro. Le voici maintenant qui demande [2] que les Français apportant des espèces en francs à leur banque (et l’on sait qu’il y en a pour quelque 150 milliards provenant en majeure partie de trafics divers ou de travail au noir) « puissent se voir proposer gratuitement des espèces de même montant en euros et non obligatoirement une inscription sur leur compte ». Merci pour les facilités de blanchiment (d’autant plus qu’on pourra disposer de billets de 500 euros !)

 
Virage à 180°

Les deux auteurs du rapport Du bien être des nations – le rôle du capital humain et social, effectué pour l’OCDE et publié le 10 mai, recommandent aux gouvernements occidentaux « une forte hausse des investissements publics dans l’éducation, surtout dans la formation tout au long de la vie et en particulier en direction des personnes les plus menacées d’exclusion du marché du travail » et préconisent « la réduction et l’aménagement du temps de travail afin de favoriser l’engagement associatif et la vie familiale des salariés » ainsi que « l’augmentation du financement public d’associations de bénévoles, le maintien des prestations de soins de santé à l’échelon local, l’association des citoyens aux décisions administratives ayant des incidences sur la vie de la communauté ».

Quelle évolution !


[1Le Monde, 12 mai 2001.

[2La Tribune, 17 mars 2001.