Au fil des jours

par  J.-P. MON
Publication : juin 2013
Mise en ligne : 23 septembre 2013

 Ah, si c’était vrai !

« La Commission européenne n’a pas à dicter ce que nous devons faire » a déclaré François Hollande lors de sa visite en Aveyron le 29 mai. Il répondait ainsi à la sommation faite par la Commission de Bruxelles de procéder dès cette année à une nouvelle réforme des retraites en suivant les modalités qu’elle prescrivait.

Les retraites ne constituent d’ailleurs qu’un sujet de la liste des “recommandations“ [1] adressées à la France. Ainsi la Commission critique-t-elle, entre autres “anomalies” françaises, la trop grande segmentation du marché du travail, le chômage massif des jeunes, (comme si ce n’était qu’un problème français [2]), le faible niveau d’activité des travailleurs âgés… Et comble de suffisance, elle insiste pour que soit lancée en « urgence » une réforme de l’assurance chômage pour rendre plus « attractif » le retour au travail (vers des salaires plus faibles sans nul doute !). Enfin, cerise sur le gâteau, elle recommande de réduire le coût du travail en abaissant les contributions sociales des employeurs et met en cause le trop haut niveau du SMIC français et les trop nombreux taux réduits de TVA. Toutes ces injonctions ont l’air d’avoir vraiment fâché Hollande : « Nous, nous avons à respecter les engagements européens par rapport à la réduction des déficits. En ce qui concerne les réformes structurelles, c’est à nous, et à nous seuls, de dire quel sera le bon chemin pour atteindre l’objectif ». Acceptons en l’augure tout en n’oubliant pas qu’une conférence sociale doit se tenir les 20 et 21 juin avec les partenaires sociaux afin d’établir un projet de loi qui devrait être débattu en septembre. C’est alors que nous verrons si Hollande a tenu !

 Vers un préfascisme ?

C’est le titre de la chronique de J.C. Guillebaud publiée dans le Nouvel Observateur paru le 30 mai, où il explique que les risques de préfascisme « s’accumulent dans une Europe meurtrie par la crise, précarisée par le chômage, déçue par les partis politiques traditionnels et tentée par les discours musclés […] Les vrais perdants seront non pas seulement les gauches du continent mais les tenants du progressisme européen en général. Un progressisme social déjà si moribond qu’on peut appliquer à notre Parti socialiste recentré la cruelle formule d’André Siegfried : une droite moderne n’est souvent qu’une ancienne gauche ». Guillebaud croit le risque préfasciste bien réel et rappelle que l’essayiste néerlandais Rob Riemen exhortait les Européens à tout tenter pour éviter que l’histoire ne se répète [3] en dénonçant une société … où la politique n’est plus un espace public réservé aux débats sérieux mais « une sorte de kermesse dans laquelle les hommes politiques affichent une image et des slogans dans le seul but de s’emparer du pouvoir et de le garder. […] Comment résister aux tentations fascistes quand gouvernements et sophistes abandonnent leurs peuples à leur désarroi tout en leur répétant que l’humanisme est ringard et que l’idée de valeurs universelles appartient au passé ? ».

 La repolitisation de l’Église

• En France, les manifestations contre la loi Taubira ont mis en évidence le réinvestissement par l’Église de la sphère politique qu’elle semblait avoir abandonnée depuis la fin des années 1970 pour un retour au spirituel. Le réengagement actuel s’est fait autour des questions de biopolitique [4].

Alors que depuis les années 1960, les évêques avaient, semble-t-il, pris l’habitude d’être relativement discrets sur les questions politiques, ils se sont fermement affichés dans le combat contre le mariage gai et les prêtres “de base” se sont mis à parler politique dans leurs homélies, ce qu’ils ne faisaient plus. Ce regain d’activisme a fait sortir de l’ombre dans laquelle ils se terraient les militants d‘associations d’extrême droite tels que Alliance Vita ou Civitas… Mais même si les manifestations ont rassemblé beaucoup de monde, l’Église n’en a pas tiré le bénéfice escompté car de nombreux fidèles ont été choqués par « l’hystérisation des débats » et ont cessé d’aller à la messe.

• En Espagne [5], c’est le gouvernement de droite de Mariano Rajoy qui vole au secours de l’Église catholique en grande difficulté après son fructueux concubinage avec la dictature franquiste. Car, avec le retour de la démocratie, ses couvents et ses églises se sont vidés faute de candidats et de fidèles tandis qu’un nombre grandissant de citoyens optent pour le mariage civil et que dans les écoles les cours de religion sont désertés. Et voici que le gouvernement espagnol décide de faire de l’enseignement de la religion catholique une matière obligatoire comptant pour les examens de fin d’études. Comme s’il y avait des citoyens de première et de seconde division, cette seconde division étant constituée par les athées, ceux qui pratiquent une autre religion ou ceux qui, bien qu’étant catholiques, pensent que l’école publique a le devoir d’être laïque. Si l’inclusion de la religion dans les cursus scolaires est une défaite pour une partie des citoyens, c’est une déroute pour l’Église qui croit pouvoir récupérer tout ce qu’elle a perdu, uniquement grâce à une intervention gouvernementale.


[1Le Monde, 31/05/2013.

[2Voir GR 1140, mars 2013.

[3Rob Riemens, L’éternel retour du fascisme, éd. NIL, 2011.

[4Enjeux qui relevaient autrefois de l’intimité des corps et des personnes ou de la santé,…

[5Ce qui suit est un résumé d’un article d’Elvira Lindo paru dans El Pais le 22/5/2013.