Au fil des jours

par  J.-P. MON
Publication : février 2015
Mise en ligne : 18 avril 2015

 Sombres perspectives pour l’emploi

L’Unedic s’attend à une nouvelle hausse du chômage en France, même si la croissance s’améliore un peu : le nombre de chômeurs sans aucune activité (catégorie A) devrait atteindre dans un an 3,6 millions de personnes, contre un peu moins de 3,5 aujourd’hui. Si on ajoute les chômeurs ayant une activité réduite (catégories B et C), le nombre d’inscrits à Pôle emploi pourrait atteindre 5,4 millions de personnes, soit 200.000 de plus qu’en décembre 2014.

Mais contrairement à ce que claironnent sans cesse nos médias orthodoxes et nos hommes politiques de tous bords, le problème n’est pas spécifiquement français. Il est mondial.

Voici quelques suppressions d’emplois dans le monde relevées au hasard dans la presse en janvier : 4.000 chez American Express (après 5.300 en 2013), 2.400 (soit 7% de son effectif) chez eBay, société américaine de courtage en ligne, connue aussi par son site web de ventes aux enchères, 9.000 (soit 7,5%) dans le groupe parapétrolier franco-américain Schlumberger, 1.000 chez l’avionneur canadien Bombardier,… On voit que le mal touche aussi bien les services que l’industrie, ce qui n’étonnera pas les lecteurs de la Grande Relève. Qui plus est, le dernier rapport de l’Organisation Internationale du Travail (OIT), Perspectives pour l’emploi et le social dans le monde – Tendances pour 2015, publié le 22 janvier dernier indique que « le chômage va continuer d’augmenter dans les cinq années à venir, l’économie mondiale étant entrée dans une nouvelle période qui cumule croissance lente, amplification des inégalités et agitation sociale… En 2019, plus de 212 millions de personnes seront privées d’emploi, en hausse par rapport aux 201 millions actuellement recensées ». M. Guy Ryder, Directeur général de l’OIT, précise : « Plus de 61 millions d’emplois ont été perdus depuis le début de la crise mondiale en 2008 et nos projections montrent que le chômage continuera de s’aggraver jusqu’à la fin de la décennie. Ce qui signifie que la crise de l’emploi est loin d’être terminée et il n’y a pas lieu de s’en satisfaire ».

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Le rapport insiste aussi sur l’aggravation des inégalités de revenu qui, « dans certaines économies avancées, approchent dorénavant les niveaux observés dans les économies émergentes » et constate une fois de plus que « les jeunes travailleurs âgés de 15 à 24 ans sont tout particulièrement frappés par la crise, avec un taux mondial du chômage des jeunes de près de 13 pour cent en 2014 et une nouvelle hausse attendue dans les années à venir ».

Il est grand temps de sortir des sentiers battus de la croissance si l’on veut éviter la “guerre finale”… !

 Est-il déjà trop tard ?

Deux grandes agences de recherches américaines, la NASA [1] et la NOAA [2] engagées dans la mesure de la température terrestre viennent de présenter leurs résultats. Ils montrent que 2014 a été l’année la plus chaude depuis que l’on enregistre les relevés thermométriques (1880).

Et de nombreuses autres institutions météorologiques ou laboratoires viennent de confirmer ces résultats. Qui plus est, les dix années les plus chaudes observées sont toutes postérieures à 2000 et parmi elles 2010 et 2005 sont classées respectivement en seconde et troisième positions. On observe évidemment des disparités régionales, comme le précise le directeur du Goddard Institute for Space Studies de la NASA : « le classement des années individuelles peut être affecté par le chaos qui gouverne la météorologie [3], mais les tendances de long terme sont attribuables aux moteurs du changement climatique dominés par les émissions humaines de gaz à effet de serre ».

Mais ce n’est pas seulement le climat que l’homme est en train de modifier, c’est aussi la biodiversité, et plus globalement l’environnement. Une équipe de chercheurs internationaux a introduit en 2009 dans la revue Nature la notion de « limites planétaires ». Ils ont pour cela défini neuf seuils à ne pas dépasser « pour éviter que le système planétaire bascule dans un état nettement moins favorable au développement de l’humanité ». Ils viennent d’annoncer, dans la revue Science du 15 janvier, que quatre de ces limites ont été dépassées.

Le plus inquiétant pour eux est le changement climatique car le seuil de concentration en dioxyde de carbone dans l’atmosphère ,qui se situe entre 350 parties par million (ppm) et 450 ppm, atteint déjà la valeur moyenne de 396 ppm, ce qui augmente les risques dans certaines régions. L’ensemble de la planète sera touché quand ce seuil atteindra 450 ppm, ce qui se produira dans les trente prochaines années si rien n’est fait.

Les autres limites atteintes concernent la déforestation, la biodiversité et le cycle des nutriments.

Tout cela semble passer bien au-dessus de la tête des “chevaliers” de la croissance parmi les plus dangereux desquels on doit classer, outre les économistes libéraux, les sénateurs républicains américains qui (“Allègrement !”) n’accordent aucun crédit au consensus scientifique sur les causes anthropiques du réchauffement.


[1Agence Spatiale Américaine

[2Agence américaine chargée de l’étude de l’atmosphère et des océans.

[3notamment le nino, (réchauffement des eaux du Pacifique équatorial) qui revient tous les trois ans à sept ans.