Congrès annuel du Droit au Travail dans l’Abondance

Publication : 27 juillet 1939
Mise en ligne : 26 avril 2006

Notre Congrès annuel s’est tenu à Paris, dans un amphithéâtre de la Sorbonne, les 1er et 2 juillet 1939.

Un grand nombre de sections de Paris et de province étaient représentées et de nombreux camarades ont pris part aux débats.

La première séance s’est ouverte à 14 heures. Notre camarade Decroix fut lu président par acclamation les camarades Chabridon et Converset furent nommés secrétaires-scrutateurs.

Après justification des pouvoirs, Decroix a cédé la présidence à Converset pour donner lecture de son rapport sur l’activité de notre groupement.

 RAPPORT DECROIX

Mes chers Camarades,

Il m’échoit à nouveau la fastidieuse mission de vous promener quelques courts instants dans le domaine comptable où cascadent les unités moribondes dont nous sonnons le glas depuis six ans.

Oh ! nous ne méconnaîtrons pas la vitalité apparente et prolongée desdites unités.

La pharmacopée financière dispose de ces stimulants qui renflouent les valeurs déficientes selon des principes employés par ailleurs à des fins toutes différentes.

Nonobstant, s’il est vrai que la plus belle fille du monde ne peut donner que ce qu’elle a, il lui arrive à revers de ne pouvoir prendre que ce qu’on lut donne.

Nous devons donc à la lumineuse bonne volonté de nos contemporains de vous rendre compte aujourd’hui de notre activité considérée sous l’angle d’un système comptable officiel dont les unités dopées appartiennent désormais au domaine des paradis artificiels.

J’ai l’impression de reprendre, après l’avoir, terminé hier, le compte rendu financier que je vous al développé l’an dernier. Je vous proposais de ménager notre monture, faute de pouvoir en changer le conseil a été sagement suivi et le dernier exercice - compte tenu des événements que nous vivons - n’a pas cette allure de catastrophe que des esprits chagrins auraient pu imaginer.

Que nous soyons en déficit n’étonnera personne Nous n’avons, en effet, jamais eu l’allure d’une société de capitalisation Cependant, si par impossible l’un d’entre nous sentait poindre quelques regrets, qu’il se console en pensant que pour la première fois depuis sa fondation, notre institut d’émission, laminé par une politique de prestige, ne fera pas de report à nouveau.

Nous sommes donc entre gens de bonne compagnie et ma tâche est élémentaire. J’ai éprouvé quelques scrupules en prenant mon stylo pour vous commenter un compte rendu de gestion, un bilan et des observations présentés avec clarté par notre ami Ruby, vérifiés avec compétence et soin par vos commissaires au Compte.

Ces documents se suffiraient amplement à eux-mêmes. Il a fallu l’insistance amicale de Duboin et le secret désir de bavarder un peu avec vous, pour vous faire subir le présent développement.

Dans les observations présentées par la trésorerie sur la gestion et le bilan 1938, vous avez vu qu’une chute de 5.500 francs de nos ventes de librairie était compensée, par une augmentation du poste « Ventes Journal », même en tenant compté d’une rentrée exceptionnelle dont il convient de ne pas escompter le renouvellement.

Les postes « Cotisations » et « Dons » traduisent une augmentation réconfortante dans les mois que nous vivons.

Les dépenses nous font apparaître le gros effort accompli par notre équipe du journal qui compense une dépense de 74.000 francs par une recette de 81.000. Si l’on se reporte à la gestion précédente qui accusait 56.000 fr. de recettes et 85.000 fr. de prix de revient, on constate malgré la hausse des prix, l’heureux aboutissement des efforts de nos camarades.

Les frais de gestion ont augmenté de 8.000 fr., mais en se reportant à l’accroissement de nos budgets particuliers nous ne pouvons nous en étonner.

Le bilan ne nous apprend rien que nous ne connaissions déjà l’an dernier. Le déficit des gestions antérieures ne s’est pas amélioré, puisque l’exercice 1938 est lui-même déficitaire.

En bref, nous avons tenu dans le plan comptable une place que plus d’une collectivité à la recherche de profit souhaiterait trouver. Bien entendu, il faut trouver la cause de ce miracle dans le dévouement de tous nos amis, dans le désintéressement qu’ils apportent au service de notre idéal et dans la fertilité de certains cerveaux d’organisateurs aux idées intelligentes et toujours fécondes.

Ainsi donc, avec un mouvement de fonds de 130.000 francs dans l’armée, nous pouvons constater que, par affiches, tracts, conférences, nous avons remué l’opinion plus que n’ont pu le faire d’autres groupements disposant de millions. Cela prouve que si l’argent peut encore troubler des intelligences averties qui violentent délibérément leur conscience pour quelque poste avantageux, ou certaine rosette tentatrice, son destin est impuissant désormais à masquer la fulgurante vérité des faits.

Et puis, ceux qui se vendent après avoir défini scientifiquement en raison même de leur culture, la précarité de la cause qui les achète, son essoufflement sénile et son monstrueux aboutissement, peuvent-ils avoir le dynamisme d’une foi comme la nôtre, se vérifiant implacablement de jour en jour, de mois en mois, d’année en année ?...

On peut retarder par incompréhension ou par calcul l’avènement de l’Abondance. On s’y emploie d’ailleurs désespérément. On ne peut pas la juguler sans un effondrement mondial de la civilisation.

Tant que subsistera un cerveau humain meublé des possibilités de notre ère tant qu’en un point quelconque de notre globe se réfugieront les données techniques des machines et de l’énergie conquises, on pourra déchaîner sur le reste de l’humanité les plus épouvantables cataclysmes, l’Abondance renaîtra du foyer oublié ; Que l’on s’en félicite ou qu’on le déplore, le fait est indéniable ; il est de plus Indiscutable pour les hommes cultivés et de bonne fol.

Hélas ! il est pénible aussi pour ceux de nos contemporains qui étalonnent leur bonheur sur la misère des autres. Pour ceux-là tout est bon, même l’horrible, pour lutter contre cette égalité économique que le progrès scientifique impose aux hommes.

Nous pourrions nous gausser des efforts ridicules de ces nautoniers fiers comme les gnomes de Paracelse auprès de leur trésor et dont le ton doctrinal ou suprêmement ironique pretend traduire la vie quand la mort se précise.

Nous devons veiller, hélas aux ré- flexes dangereux de ces mal-bâtis dont les oeuvres contre nature nous prépa- rent d’effrayants lendemains.

Les mois que nous vivons sont pla- cés sous le signe de l’hypocrisie et de l’épouvante.

Plus particulièrement depuis septem- bre 1938. l’incohérence submerge notre entendement logique. Nous vivons comme la girouette prétentieuse des sommets soumise aux vents contraires, mais bien incapable d’une progression dans un quelconque azimut. Notre opinion publique flotte au gré des souffles intéressés que lancent la presse et la radio. On joue de la grande peur qu’on érige en système.

Sur le plan politique, les contradictions internes ridiculisent les Congrès politiques. Devant les problèmes ardus de l’angoissante actualité l’unique ambition de ces assemblées d’un autre âge est la rédaction d’une motion vide de substance. Il faut, en effet, réunir, a n’importe quel prix, une majorité sur un texte, et les chefs de tendance penchent, leurs fronts humides sur des termes hypocrites et vagues qu’ils triturent douloureusement.

Sur le plan économique et financier, c’est l’évolution rapide de l’incohérence vers l’absurde. C’est la négation du bon sens, la création continue du fantasque, de l’irréel et de l’odieux, bouleversant la compréhension, démembrant la logique, mais génératrices de doute, de trouble, d’abandons et de crainte.

Sur le plan social, c’est la récupération avide et vengeresse des concessions léchées dans la surprise et dans la peur. C’est le retour offensif vers l’exploitation de l’homme. C’est la peine humaine qui, à nouveau, doit suer du profit ou crever de misère.

Le travail humain glorifié par nos pères, c’est désormais l’outil de mort qui l’accapare en prolongeant par une effrayante antinomie la vie du régime capitaliste.

C’est aussi le masque hypocrite des lâchetés d’un système qui laisse crever de faim les vieux travailleurs après avoir ruiné leur épargne et toléré la stagnation révoltante des règlements d’assistance d’une autre ère dont les coefficients de secours font rougir les initiés.

C’est la voix pitoyable des chômeurs qui demandent par affiches la permission de manger le dimanche.

C’est l’opposition du gouvernement à la Commission législative quand on propose l’augmentation des « rentes » des victimes du travail et... des compagnies d’assurance.

Sur le plan juridique, c’est la naissance des décrets-lois à une cadence que seule pourrait concurrencer la reine pondeuse des termitières.

Ces lois hâtivement établies, se heurtent, s’annulent, se contredisent. Leur existence est si brève qu’on connaît parfois en même temps leur naissance et leur mort. La décret-loi du 7 mai 1939 sur le chômage comporte à son article n° 159 l’abrogation de vingt et un décrets qui l’ont précédé sur la question, et le dernier en date n’était que du 20 mars de la même année.

C’est le calfatage précipité et inutile d’un bâtiment qui sombré. C’est le naufrage sans remède auquel nous condamnent des capitaines imprévoyants ou complices.

Devant ces forces qui s’agitent vainement et contradictoirement, nous répétons notre credo sans y rien changer. Nous demandons aux hommes affolés de marquer un temps d’arrêt, et à l’exemple d’un militaire célèbre de se poser la question « De quoi s’agit-il ? »

Puis nous les invitons à se tourner vers nous avec tout leur esprit critique, leur philosophie, les dogmes de leur confession, leurs idées saines sur la morale, les arts, tout ce qui forme enfin une personnalité humaine caractérisée. Nous ne leur demandons pour juger notre thèse que leur bonne foi, elle nous suffit toujours pour conquérir leur intelligence et leur coeur.

A cela s’emploient quotidiennement ceux qui vous ont groupés ici, ceux qui vous parlent dans les conférences, ceux que vous lisez dans « L’Abondance ». Et puis aussi tous les autres dont le travail obscur contribue à notre existence, et qui jamais ne bénéficient du spectacle réconfortant d’une salle enlevée, conquise par un orateur heureux. A tous ces humbles qui assurent de leur mieux et avec discrétion la diffusion de nos idées, je veux avant tous autres adresser notre chaleureuse reconnaissance. Ce sont les bons ouvriers sans lesquels orateurs et journalistes ne pourraient porter leur effort.

Et cet effort n’est jamais mesuré.

C’est ici notre Président qui aurait dû garder la chambre, il y a peu de semaines encore, et dont les cordes vocales réclamaient un impérieux repos. Il était pourtant à sort bureau, pour convaincre et animer et aussi... pour secouer au téléphone ceux de ses collaborateurs qui ne donnaient pas toute leur mesure.

C’est un Jean Maillot qui a don d’ubiquité et un optimisme contagieux comme la peste. Il a aussi un secret de Jouvence dont l’heureuse formule est une alternance d’aspirine et de Beaujolais.

C’est un Jules Leclerc à l’esprit toujours en éveil - jugeant les faits sous l’angle favorable à l’Abondance - et réalisant avec nos moyens réduits des prodiges de propagande. Vibrant et chatouilleux comme à vingt ans, les années n’ont pas de prise sur lui et les échecs se lassent de sa persévérance.

C’est lui qui assure le dur métier de la mise en page de "Abondance, et j’ai trop longtemps enduré le supplice du rédacteur en chef de journaux d’opinion pour ne pas lui témoigner ici ma reconnaissance pour son activité intelligente et dévouée.

C’est encore lui le « Père » des « Compagnons de l’Abondaace » dont les initiatives généreuses calment les angoisses de notre bon Ruby quand ses bras, ses sourcils et ses moustaches lancent le signe de détresse.

Et puis, il y a tous ceux qui forment à travers la France cette admirable équipe de propagande, disposant de moyens infimes, mais animés de cette foi qui soulève les montagnes de l’indifférence et du scepticisme.

A tous merci de vos effort. et de votre action bénévole, des sacrifices de temps et d’argent que vous vous imposez pour que les aveugles et les sourds connaissent plus tôt un bonheur matériel auquel ils s’obstinent à tourner résolument le dos.

Avant de vous quitter, je veux vous conter un fait fréquent, mais dont on ne perçoit pas toujours les réconfortantes incidences.

Il y a quelques semaines, en banlieue, un organisateur s’excusait avec son équipe du public peu nombreux pour lequel il m’avait sollicité. Bien entendu je me suis efforcé de consoler ces excellents amis, mais ce qui m’a le plus frappé dans leurs propos, c’était l’oubli absolu de leur propre peine. Ils ne pensaient plus aux affiches posées, aux convocations rédigées, mises sous enveloppes, portées à domicile, aux frais engagés. De tout ce travail qu’ils avaient arraché à leur repos et à leurs loisirs, restait la préoccupation dominante du déplacement d’un camarade de combat pour un auditoire réduit.

En les quittant, e pensais qu’avec de tels hommes animés d’une semblable générosité, il serait aisé de créer dans l’enthousiasme une civilisation propre et belle, qui flous réconcilierait enfin avec nous-mêmes.

J’évoquais alors le témoignage des voyageurs qui nom montrent les yeux du monde désemparé fixés sur la France comme sur le foyer dont on attend le salut.

Aussi bien sans nul souci de ridicule, je laissais renaître en moi des profondeurs de mon enfance la fierté d’une patrie qui serait Intelligente et humaine.

Elle ne serait plus le champ de manœuvre des agioteurs de tous ordres.

On ne canaliserait plus les élans de son naturel généreux et sensible dans les fossés malodorante d’une presse vénale et bête.

On ne lancerait plus ses enfante les uns contre lés autres en agitant criminellement des idées fausses ravalant l’individu à se instincts de la préhistoire.

On ne briderait plus stun cette légèreté heureuse de vivre, éprise de liberté et de fantaisie, mais aimant à constater le bonheur autour d’elle.

C’est à ce moment que je voyais s’accomplir la reconciliation que flous appelons tous et dont les augures douteux font adroitement leur cheval de bataille.

Nous ne pourrons toutefois retrouver cette union souhaitée qu’en dehors des politiciens repus ou affamés et sur des principes qui ne s’opposeront pas à la science et au bon sens.

Nous serons à nouveau des hommes aptes à la Vie en société quand nous n’ aurons plus la honte de nos actes individuels et collectifs, quand nous aurons retrouvé la foi dans la destinée humaine, quand nous cesserons cette existence Inutile à la petite semaine.

Qu’un peuple sache où il va, qu’on lui enlève les ferments de haine et d’oppression que la conquête d’un profit exsangue distille chaque jour, qu’il ait la certitude que les jeunes travailleront gaiement et que les vieux se reposeront dignement, son dynamisme sera de telle nature que sa sécurité sera assurée.

Si cependant, contre toute vraisemblance, un voisin désaxé précisait une menace, la question se résoudrait â quelques heures de travail supplémentaires par semaine et par individu.

L’emploi de toutes les ressources mécaniques de la nation, de toutes les énergies disponibles permettraient - s’effectuant en dehors du prix de revient - de porter le potentiel de défense â un niveau tel que les plus fous d’entre les fous n’oseraient tenter la grande aventure.

Et les jeunes camarades de banlieue n’ont jamais Soupçonné qu’en rentrant chez moi, leur amicale attitude me fit considérer avec une confiance accrue les rayons de ma bibliothèque où s’affirment, volume par volume les prémices d’un Monde Nouveau. »

Le Congrès applaudit chaleureusement ce magnifique exposé et décida, à l’unanimité, que le rapport Decroix serait inséré in-extenso dans l’Abondance.

Decroix reprend la présidence et donne la parole à Leclerc pour lecture de son rapport sur la propagande.

 RAPPORT LECLERC

Mes chers Camarades,

Je viens vous faire le compte rendu sur la propagande au cours de l’année 1938.

Je serai bref, car il est préférable d’employer surtout notre temps à la critique des expériences passées, afin d’en tirer leçon pour dresser le plan d’action de notre prochaine saison de propagande. Je mue bornerai donc à énumérer les faits saillants de notre activité pendant 1938. Les voici :

 PROPAGANDE PAR L’ECRIT

1° Journal.

Le tirage de la Grande Relève a été bimensuel jusqu’à fin juin. En juillet, un numéro special est tiré à six pages et sert à nos camarades pour faire la propagande sur les problèmes du blé, du vin et de la pêche maritime. Nous ne paraissons pas en août. Le 26 septembre notre journal devient l’Abondance, suivi, en sous-titre, de La Grande Relève des Hommes par la Science. En novembre, un numéro spécial, destiné à diffuser la thèse de l’abondance, est tiré à 30.000, sur lesquels il ne reste plus à l’heure actuelle que 5.000 exemplaires.

J’ai le plaisir de vous annoncer qu’avec l’appui des « Compagnons de l’Abondance » nous espérons reprendre, en septembre prochain, la parution bimensuelle de notre journal l’Abondance, Merci à ces amis, dont le soutien financier nous a été des plus précieux pendant 1938.

2° Livre.

En février 1938, un nouveau livre de notre président : Lettre à tout le monde, est édité chez Fustier. Cet ouvrage traite de la nature des réformes de structure et de la constituante.

3° Affiche.

En mars 1938, une campagne par affiches de grand format (2 m. 40 x 1 mètre 60) a intéressé très vivement le public, mais n’a pas donné de résultat appréciable en ce qui concerne les adhésions.

4° Message.

En février une plaquette dc 16 pages intitulée : Message des membres du Droit au Travail, est éditée pour permettre à nos auditeurs de conserver par devers eux le texte du message émis par disque lors de nos conférences.

Sur un tirage de 4.300 plaquettes, il ne nous en reste plus que 1.300.

5° Timbre.

En juillet, nous avons fait éditer des timbres de propagande dont il reste un stock assez important. Avis à tous ceux qui peuvent aider la trésorerie en achetant ces timbres, dont le prix de vente, à partir d’aujourd’hui, est ramené à 2 francs le carnet de 3 timbres.

 PROPAGANDE ORALE

1° Radio-phono.

Notre président a pu parler deux fois à la radio, et sa première causerie, faite au poste des P.T.T., a été enregistrée. L’audition de cette conference, intitulée L’Abondance, comporte deux disques. Le Message des membres du Droit au Travail a été également enregistré sur disque.

Il nous reste encore 90 de ces disques sur une édition de 270. Je vous rappelle que ces documents parlés sont cédés au prix de 15 francs le disque. Achetez-les et faites-les acheter et entendre partout.

2° Conférences.

Nos camarades ont organisé de très nombreuses réunions de propagande dans les milieux les plus divers, au cours desquelles notre président et Jean Maillot, l’infatigable, se sont dépensés sans compter.

En mars 1938, une grande conférence est organisée à la salle Wagram par les sections d’entreprises. Par la suite, profitant de notre campagne par affiches de grand format, nous avons créé La Tribune de l’Abondance, salle Poissonnière, 7, rue du Faubourg- Poissonnière, en plein centre de Paris. Nous y avons déjà donné 19 conférences, dont 6 d’avril à juin 1938. Les auditeurs y viennent de plus en plus nombreux.

 CONCLUSION

Considérant nos faibles ressources, nous avons le sentiment d’avoir tiré le maximum de rendement des moyens de propagande dont nous disposions.

Malgré les mesquineries d’une certaine presse, la passivité et l’apathie des foules depuis les événements de septembre dernier, je reste optimiste pour demain, car l’Abondance ne peut pas ne pas triompher de la bêtise.

Ayant - grâce à notre président - capté la lumière notre devoir est de continuer à la répandre dans tous les milieux, afin que les hommes voient l’avenir magnifique qui s’offre à eux.

Mes chers camarades, accentuons nos efforts !

Voici, pour terminer, un moyen de pouvoir intensifier considérablement notre propagande : que tous nos membres, amis et sympathisants, abandonnent, en 1939, une journée de salaire pour hâter l’ère de l’Abondance.

 Qui veut la fin veut les moyens

 

La fin de ce rapport est particulièrement applaudie, et le Congrès, à l’unanimité, décide que le rapport du camarade Leclere sera publié in-extenso dans l’Abondance.

Le camarade Beslin donna ensuite lecture de son rapport sur le journal, il fut adopté, comme les deux autres, à l’unanimité.

Une discussion générale sur la propagande s’ouvrit alors, à laquelle nos camarades Pargoire, Regreny, Delannoy, Sarger et Duboin prirent part. Elle se termina par la nomination d’une Commission chargée de rechercher les moyens de donner satisfaction à tous les abonnés de l’Abondance et à en augmenter le nombre.

Furent élus membres de cette commission : les camarades Pargoire, Regreny, Dupoux et Duplessis.

Une discussion s’engagea alors sur le fonctionnement des sections de province. Il a été décidé, sur l’intervention de notre camarade Rimli, que celle de Marseille deviendrait un centre régional auquel on donnerait les facilités administratives dont bénéficie le centre.

Avant l’examen des motions, le Congrès élut son bureau permanent pour l’exercice à venir. Sont élus : Duboin, président, et Maillot, secrétaire général ; membres : lea camarades Sour, Chabridon, Charpentier, Colmar, Converset, Decroix, Frottier, Garnet, Gauchet, Heurgué, Jaworski, Leclere, Pargoire, Pétrin, Poncin, Regreny, Rolf, Sarger.

La discussion s’est engagée ensuite sut la création d’un bulletin d’inter-sections. Les camarades Rimli, Poncin et Duplessis prirent la parole et le Congréa adopta à l’unanimité une resolution invitant les sections à prendre une part active à la diffusion de ce bulletin.

Le camarade Sarger exposa ensuite des vues très intéressantes pour intensifier la propagande  ; la section de Boulogne-Billancourt, sur la propagande particulière à faire auprès des techniciens ; la section du Raincy-Villemomble, sur l’avantage que procurerait la fusion de l’Abondance et du journal Libération, organe des J.E.U.N.E.S.

Toutes ces motions, ont été renvoyées à l’étude du bureau permanent, et le Congrès a clos sa première séance en décidant qu’un déjeuner amical serait organisé après la séance matinale du lendemain.

La seconde séance, présidée par notre camarade Rolf, a été consacrée, en partie, à la discussion des motions présentées par la Fédération des sections de la rive gauche l’une, relative au plan de campagne 1939, l’autre, à l’organisation de la paix.

Au cours d’une longue et intéressante discussion, il est fait allusion au Congrès de la Chambre de commerce internationale, qui se tient en ce moment à Copenhague, et notamment à une déclaration de l’industriel Italien Pirelli, à savoir : « Que nul n’ignore la profonde stupidité d’un phénomène tel que celui de la misère dans l’abondance qui dénonce évidemment un défaut de fonctionnement du mécanisme économique mondial. »

A la lecture de cet aveu, le Congrès, sur la proposition de Leclerc, décide de télégraphier ses félicitations à la Chambre de commerce internationale pour avoir enfin découvert que la paix ne pouvait s’édifier que dans l’abondance.

Une longue discussion s’engage ensuite - et la place nous manque pour en rendre compte - sur différents prolets concernant la propagande. Elle se termine par le renvoi de toutes les propositions au bureau permanent.

Le camarade Cacheu, justement préoccupé du travail qui incombe au siege, propose de créer, au sein du D.T.A., un embryon de service social auquel s’astreindraient les camarades disposant d’un peu de loisirs. Cette proposition est votée d’enthousiasme et le bureau permanent est chargé de la mettre en pratique.

Notre camarade Chabanon, élève à l’Ecole normale supérieure, rend compte de l’état d’esprit actuel dans le monde des étudiants.

Enfin, Jacques Duboin prend la parole, résume les débats et, en fin de seance, la motion qu’on va lire clot le Congrès ordinaire de 1939.

 MOTION VOTEE A L’UNANIMITE

Les membres du « Droit au travail dans l’Abondance », réunis en Congrès annuel le 3 juillet 1939 :

« Dénoncent une fois de plus les limitations apportées à la production, les destructions de produits agricoles, les primes à l’exportation et toutes les mesures d’assainissement des marchés pratiquées dans le monde, dans le but de raréfier les produits et de maintenir artificiellement le régime du profit ;

« Constatent que la seule abondance tolérée est celle des armements dont l’accroissement de plus en plus rapide dans tous les pays modernement équipés mesure l’effondrement du régime des échanges et précipite les peuples dans line catastrophe sans précédent. »

« Rappellent que le chef actuel du gouvernement reconnaissait, dès novembre 1936, que nous étions parvenus à une époque où le monde a été formé, où la science a fait éclater la nature, et où le seul problème était celui de la répartition de l’abondance et de la distribution des produits. Qu’il est donc invraisemblable que cet homme d’Etat, parvenu au pouvoir sur un programme aussi net, en prenne constamment et systématiquement le contrepied ;

« Qu’il est vain d’ajourner les réformes nécessaires, sous prétexte que des menaces de guerre nous obligent à observer la plus stricte passivité ;

« Qu’en effet, toutes les nations supérieurement outillées souffrent de la même paralysie des échanges qui, en les privant d’exporter leurs produits fabriqués, les placent dans l’impossibilité de se procurer des matières premières ; de sorte que la tension extérieure n’est, en définitive, qu’une conséquence du délabrement de l’économie interne de toutes les nations.

« Invitent le gouvernement français, au moment où il s’attarde dans l’admiration des hommes de 89, à prendre l’initiative d’une Conférence Internationale, où les problèmes économiques seront examinés sous leur aspect réel et non plus sous celui du mercantilisme dont la faillite est définitive ; qui préparera la réconciliation des peuples en leur fournissant les moyens d’avoir tous accès à l’abondance ; et qui essuiera ainsi aux générations futures cette paix bienfaisante à laquelle aspirent les hommes dignes de ce nom, quelles que soient leur origine, leur religion ou leur patrie. »