Au fil des jours

par  J.-P. MON
Publication : juin 2017
Mise en ligne : 17 octobre 2017

 Retour sur la création monétaire

Les lecteurs de La Grande Relève, notamment ceux qui ont lu l’ouvrage de M-L Duboin Mais où va l’argent  ? ou encore la brochure plus ancienne de J. Duboin Pourquoi manquons nous de crédit  ?, savent bien évidemment comment est créée la monnaie scripturale. Mais pour la plupart des gens, cette création reste un mystère… qui permet aux banques et aux gouvernements d’imposer des restrictions de crédits, des politiques d’austérité, etc…

Et bien, aussi étonnant que ce soit, c’est la très sévère Banque centrale allemande, qui, dans son rapport mensuel du 25/4/17, a osé mettre au grand jour le mécanisme de cette création [1] En voici la raison  : les économistes de la Deutsche Bundesbank cherchaient pourquoi, depuis la mise en œuvre des mesures non conventionnelles par l’eurosystème, dans le cadre d’une politique monétaire expansionniste, les avoirs détenus par les banques commerciales auprès des Banques Centrales de la zone euro ont considérablement augmenté [2] alors que dans le même temps, l’agrégat M3, c’est-à-dire la masse monétaire au sens plus large [3], n’a crû que modérément… Et c’est ainsi qu’ils en sont venus à révéler clairement ceci  : «  La monnaie scripturale est uniquement créée par des transactions entre les banques et les agents non bancaires  » !

Le rapport précise  : elle est créée lorsqu’une banque effectue des opérations avec un client, par exemple, en lui accordant un crédit contre son engagement (un “actif”) à rembourser, elle crée alors le montant correspondant en créditant son compte.

Les économistes de la Bundesbank vont même plus loin en soulignant que «  cela réfute une erreur largement répandue, selon laquelle la banque, au moment de l’octroi du crédit, n’intervient qu’en tant qu’intermédiaire, qu’elle ne peut donc accorder des crédits qu’avec des moyens qu’elle a perçus auparavant d’autres clients sous forme de dépôts  ».

C’est donc bien par une simple opération comptable que les banques créent la monnaie scripturale. Et cette monnaie bancaire, créée par les échanges entre les banques et leurs clients au niveau national, constitue la part la plus importante (plus de 90%) en volume de la masse monétaire !…

 Pour un langage compréhensible

Nous sommes tous confrontés à un vocabulaire de plus en plus abscon, et dans tous les domaines, dont celui de la banque, qui en est particulièrement friand. Certains banquiers, et au plus haut niveau, tentent enfin de réagir. C’est le cas de Paul Romer, chef économiste à la Banque mondiale (Bm) (où il vient de se faire débarquer de ses fonctions managériales au département de la recherche). Ancien professeur à l’Université de New-York, considéré comme nobélisable pour ses travaux sur les théories de la croissance, il s’est fait beaucoup d’ennemis en critiquant sans relâche le recours de ses collègues à des modèles mathématiques déconnectés, selon lui, de la réalité.

Il poursuit cependant son combat au sein de la Bm en imposant de raccourcir les rapports, les courriels ou les exposés. Et il n’hésite pas à les interrompre lorsqu’il les trouve trop longs. Il veut ainsi débarrasser les publications de la Bm de leur surabondance de « bankspeaks », c’est-à-dire de son jargon technique et abstrait. Il vient même de menacer de ne pas signer le prochain rapport sur le développement dans le monde si le mot « et » représentait plus de 2,6 % du texte final  ! C’est en effet le pourcentage qu’occupe cette conjonction dans la littérature académique et que l’on trouvait auparavant dans les anciens rapports de la Bm. Son utilisation abusive rend, d’après lui, une communication boursouflée et peu claire [4].

Espérons que M. Romer fera de nombreux émules dans tous les milieux, pas seulement le sien.

 Nouvelle révolution dans l’agriculture

Après la mécanisation des années 1920, puis les modifications génétiques des années 1960-1970, le développement de l’emploi des pesticides, l’agriculture américaine, dont celle de la Silicon Valley, entre dans l’ère de la robotique et du “big data“ [5], censés augmenter les rendements, rapprocher producteurs et consommateurs et limiter l’impact sur l’environnement, etc… Mais c’est surtout la pénurie chronique de main-d’œuvre bon marché (immigrée essentiellement) qui pousse les agriculteurs vers les nouvelles technologies, qui apportent en outre des avancées stupéfiantes : les progrès de la vision artificielle et de la reconnaissance d’images permettent, par exemple, de sélectionner les pommes mûres en analysant leur degré de sucre, leurs couleurs et la façon dont elles réfléchissent la lumière  : un bras équipé d’un aspirateur permet ainsi à la machine de “cueillir” les fruits mûrs. Un tel engin est en cours d’expérimentation dans l’État de Washington. Et la société Agridata vient d’inventer une machine qui, à partir des nombreuses photos qu’elle prend (20 images par seconde) permettra d’évaluer la production dans les vergers et dans les vignes.

Bref, la “high tech” agricole est en pleine expansion et ne tardera pas à franchir l’Atlantique  : les agriculteurs français vont, devoir, une fois de plus, s’adapter  !


[1https: //www. bundesbank.de  !

[2En à peine dix ans, ces avoirs ont été multipliés par plus de sept.

[3Elle comprend les dettes des banques commerciales et des banques centrales nationales auprès des agents non bancaires nationaux, tels que les ménages et les entreprises,…

[4Le Monde, Eco&Entreprise, 28-29/05/2017.

[5Mégadonnées : ensembles de données extrêmement volumineux