Bagatelles pour un septennat

par  E.R. BORREDON
Publication : mars 1980
Mise en ligne : 22 septembre 2008

FRANÇAISES, Français, c’est en toute simplicité que je vais désormais m’entretenir régulièrement avec vous en vue de dresser un bilan sincère de mon action au cours des années passées de ce septennat qui s’achève.

Il y aura bientôt six ans que vous m’avez élu premier personnage de notre République. Fort de l’apprentissage positif effectué à la tête des Finances de notre pays, je pensais alors être apte à remplir de nouvelles responsabilités au mieux de l’intérêt général de toutes les Françaises, de tous les Français.

Puisque je m’y étais engagé lors de ma campagne électorale, vous m’avez fait confiance.

Depuis six ans, en effet, et encore mieux depuis que le premier économiste de France m’a secondé à la tête du gouvernement il y a bientôt quatre ans, vous avez eu tout loisir et bien des raisons de vous demander si vous aviez choisi le premier des veaux chers au grand Charles, ou, mieux, le veau d’or devenu depuis quelques semaines, le veau de diamant !

Vous voudrez bien m’excuser de ce mauvais jeu de mots, mais il vous mettra dans l’ambiance des vérités que je vais maintenant vous dire.

La Haute Politique, qui ne pouvait être que la mienne, est en réalité construite de bien misérables et sordides astuces, comme les plus gras câbles sont constitués par les plus petits filins.

Cette vérité, je l’ai appliquée, comme vous allez le comprendre, aussi bien dans mon comportement de chef de l’exécutif sur le plan intérieur, que dans les attitudes que j’ai été amené à adopter dans les relations internationales.

Au début de mon septennat, je vous avais laissé escompter une amélioration générale de la situation économique et sociale dans les six mois, puis ensuite et successivement dans les deux ou trois ans à venir et enfin jusqu’à ce jour, avec l’aide assurée de monsieur Barre, dès que ce dernier a bien voulu prendre le relais.

Je dois reconnaître qu’il a bien joué son rôle, au point qu’il m’est maintenant possible de reporter sur ses épaules le poids des échecs subis.

La résorption du chômage corrélative de l’amélioration de l’emploi n’est évidemment pas possible dans une évolution économique dont les techniques tendent au contraire à réduire dans des proportions considérables la participation du travail humain.

Accordez-moi l’intelligence de n’avoir jamais eu personnellement aucun doute à ce sujet.

Si je vous ai dit et répété le contraire, c’est qu’il était plus facile de continuer à subir les règles d’un système périmé, que d’aborder vraiment des changements de structures sociales et économiques révolutionnaires. Et c’est pourquoi, je le répète, j’ai eu l’astuce de me faire aider par un économiste aussi traditionnel que distingué.

Certes, maintenant qu’il commence à comprendre le jeu subtil dont il a été le jouet, nos rapports deviennent difficiles. Mais il se trouve bien piégé et il est possible d’ailleurs que, faisant contre mauaise fortune bon coeur, il affecte de prendre goût au jeu.

Après tout, ce sont les risques du métier, qui assure en contrepartie pas mal d’avantages, étant donné au surplus que les veaux ne sont sans doute pas encore prêts à devenir des vaches enragées !

(Confidences recueillies par Jacques VEAU (ex Bonhomme), Français Moyen, et rapportées par E. R. Borredon).