De qui est-ce ?

Publication : juin 2015
Mise en ligne : 22 juin 2015

Un abonné de Floirac, M. B., nous a envoyé les extraits reproduits ci-dessous d’un texte publié par un auteur très connu.

Il le commentait en ces termes : « on dirait du Duboin, mais c’est du … ». C’est du qui ? Aux lecteurs de trouver !

Et ceux qui donneront le nom de l’auteur de ces extraits et le titre de l’œuvre dont ils ont été tirés, n’auront qu’à ajouter le nom d’un tiers pour que nous lui fassions un abonnement d’un an gratuit.

— Quel travail terrible !, dit Chloé.

— C’est assez bien payé, dit Nicolas.

Quelques hommes s’étaient arrêtés pour voir passer la voiture. On ne voyait dans leurs yeux qu’une pitié un peu narquoise. Ils étaient larges et forts, ils avaient l’air inaltérable.

— Ils ne nous aiment pas, dit Chloé. Allons-nous-en d’ici.

— Ils travaillent, dit Colin.

— Ce n’est pas une raison, dit Chloé

Nicolas accéléra un peu. La voiture filait sur la route craquelée, dans la rumeur des machines et du cuivre en fusion.

— On va bientôt rejoindre l’ancienne route, dit Nicolas.

— Pourquoi sont-ils si méprisants ? demanda Chloé. Ce n’est pas tellement bien de travailler.

— On leur a dit que c’était bien, dit Colin. En général, on trouve ça bien. En fait, personne ne le pense. On le fait par habitude et pour ne pas y penser, justement.

— En tout cas, c’est idiot de faire un travail que des machines pourraient faire.

— Il faut construire les machines, dit Colin. Qui le fera ?

— Oh, évidemment, dit Chloé, pour faire un œuf, il faut une poule, mais une fois qu’on a la poule, on peut avoir des tas d’œufs. Il vaut donc mieux commencer par la poule.

— Il faut savoir, dit Colin, qui empêche de faire des machines. C’est le temps qui doit manquer. Les gens perdent leur temps à vivre, alors il ne leur en reste plus pour travailler.

— Ce n’est pas le contraire ? demanda Chloé.

— Non, dit Colin. Si ils avaient le temps de construire des machines, après ils n’auraient plus besoin de rien faire. Ce que je veux dire, c’est qu’ils travaillent au lieu de travailler à construire des machines qui les feraient vivre sans travailler.

— C’est compliqué, estima Chloé.

— Non, dit Colin. C’est très simple. Ça devrait, bien entendu, venir progressivement. Mais on perd tellement de temps à faire des choses qui s’usent.

— Mais tu crois qu’ils n’aimeraient pas mieux rester chez eux et embrasser leur femme et aller à la piscine et aux divertissements ?

— Non, dit Colin, ce n’est pas leur faute. C’est parce qu’on leur a dit : le travail, c’est sacré, c’est bien, c’est beau, c’est ce qui compte avant tout, et seuls les travailleurs ont droit à tout. Seulement on s’arrange pour les faire travailler tout le temps et alors ils ne peuvent pas en profiter.

— Mais alors, ils sont bêtes, dit Chloé.

— Oui, ils sont bêtes, dit Colin. C’est pour ça qu’ils sont d’accord avec ceux qui leur font croire que le travail, c‘est ce qu’il y a de mieux. Ça leur évite de réfléchir et de chercher à progresser et à ne plus travailler.

— Parlons d’autre chose, dit Chloé. C’est épuisant ces sujets-là.