Au fil des jours

par  J.-P. MON
Mise en ligne : 31 janvier 2009

 La gauche capitaliste

C’est le titre de la rubrique Carte Blanche du Monde, le 10 décembre. Philippe Askénazy, Directeur de Recherche au CNRS, y expliquait comment, aux États–Unis, le Parti démocrate, contrairement au Parti socialiste français, s’est maintenant complètement décomplexé et assume des « fondamentaux de centre gauche rénovés », dont la création d’un salaire minimum fédéral, « clone du smic français menacé », automatiquement indexé, et que le président élu Obama s’est engagé à porter en 2011 à 1.400 dollars (à peu près 1.000 euros) par mois pour un emploi à 34 heures par semaine (un plein temps chez Wal-Mart). Le programme éducatif démocrate se rapproche étonnamment du modèle que Darcos cherche à détruire en France. La question de l’immigration, qui « tétanise la gauche de gouvernement en France », est abordée de manière tout à fait nouvelle : les démocrates veulent refaire de l’Amérique une « nation d’immigration » et proposent aux sans papiers non seulement une régularisation mais aussi une « véritable voie vers la citoyenneté ». Comme le fait remarquer Askenazy, « cette affirmation politique est encore impensable en France » ; elle est pourtant porteuse de gains économiques pour l’économie américaine, comme l’a été pour l’Espagne, au cours du premier mandat de Zappatero, la régularisation massive des sans papiers qui s’est traduite par des milliards d’euros d’impôts et de cotisations sociales. En bref, résume Askenazy « impôts, santé, recherche… de nombreux autres pans du programme d’Obama ont une tonalité plus proche du projet de Nouveau Parti anticapitaliste de Besancenot que de celui esquissé par les différentes motions du PS ».

Il ne faut cependant pas se faire d’illusion : Obama n’est pas anticapitaliste. C’était le candidat préféré des capitalistes qui ont amplement financé sa campagne parce qu’ils ont compris que la politique d’exacerbation des inégalités et de suppression des services publics devenait dangereuse et qu’il fallait désormais une politique « faisant passer la société avant l’économie ». Les capitalistes français, eux, sont restés pour la plupart « arc-boutés sur des visions autoproclamées économico-efficientes, alors qu’elles ne sont que des lambeaux d’idéologies du siècle dernier »… que la “gauche de gouvernement” continue à vénérer.

Quant à la politique menée par l’équipe à la botte de Sarkozy, elle ne va pas tarder à se trouver en complète opposition avec celle menée aux États-Unis. Mais, sans attendre, « les forces progressistes françaises doivent construire une doctrine rénovée ».

Apparemment ça n’en prend pas le chemin !

 La situation des SDF s’aggrave en Europe

Dans plusieurs pays européens, la récession a aggravé la situation des sans-abri.

Au Royaume-Uni, qui subit sa pire crise économique depuis 1946, un nombre grandissant de foyers sont incapables d’assurer le remboursement de leur prêt hypothécaire et on estime qu’en 2009, 75.000 familles pourraient perdre leur logement. Les associations caritatives évaluent à 400.000 le nombre de SDF fin 2008.

L’Italie s’appauvrit et les bénévoles qui distribuent des repas dans tout le pays constatent qu’ils ont désormais à faire à une nouvelle population : « Nous ne distribuons plus seulement l’aide alimentaire à des immigrés ou à des personnes qui vivent dans la rue, mais à des gens qui possèdent une maison et des revenus ».

 Le système D japonais

Deuxième puissance économique mondiale, le Japon est tout autant touché. Il y a 20 ou 30 ans, avant que le capitalisme ne se déchaîne au niveau mondial, le “pays du Soleil levant” était souvent cité en exemple pour l’attention qu’il portait à ses vieux. Dans les entreprises, le “coin de la fenêtre” était célèbre, c’est la place que l’on réservait aux vieux travailleurs, alors assurés d’un emploi à vie.

Un peu plus tard, le gouvernement japonais « exportait » ses vieux avec un bon pécule vers des pays accueillants, au climat agréable, pour y constituer en quelque sorte des colonies de vacanciers permanents. Cela faisait un peu de place dans les entreprises.

Las ! il fallut bien un jour que le Japon adopte les règles du capitalisme triomphant : fini l’emploi à vie, baisse des retraites et des pensions (mais hausse des cotisations), creusement des inégalités … Avec une conséquence inattendue : l’augmentation de la délinquance des personnes âgées. Le nombre de personnes âgées reconnues coupables de crimes et délits a été multiplié par 5 en 20 ans alors que cette population a simplement doublé pendant cette même période. Une enquête commandée par le ministère de la justice montre que « les plus de 65 ans sont arrêtés aussi bien pour des vols que pour des agressions ou des homicides » et que « la principale cause de cette délinquance est le manque de ressources ». « Je voulais économiser mon argent », ou « J’avais faim » expliquent les personnes condamnées pour vol. Beaucoup tombent dans la délinquance pour aller en prison : là, ils auront droit à 3 repas par jour et le personnel s’occupera d’eux. Certains, sans famille ni relation, volent chaque fois qu’ils sont remis en liberté. « Je ne sais comment faire pour obtenir de l’aide du gouvernement. Le vol, je connais. Alors, je vole », dit l’un d’eux. « En prison, on peut dormir, manger et travailler », dit un autre. Le gouvernement japonais envisage de créer des centres spéciaux pour accueillir les prisonniers âgés et quelques associations engagées dans l’aide aux SDF élargissent leur champ d’action aux personnes âgées seules. Mais les mesures prises sont insuffisantes.

Encore heureux que les prisons japonaises soient décentes, contrairement à celles de notre beau pays !