Au fil des jours

par  J.-P. MON
Mise en ligne : 31 octobre 2008

 Business is business

L’Iran reste encore un des pays de « l’axe du mal », contre lequel Bush lancerait bien ses troupes pour en faire un nouvel Irak. Seulement voilà : en proie à une forte sécheresse, l’Iran a contacté les États Unis pour se fournir en blé [1]. Selon le ministère américain de l’agriculture, la République Islamique d’Iran a acheté en juin environ 1,18 million de tonnes de blé dur. Au fil des mois, ce chiffre ne cesse d’augmenter et représente presque 5 % des exportations américaines prévues par le ministère américain de l’agriculture. Les dernières importations iraniennes de blé américain remontaient à la campagne 1981-82. Comme quoi le réchauffement climatique réchauffe aussi le commerce … et en année électorale, il faut bien faire plaisir aux agriculteurs-électeurs.

 Encore un paradis perdu ?

On se souvient que la Pologne constituait jusqu’ici un paradis pour les “délocaliseurs” occidentaux qui y trouvaient une main d’œuvre qualifiée et peu chère. Il semble que ce “bon temps” risque bientôt de n’être plus qu’un souvenir. Le 29 août, à l’avant-veille de son 28ème anniversaire, le Syndicat Solidarité, qui reste une force importante en Pologne, a appelé les travailleurs à une grande manifestation pour réclamer « un travail digne, une retraite digne, une vie digne » [2]. Plus de 50.000 personnes venues de toute la Pologne sont venues manifester à Varsovie. Solidarité entendait ainsi faire pression sur le gouvernement qui prépare un projet de loi qui priverait plusieurs corps de métiers (cheminots, enseignants, artistes, journalistes, …) de retraite anticipée ou proposerait, à la place, des préretraites moins généreuses. Avant le début de la manifestation, le président de Solidarité a appelé la foule à lutter pour « un travail effectué en sécurité, bien organisé et rémunéré décemment qui vaudra par la suite une retraite honnête qui n’obligera pas les personnes âgées à se tourner vers l’assistance sociale ».

Bien entendu, comme partout dans l’Europe libérale, le prétexte invoqué pour la réforme est le déficit prévisible des caisses du système de retraite, qui, selon le ministre de l’économie, devrait s’élever à quelque 48 milliards d’euros dans les années 2009-2013.

Une première réforme du système de retraites avait été effectuée en 1999 pour obliger les salariés à cotiser, non seulement au fonds de l’État, mais aussi, et obligatoirement, à des fonds privés, alors qu’auparavant, ils ne cotisaient qu’à un grand fonds commun. Les premières retraites obtenues dans ce nouveau régime seront versées à partir du 1er janvier 2009.

Elles seront 25 % plus faibles que les anciennes !

 La vraie raison

Pierre Moscovici, député du Doubs et secrétaire national du Parti Socialiste donnait [1] récemment son point de vue sur la voie que devrait suivre le PS pour revenir au pouvoir « dans un monde en bouleversement dangereux ». Pour lui ce chemin doit « emprunter trois pistes » : le Parti socialiste doit s’affirmer « réformiste, européen, attaché à la transformation sociale », se revendiquer « laïc, féministe, internationaliste, ancré dans une économie de marché qu’il veut économique et sociale » et « se battre pour ces valeurs ». « Cela implique de remettre le parti, tout le parti, au travail sur les grandes questions de la période, afin de définir le projet des socialistes pour le XXIème siècle, de concert évidemment avec nos amis socialistes européens ». Bref, on ne peut pas être plus vague ! Il y a dans ces lignes tout ce qu’il faut pour éloigner encore un peu plus les électeurs du projet socialiste. Ce n’est que du copié-collé des programmes des partis sociaux-démocrates européens… qui perdent le pouvoir les uns après les autres : « le Parti démocrate italien s’est effondré aux dernières élections après s’être coupé des gauches extrêmes ; le SPD allemand hésite entre centrisme et radicalisme. Depuis un an, les élections qui ont eu lieu en Italie, en Irlande, en Belgique, en Pologne, au Danemark, en Grèce, en Estonie, en Finlande, se sont soldées par la défaite de la gauche » [3]. Sur les 27 pays de l’Union Européenne, seuls sept restent sociaux-démocrates. Et les coalitions avec les conservateurs qui gouvernaient en Allemagne et en Autriche ne tiennent plus, face à la montée de l’extrême droite. À la fin des années 90, il y avait des socialistes au pouvoir dans 11 pays de l’UE qui ne comptait alors que 15 États membres. Pourquoi ce basculement ? La gauche “radicale” explique : parce que « la social-démocratie s’est perdue en cédant passivement aux sirènes libérales » [3] ; parce qu’elle n’a pas su « à la fois, conserver son idéologie et son génie propre (création de l’État providence, justice sociale, redistribution des richesses) et intégrer une économie de marché bousculée par la mondialisation et les migrations internationales » nous dit, entre autres raisons, le journaliste du Monde, auteur de La gauche est en crise partout en Europe [3].

Michel Rocard était certainement beaucoup plus près de la vérité lorsqu’il a avoué au cours de l’Université d’été du PS : « Nous n’aurions pas du céder nos instruments d’intervention dans l’économie, nous n’aurions pas du céder sur la Banque de France qui permettait à l’État d’émettre du crédit, alors qu’aujourd’hui il est contraint de l’emprunter aux banques privées… » Il a même reconnu sa propre responsabilité dans cet abandon ! Vous aurez sans doute remarqué que la grande presse n’a pas donné beaucoup d’échos à ces propos marqués du sceau du bon sens.


[1Le Monde, 27/08/2008.

[2Le Monde, 31/08/2008.

[3Le Monde, 24/09/2008.