Au fil des jours

par  H. MULLER
Publication : juin 1982
Mise en ligne : 27 janvier 2009

REVOLUTION MONETAIRE

Signalée comme un événement relativement mineur, la mise en service à Lyon, CAEN et BLOIS, de cartes de paiement à mémoires, équipées de micro-fusibles, constitue l’amorce d’une véritable révolution monétaire. Chargée d’un certain crédit prélevé sur le compte « avoir » du titulaire, cette carte à circuits intégrés s’en décharge au fur et à mesure des achats, se positionnant dans un lecteur qui enregistre à la fois le débit du client et la recette de son fournisseur.
Quand les gens auront pris l’habitude de cette monnaie électronique, de cette carte que l’on « approvisionne » à la banque et qui se vide en fonction des paiements, alors naîtra la «  monnaie de consommation ». Il suffira de neutraliser dans le lecteur de carte le dispositif transfert débit-crédit et de remettre à chaque consommateur, salariés et non salariés, producteurs et distributeurs, sa propre carte de paiement. Ainsi seront supprimés les mouvements d’argent d’un compte à un autre, chaque personne adulte ayant le sien crédité périodiquement selon un barème à définir à l’intérieur de chaque profession, libre de « charger sa carte à concurrence de ses besoins hebdomadaires ou mensuels, de son revenu ou de son avoir.
Gagée sur un ensemble de valeurs d’offres rendues indépendantes des coûts, la monnaie de consommation distribuée en guise de revenu, devient le revenu lui-même. Ce revenu mis en place selon de nouvelles conventions, doit répondre à de nouveaux critères tenant compte dans une plus large mesure de l’âge et de l’ancienneté, de la qualification de l’individu, de la fonction qu’il remplit, de son utilité sociale, de sa compétence, de son efficacité, enfin de ses besoins particuliers, individuels et familiaux, c’est-à-dire de son revenu antérieur. Il serait en effet maladroit et inutilement cruel de transformer les mieux nantis assurant aujourd’hui des postes de responsabilité, en révoltés victimes d’une révolution qui se veut sans perdants afin d’obtenir ses meilleures chances de réussite, la maintenance à un rythme soutenu d’une production de qualité.
On discerne les immenses simplifications apportées à la vie courante par l’usage d’une monnaie de consommation, celles découlant notamment de la disparition du profit en tant que source de revenus, de la suppression des emplois et organismes dont la seule fonction est, actuellement, d’assurer la circulation de l’argent, la formation des revenus. Gagée par les fruits du travail commun, la monnaie de consommation remplit le rôle d’une monnaie-matière à usages polyvalents. Elle assure la sécurité des familles, moralise les activités, met un terme aux ruineuses concurrences sources de gaspillages. Elle donne le feu vert à la qualité dans l’abondance.
A l’heure où les socialistes sont acculés aux expédients, aux solutions bâtardes pour faire face à une crise qui n’en finit pas, la monnaie de consommation devrait apparaître comme le Deus ex machina propre à résoudre bien des problèmes.

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Premiers melons à 120 F. - Après les asperges à 42 F, les fraises à 60 F, les haricots verts de Haute Volta à 38 F sur les marchés forains de province, c’est au tour du melon à 120 F de relancer l’inflation. Un gouvernement devrait-il laisser le champ libre à une commercialisation de ce genre, insulte à une population effarée d’apprendre qu’il existe une demande à ce prix démentiel ?
Un sondage aurait tôt fait de mettre fin à cette rumeur habilement propagée selon laquelle les producteurs ont l’obligation de faire face aux fantaisies de quelques lots d’acheteurs fortunés, au snobisme accusé, disposant de la faculté d’exercer à leur tour une pression sur d’autres prix, afin de satisfaire leurs envies, leurs lubies. C’est ainsi que de fil en aiguille, de nombreux prix se trouvent chargés, en chaîne, des augmentations apportées au départ à quelques uns d’entre eux, cela, à l’initiative de quelques expéditeurs, grossistes et détaillants.
Le gros des consommateurs attend sagement le mois d’août pour manger du melon. Il n’a que faire des melons poussés en serre chauffée, récoltés en avril. Ce sont les producteurs, toujours à la recherche de prix les plus élevés, qui inventent de telles légendes. Et les commerçants sont ravis de gagner leur journée par la vente de quelques melons à 120 F sans se préoccuper des conséquences sur les autres prix.
Il faut mettre fin au scandale des primeurs affectés de pareils prix. On ne le fera pas en se bornant à constater le fait et à gémir.
Commerce et démocratie n’ont pas tellement d’atomes crochus, sans quoi il y aurait plus d’égard pour une clientèle majoritaire. S’ils sont quelques uns à réclamer du chevreau à 60 F, infiniment plus nombreux sont ceux dont la demande se situe bien au-dessous d’un tel prix. Les intérêts du commerce s’opposent, en permanence, à ceux de la grande majorité des consommateurs qui subissent le dictat des prix. Politiquement, les gens du négoce accordent leurs suffrages aux candidats de ces minorités qui achètent n’importe quoi à n’importe quel prix, font la vie chère et alimentent l’inflation.

(Extraits de « Bloc-Note économique »)