Au fil des jours

par  J.-P. MON
Publication : octobre 2016
Mise en ligne : 29 décembre 2016

 Le premier terrorisme

Le 31 juillet dernier, dans l’avion qui le ramenait de Pologne, le Pape a déclaré [1]  : « Je n‘aime pas parler de violence islamique car tous les jours, dans le journal, je vois des violences. Ici en Italie, l’un qui tue sa fiancée, l’autre son associé et ce sont des catholiques baptisés ! Ce sont des violents catholiques. Si je parle de violence islamique, je dois parler de violences catholiques […] Le terrorisme est partout et tant qu’au centre de l’économie mondiale il y a le dieu argent et pas la personne, c’est ça le premier terrorisme. C’est un terrorisme de base contre toute l’humanité ». Inutile de dire que ces paroles réalistes n’ont pas manqué de faire hurler nombre de “bien-pensants”… !

 Est-il encore temps ?

N’en déplaise aux climato-sceptiques (Trump, Sarko, … ) les nouvelles du climat sont de plus en plus alarmantes que l’on s’intéresse à l’élévation de température ou à la pollution de l’air. La NOAA [2] vient d’annoncer que le mois d’août avait été, en moyenne mondiale, le plus chaud observé depuis le début des relevés, en 1880, et le seizième mois consécutif à battre son record de température, phénomène jamais enregistré en 137 ans de mesures. Les derniers travaux de recherche effectués sur l’élévation future des températures, sur la capacité des sols à absorber les émissions humaines de gaz à effet de serre ou sur la stabilité des glaciers ne sont guère plus réjouissants.

Qui plus est, selon une nouvelle étude de l’OMS [3], 92% de la population mondiale vit dans des lieux où les niveaux de pollution de l’air extérieur dépassent les limites fixées. C’est notamment le cas des particules fines très dangereuses pour la santé. Ces polluants sont émis principalement par les transports, le chauffage, l’industrie et l’agriculture, mais aussi par les tempêtes de sable. C’est en Méditerranée orientale, dans l’Asie du Sud-Est et dans le Pacifique que les niveaux de pollution de l’air sont particulièrement élevés. L’OMS estime que trois millions de décès par an sont dus à la pollution de l’air extérieur ; si on y ajoute celle de l’air intérieur ce nombre atteint 6,5 millions, soit 11,6% de tous les décès dans le monde.

Devant le peu d’enthousiasme des gouvernements et des industriels à mettre en œuvre de véritables politiques économiques, on peut se demander s’il est encore possible de sauver la planète.

 Le salut viendra-t-il de la Chine ?

On sait qu’en ce qui concerne la croissance et le revenu par habitant la Chine a connu un développement extraordinaire qu’elle a payé au prix de très forts niveaux de pollution de l’air, de contamination et de raréfaction des ressources en terres et en eau. Mais, bonne nouvelle, les dirigeants chinois ont maintenant pris conscience qu’ils doivent dorénavant protéger avant tout leur environnement,… si bien qu’ils sont en train de devenir l’avant-garde du mouvement pour une « finance verte » [4] ! Pour cela, il leur faudra investir annuellement quelque 533 milliards d’euros pour l’assainissement et la protection de l’environnement, les énergies renouvelables, l’efficacité énergétique, les systèmes de transports… Dans ce but, le 30 août dernier, le président Xi Jinping a approuvé une réforme du système financier chinois destinée à faciliter les investissements “verts”. Comme le soulignent Ma Jun [5] et Simon Zadek [6], c’est la première tentative mondiale de mise en œuvre d’un ensemble de politiques cohérentes pour promouvoir un changement ambitieux vers une économie plus propre.

Notons qu’un grand nombre de Bourses du monde se sont engagées à exiger des sociétés cotées qu’elles rendent compte des risques qu’elles génèrent pour le développement durable.

 La fin de la rigueur ?

Le mot “relance” est en train de remplacer le mot “rigueur” dans les discours des hommes politiques et des grands instituts économiques : « À tour de rôle, la banque centrale du Japon, le nouveau chancelier de l’échiquier britannique, le FMI, la BCE et la Commission européenne ont évoqué la nécessité de muscler les dépenses publiques et d’investir dans les infrastructures lorsque les ressources budgétaires existent » [7]. Mais jusqu’ici, ce ne sont que des mots !

 Aveugles et inébranlables

C’est encore d’économistes dont il s’agit ! Deux chercheurs, Pierre Cahuc et André Zylberberg, « reconnus pour leurs travaux en économie du travail » [8] viennent de publier un ouvrage intitulé  : Le négationnisme économique. Comment s’en débarrasser ? dans lequel ils soutiennent que l’économie est devenue aujourd’hui une science expérimentale au même titre que la médecine ou la biologie. Rien que ça ! L’économiste Paul Jorion s’en étouffe presque : « Quel est donc cet ennemi si puissant qu’il pourrait menacer les économistes orthodoxes ? » s’interroge-t-il, « Une allusion d’entrée à Lyssenko pourrait faire penser qu’il s’agit du spectre du défunt communisme soviétique, mais des allusions plus ciblées précisent l’identité du “marchand de doute” dont il faudrait “se débarrasser” : c’est l’État dont les interférences avec les marchés et le mécanisme salvateur de la concurrence ruinent une économie sinon florissante. Page après page, insiste Jorion, le même message est asséné : l’État incarne en tout temps et en tout lieu la menace d’un communisme ressuscité et les économistes hétérodoxes sont ses agents ! »


[1Le Monde, 31/7/2016.

[2National Oceanic and Atmospheric Agency.

[3Organisation Mondiale de la Santé

[4Le Monde, 15/9/2016.

[5Économiste en chef au bureau de recherches de la Banque Populaire de Chine.

[6Codirecteur du Programme des Nations-Unies pour l’environnement

[7Le Monde, 31/07-01/08/2016

[8Le Monde, Idées, 28/09/2016