Cacophonie et désarroi

Peut-être une issue
par  A. LIAUME
Publication : janvier 1985
Mise en ligne : 24 février 2009

Dimanche 14 octobre 1984 ! Le journal du Dimanche publie les résultats de son sondage mensuel I.F.O.P. Les Français y apparaissent politiquement démobilisés. Ils semblent avoir pris conscience de ce que, gauche ou droite, n’ont pas de solution à leurs problèmes. Avec le même insuccès, le cinquième de la bande des quatre clame son désir d’entrer dans le jeu.
Devant les jeunes gaullistes, M. Barre, s’opposant à M. Chirac et Giscard d’Estaing, refuse la « cohabitation » et rejoint M. Chevenement.
A 12 heures, sur TF1, M. Bergeron note très sévèrement la copie du « jeune premier ministre » traitant des salaires de la Fonction Publique.
Plus tard, sur RTL, M. Hano expose clairement le plan de sauvetage de la Régie Renault, qu’il présentera demain aux sections syndicales de son entreprise et impose une stricte discipline.
Peu après, sur EUROPE 1, M. Marchelli s’essaie, difficilement, à éviter les pièges de la « politique politicienne  » et se maintient dans un syndicalisme catégoriel imprécis.
Les syndicats reprochent au gouvernement l’insuffisance de ses décisions et de ses projets ; à l’opposition, l’absence d’un plan de société valable. Ils se gardent de rien proposer, pour « juger les politiques à leurs actes ». Position confortable. Facile. Inefficace.

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Rappelons des certitudes :
- Le plein emploi, au sens où nous l’entendions, ne reviendra plus. Modifier mentalité et structure socio- politique est indispensable.
- Les notions de travail et de revenu doivent être dissociées.
- Aujourd’hui les sans travail sont marginalisés. Nouveaux pauvres, jeunes chômeurs et jeunes-vieux-pré-retraités on perdu leur signification. La vague japonaise des suicides nous menace.
- Le droit au travail, inscrit dans la construction est supprimé, remplacé par une assistance insuffisante et immorale aux «  exclus de la production ».
- Le « temps disponible », étalon de la vraie richesse  » ( Karl MARX ) est là, à la portée de nos mains tendues. L’impuissance des politiques et des syndicats nous empêche de l’atteindre. Prisonniers du système monétariste, ils sont incapables d’aménager le temps libre.

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Alors ? Il est nécessaire de :
- Reconnaître, franchement, l’existence d’une économie à deux vitesses. Dont une nulle.
- Dissocier le couple travail-salaire pour l’instauration d’un «  revenu social » à chaque individu de sa naissance à sa mort.
- Lier le droit au travail, pour tout individu apte, à l’obligation du devoir de travail dans une occupation d’utilité collective, entraînant un complément au revenu social.
- Constituer, ainsi, une structure d’accueil pour les « dégraissés  » de « l’économie compétitive ». Ils seront de plus en plus nombreux, mais de moins en moins perturbants s’ils retrouvent, par cette occupation, leur signification d’hommes.
- Mettre les entreprises françaises (nationales ou privées) à égalité avec leurs concurrents étrangers du système monétaire international - en voie d’effondrement - par l’allègement des charges et l’assouplissement des contraintes.

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C’est un schéma de la transition vers l’économie du futur. Nul ne peut la définir. Cette transition durera longtemps  ; 15 ans, dit Albert DUCROCQ. Probablement davantage. Il existe probablement d’autres démarches. Celle-ci est rendue possible par la création d’une monnaie intérieure (le francin) assurant le paiement du revenu social et de ses compléments.
Rattaché, au sommet de l’Etat, à la monnaie internationale, le francin sera l’unité d’une monnaie gagée sur la valeur des biens et services fournis aux collectivités dans tous les domaines négligés, parce que non « rentables » au sens du monétarisme. Ces « occupations d’utilité collective » utiliseront tous les moyens ( locaux, matériel, outillage ) laissés inutiles par les « restructurations  ». Elles produiront des richesses de toutes natures, surtout des services, sans peser sur l’économie de marché au plan international.
Si l’ECU européen existait, il n’y aurait aucun problème. En l’attendant, faisons « comme si », et créons le « francin », unité d’une monnaie interne, fondante, (peu ou pas thésaurisable) qui disparaîtra au fur et à mesure de son utilisation, par ses détenteurs, les « exclus  », remis dans leur dignité par un travail allant en s’amenuisant au fil des ans. C’est une expérience vers la monnaie d’après demain, celle de « l’économie distributive ».
En 1936, les JEUNES étaient encore des utopistes.
en 1984, grâce à « la carte de paiement gérée par ordinateur », ils seraient les vrais réalistes !
C’est le sens de « jevien » ( Jeunes et Vieux Inventent l’Economie Nouvelle ) et des actions JV menées à l’échelon local ( canton, quartier... ) par les organisations locales du vastes Mouvement Associatif, immense richesse, inexploitée, de notre pays.
Une seule crainte : le danger de la bureaucratie inefficace ( A.N.P.E. ). Evitable par la vigilance des organisations de base.