De l’esprit de la société distributive

par  L. BAREL
Publication : février 1980
Mise en ligne : 18 septembre 2008

MONTESQUIEU a écrit : « De l’esprit des lois « , pourquoi n’écririons-nous pas : « De l’esprit de la société distributive » ? Certes, cette société, attendue par tous les hommes dignes de ce nom, me possédera pas un esprit dans le sens donné par les spiritualistes. Cependant, tout groupe humain uni en un comportement unanime crée, d’emblée, une entité d’où émerge un esprit spécifique. Exemple : l’esprit dominant actuel est celui de la barbarie. L’esprit de la société distributive sera celui de l’humanisme. Ledit esprit, immatériel - mais bien réel - flottera dans les espaces comme un apogée de l’Homme enfin dégagé de la gangue bestiale où il s’enlise encore.
Les lecteurs seront d’accord, je pense, pour l’admettre : les luttes fratricides sont issues de la difficulté de survivre au sein d’une âpre et dure nature sauvage. Elles me devraient plus subsister de nos jours, dans une abondance telle que les humains de la Terre entière peuvent se trouver largement pourvus de tout et, en premier lieu, de nourriture. Or ces luttes anachroniques et atroces poursuivent leurs ravages inutiles à travers le monde, faisant périr des millions d’enfants, de femmes et d’hommes par la mitraille et les famines. Au lieu de partager, on va jusqu’à stériliser ou détruire une partie d’une abondance qui, comme l’Hydre de Lerne, augmente d’autant plus vite qu’on veut la décapiter.
A la différence de la société capitaliste, la société distributive travaillera uniquement au maintien des avantages acquis et à l’avancement, mesuré, d’un progrès non lésant. Elle tiendra compte de l’écologie, qu’elle me saurait refuser, car elle pensera à sa descendance. Une descendance bien compromise, peut-être déjà en voie de perdition si les hommes continuent sur leur lancée imbécile. Au Mexique le pétrole s’épanche toujours dans la mer par millions de mètres cubes. Les espèces végétales et animales disparaissent en nombre croissant un peu partout. Le nucléaire fera le reste sous forme de bombes, de centrales et d’ordures radio-actives indestructibles. Les catastrophes vont s’accumuler.
Soyons objectif, mettons la société distributive à sa place : elle n’émane nullement des mathématiques supérieures mais, plus modestement, d’une bonne arithmétique. Elle n’est ni philosophie, ni métaphysique, ni religion, ni secte, ni parti politique. Elle ne ressortit d’aucune chapelle ou école positiviste ou spiritualiste. Elle est seulement la mise en oeuvre d’une coordination intelligente entre les hommes permettant le partage équitable des ressources multipliées par le progrès.
De là découle tout naturellement l’esprit de la société distributive : la tolérance. Une tolérance assurant la vie de toutes les valeurs humaines. En effet, aucune forme de pensée me pourra jamais troubler la sérénité de la société érigée en économie distributive. Chacun se trouvant assuré de sa juste part matérielle, les batailles intellectuelles me sauraient mettre en péril une distribution cohérente. Au contraire ! Les luttes d’idées et de croyances divergentes sont constructives. Les talents et les diversités conviennent à la société ils lui fournissent sa richesse.