Au fil des jours

par  J.-P. MON
Publication : mars 2012
Mise en ligne : 31 mars 2012

 Un combat idéologique

C’est celui que veut mener Dupont-Aignan contre Sarkozy. C’est une vieille affaire [1] qui remonte à 1998 : le RPR, ancêtre de l’UMP, devait se prononcer sur le traité d’Amsterdam et le rôle de Sarkozy a été décisif dans la décision du RPR d’approuver le traité, bien qu’une quarantaine de députés aient voté contre. Ce jour là « J’ai assisté au naufrage du RPR » dit Dupont-Aignan. Après un détour par le RPF créé par C. Pasqua, qu’il quitte parce « c’était opaque et foireux », il participe en 2002 au congrès de fondation de l’UMP dont il brigue la présidence. Il est battu par Juppé. En 2004, il se représente mais cette fois-ci contre Sarkozy qui l’emporte grâce à « une triche éhontée ». Il présente à la même époque au sein de l’UMP une motion pour le non au référendum sur le traité constitutionnel, mais c’est le oui qui l’emporte largement. « Trois combats menés, trois combats perdus. J’en ai tiré la conclusion qu’on ne peut pas lutter de l’intérieur dans un parti autocratique. L’UMP est devenu un parti bourgeois, libéral, européiste, conservateur qui a enterré l’idéal gaulliste ». Il quitte l’UMP en janvier 2007. Parlant de l’élection de Sarkozy à la présidence de la République, il rappelle : « J’avais dit que ce serait le quinquennat de la frime, du fric et du show-biz ; ça ne lui pas plu ». Il avait bien vu ! Les jeunes qui adhèrent au parti qu’il a fondé, Debout la République, sont « dégoûtés du PS, écœurés du sarkozysme ». « Ils ont besoin de valeurs face à la mondialisation ». Son programme est centré sur la sortie de l’euro comme monnaie unique et sur la dénonciation du système dans lequel nous vivons. « Nous sommes entrés en résistance… Il n’y a pas de sortie de crise possible avec ces gens-là. Il faudra se débarrasser d’eux. Ils vont tuer la France comme ils sont en train de tuer la Grèce.…L’élection présidentielle va me permettre de le dire à un grand public… Les Français attendent d’autres personnalités. On est dans un système épuisé qui ne veut pas voir la réalité. En 2017, ce sera Montebourg-Dupont-Aignan parce que nous sommes au centre de la refondation… » Encore un qu’on va traiter de populiste !

 Populisme

C’est un mot flou et « dénué de concept » écrit dans son livre [2] Benoit Schneckenburger. On l’emploie maintenant à tout bout de champ. Selon l’auteur, c’est en 2005, lors de la campagne sur le projet de traité constitutionnel, que l’usage du mot “populisme” s’est généralisé : « La haine contre le peuple qui s’est exprimée après le non montre à l’évidence que lorsqu’il décide démocratiquement, à l’issue d’un long débat public, contre les élites c’est qu’il s’est trompé ». On a vu récemment combien l’annonce d’un référendum en Grèce au sujet de la dette a terrorisé les gouvernants de l’Union européenne qui ont tout fait pour qu’il n’ait pas lieu. En fait c’est « la peur du peuple » qui serait derrière cette dénonciation du populisme. Pour Schneckenburger, si le populisme est le « symptôme d’une crise de la démocratie », il en est aussi une chance car « si l’on ne confond pas les aspirations populaires avec la démagogie et la xénophobie, le populisme est l’autre nom de l’espoir démocratique. Il s’agit de redonner au peuple une image et une parole confisquées ».

 Récession

La Commission européenne prévoit que le PIB de la zone euro devrait reculer de 0,3% en 2012 alors qu’en novembre les “experts” pensaient qu’il augmenterait de 0,5%. L’UE dans son ensemble devrait, par contre, connaître une croissance modeste. On ne peut pas trouver de meilleure preuve de l’échec de la monnaie unique ! La Commission a aussitôt délivré son diagnostic : les exportations européennes souffrent de l’affaiblissement de la demande mondiale et de la faible confiance des milieux d’affaires et des ménages. Mais heureusement, note-t-elle, le « risque de resserrement de crédit a été réduit largement grâce aux mesures d’approvisionnement en liquidités de la BCE ». En outre, la Commission prévoit une reprise de l’investissement et de la consommation au second semestre. Douze chefs de gouvernement ont signé une lettre commune destinée à la Commission dans laquelle ils écrivent que « la crise à laquelle nous sommes confrontés est également une crise de la croissance ». Pour eux la relance doit passer par une plus grande ouverture des marchés des services, de l’énergie et du commerce en ligne. Quelle nouveauté !

 Une occasion manquée ?

Une récente [1] chronique internationale de Bruno Frachon était intitulée « Tout le monde réarme, sauf les européens ». On y apprend que dans les dix prochaines années la Russie prévoit de passer 583 milliards d’euros de commandes militaires « pour contrer les efforts des Etats-Unis et de l’OTAN en matière de défense antimissile » ; ces dépenses représenteront alors 5 à 6% de son PIB. La Chine de son côté aura doublé son budget militaire d’ici à 2015 pour atteindre 180 milliards d’euros, ce qui correspondra à 2% de son PIB. Les Américains, eux, veulent rester une puissance militaire écrasante : à eux seuls, leurs dépenses militaires dépassent 40% de l’effort militaire mondial. Leur budget de défense pour 2011 (plus de 525 milliards d’euros) était à peine inférieur au total de ce que la Russie veut dépenser d’ici à 2022. Et l’Europe dans tout ça ? Elle désarme massivement. Elle ne s’estime pas concernée par la course aux armements. Pas étonnant qu’elle soit en récession…

Mais, alors que tous les pays européens taillent dans leur défense, il y a heureusement des exceptions : la France et l’Angleterre.


[1Le Monde, 24/2/2012.

[2Populisme, le fantasme des élites, Bruno Leprince, éd. 2012.