Courrier des lecteurs

par  B. V.
Publication : mars 2017
Mise en ligne : 16 mars 2017

Voici quelques extraits de la lettre d’un fidèle abonné qui nous a incités, puisqu’enfin l’idée d’un revenu garanti est d’actualité, à consacrer ce numéro de mars à un rappel de l’essentiel de nos propositions :

Comme beaucoup de nos concitoyens je n’attends plus grand’­chose des gens au pouvoir, et j’ai “allègrement“ zappé les Primaires de la droite.

Mais l’un des candidats de la gauche portait haut et fort un programme dont l’une des mesures phares est le revenu universel  ! Alors il m’a semblé intéressant que, 80 ans après La Grande Relève, un homme politique s’en fasse le porte-voix… et de façon assez courageuse pour faire de lui la cible de presque tous les autres “socialistes” !

Bien que Benoît Hamon ait semblé extrêmement déterminé, il ne semblait alors pas en mesure de gagner la Primaire, faute d’apporter la preuve de la faisabilité économique de son projet de revenu universel face aux attaques le chiffrant “dans la stratosphère”. Comme s’il n’avait pas les arguments, mais que, comme un naufragé dans la tempête s’accroche à son radeau, il s’arc-boutait à cette mesure phare sans vraiment arriver à faire la démonstration de sa justesse. D’une certaine manière il me faisait de la peine, car bien qu’il tienne fermement le cap, il ne proposait pas d’arguments suffisamment convaincants.

À l’issue du premier tour je me demandais ce que B. Hamon connait “de l’historique” du revenu universel, de La Grande Relève et de tout le travail, de toutes les réflexions, au long des années, que vous avez eues à ce sujet … ce qui l’aiderait à pouvoir répondre à toutes les objections contraires et à les vaincre. J’ai donc eu envie de vous inciter à le contacter afin de le fortifier dans sa vision. En effet, c’est sans doute la première fois que le revenu universel est débattu de façon aussi médiatique et pour beaucoup de gens cela reste une abstraction - attractive pour beaucoup, mais irréaliste - d’autant que les adversaires et les experts, “ceux qui savent” disent que c’est une folie économique. Moi-même, lorsque j’ai assisté à une conférence de M-L Duboin il y a une vingtaine d’années à Genève, je n’avais jamais entendu parler du revenu universel, mais cette présentation m’a intéressé et je vous suis depuis cette date.

Si Benoît Hamon n’avait pas été finaliste, la trappe se serait momentanément refermée.

Fort heureusement, c’est lui qui a gagné la Primaire, bien que Manuel Valls ait redoublé ses attaques, se présentant comme l’homme d’expérience à la stature présidentielle, faisant tout ce qu’il pouvait pour déconsidérer son adversaire, recourant même au vieux slogan “Moi ou la défaite !”. Y en a marre de ces types à l’ego si imposant qu’ils empêchent toute discussion paisible et constructive, tellement sûrs d’eux et de la doctrine capitaliste libérale (“assujettis” à leurs grands pontes) qu’il n’y a aucun espoir d’idées nouvelles avec eux !

À l’opposé, B. Hamon (j’espère que sa victoire ne lui a pas tourné la tête !), qui a dit « Je ne suis pas l’homme providentiel, je crois en l’intelligence collective », ce qui est plutôt rafraîchissant, serait donc vecteur de beaucoup plus d’horizontalité, de partage des initiatives et des responsabilités.

Juste proposer le revenu universel est considéré par la majorité de la classe politique, des experts économistes et des médias, c’est pratiquement comme exiger “l’abolition de l’esclavage” aux propriétaires terriens du Sud (qui ont fait une guerre pour ça !). Les grands patrons de l’industrie et du commerce s’étranglent si on leur demande de renoncer à leur outil de pression et de domination sur les travailleurs  ! Si les ouvriers ne sont plus ”contraints” d’être exploités pour survivre… comment feront-ils encore leurs bénéfices éhontés ?

J’ai bien compris les grandes lignes du programme de B. Hamon, mais en relation avec le revenu universel cela ne me semble crédible que dans un contexte de retour à la souveraineté monétaire.

Il faut donc essayer de l’amener au-delà du revenu universel à la vaste vision… de l’économie distributive.

Et puisque la lumière des projecteurs est actuellement braquée sur cet aspect important de nos propositions économiques, c’est une occasion précieuse de mettre enfin l’économie distributive en pleine lumière.

Il serait très profitable de saisir cette opportunité d’en faire connaître la réalité, car au-delà des cris d’orfraie des tenants du système ultra-libéral, je suis persuadé que pour beaucoup de personnes peu informées c’est désormais un thème capable de susciter leur curiosité et leur intérêt. Pour le bénéfice du plus grand nombre et la possibilité d’une véritable alternative politique, économique, écologique, sociale, relationnelle …

Il y a encore assez de gens intelligents pour s’intéresser à une économie alternative sérieuse, comprendre la valeur de votre approche de la société (et aux trésors de réflexion des numéros passés ) encore faut-il… qu’ils en connaissent l’existence !

Or, si cette ouverture se referme brutalement, alors les préjugés sur le revenu universel auront gagné et il sera beaucoup plus difficile ultérieurement de faire changer d’avis à son sujet. Benoît Hamon doit être solidement armé et avoir tous les arguments “concrets” pour faire avancer cette idée malgré toutes les attaques du “capital” et de tous ceux qui ont intérêt à ce que l’ancien régime continue, pour maintenir leurs privilèges exorbitants, honteux, voire … criminels.

Et même si la victoire des idées n’est pas pour cette fois, aider à la conceptualiser dans l’esprit de tous les “indignés, révoltés, insoumis, nuit debout, etc.” contribuera à faire un jour rempart contre les profiteurs.

Quant à Macron le bluffeur, sa popularité semble si artificiellement gonflée (par les tenants du capital) qu’elle ne se retrouvera sans doute pas dans les urnes…. Mais si les gens sont assez bêtes pour le mettre au deuxième tour face à Marine Le Pen … ce sera tant pis pour eux, c’est-à-dire aussi… pour nous ! Telle est la loi de ce genre de …“démocratie” !

B. V. , La Roque d’Olmes