Debout pour une démocratie écologique

Publication : juillet 2016
Mise en ligne : 10 décembre 2016

Nous avons reçu un manifeste proposé par une “Commission écologie et climat de Nuit Debout” selon laquelle « il ouvre des possibilités et pose des principes, il est évolutif et participatif ». Nous le reproduisons ci-dessous pour offrir à nos lecteurs matière à réflexion et discussion :

Crises climatique, de la biodiversité, des ressources, pollutions et perturbations des cycles naturels, la crise écologique est globale. L’humanité est aujourd’hui placée devant un choix qui détermine son avenir. Tout est lié. Les politiques actuelles conduisent à la destruction de l’être humain et de la planète. Mais si nous renversons la perspective, la convergence des luttes sociales et écologiques trouvera des solutions à travers l’écologie.

Les objectifs sont les mêmes : lutter contre la violence des inégalités et des injustices qui frappent d’abord les plus pauvres. L’écologie est une voie pour reconstruire une société non seulement vivable, mais plus juste.

Les capitalistes ont bien compris l’enjeu, car oui, c’est leur business que nous menaçons ! Celui des énergies les plus néfastes, celui du commerce international le plus brutal. Mais la modernité, ce n’est pas la croissance infinie, même repeinte en vert, c’est une transition écologique sérieuse, qui rompe avec le capitalisme du désastre et de la démesure. Nous devons apprendre à vivre dans les limites des ressources de la planète. Les irresponsables, ce sont ceux qui précipitent l’humanité sur des chemins désastreux, pas nous.

Ce qui émane de Nuit debout, c’est l’idée qu’en venant à la rencontre des autres, en partageant, en agrégeant connaissances et ressentis, chacun de nous vient s’éveiller à la société qui l’entoure et se réapproprier la politique. Nous croyons que la formidable mise en commun des énergies que nous vivons ici peut infuser en chacun de nous.

L’écologie n’est pas seulement environnementale et sociale, c’est aussi une écologie sensible, de l’attention, une écologie libératrice ! Ainsi, la culture, l’art, la poésie seront essentiels pour dépasser les discours factuels. Face à un monde fini, nous faisons le pari que les ressources de l’être humain, celles de l’intelligence et celles du coeur, elles, sont infinies.

Notre écologie est une écologie d’en bas, par nos choix, par des propositions citoyennes locales et collectives. Face à l’effondrement, à la crise écologique et climatique, nous mettons en place une transition écologique fondée sur la résilience. Nous n’avons pas la prétention de dire ce qu’il faut faire, car ces démarches existent déjà. Aussi, nous faisons appel à toutes les bonnes volontés, personnelles, citoyennes, associatives, pour promouvoir ici même ces propositions. Nous avons besoin, contre l’effondrement, de construire un projet en repensant le monde à partir de nos aspirations à une émancipation citoyenne, sociale et écologiste. Les orientations présentées dans ce manifeste s’inscrivent dans la construction de ce destin commun.

Rendre possibles nos rêves :

Debout pour une transition énergétique !
Depuis la révolution industrielle, nos sociétés se sont développées grâce à une consommation toujours plus importante de ressources énergétiques. Ce système atteint aujourd’hui ses limites sans pour autant bénéficier à tous : 20 % des humains consomment 80% des ressources. Face aux crises énergétique et climatique, nous devons préparer dés aujourd’hui des sociétés justes, sobres en énergie et approvisionnées à 100 % par les énergies renouvelables à partir des scénarios existants.

Pour la justice climatique, vers la fin des énergies fossiles
La COP 21 a été un leurre médiatique et diplomatique. La limite des 2 degrés de réchauffement est déjà en train d’être dépassée. Il s’agit d’inverser la tendance en imposant un moratoire international sur toute nouvelle exploration d’énergies fossiles, en mettant fin aux subventions publiques, directes et indirectes, et aux prêts bancaires versés aux acteurs du secteur des combustibles fossiles (pétrole, gaz de schiste, charbon). Il s’agit d’inciter les collectivités territoriales et les institutions à se désengager de ce secteur en pratiquant une politique active de désinvestissement.

Pour la sortie programmée du nucléaire :
Après Tchernobyl et Fukushima, il est inadmissible, et irresponsable en particulier pour les générations futures, de continuer à promouvoir le mythe de l’énergie nucléaire soit disant propre et à faible coût. La dangerosité de cette technique, la difficulté du démantèlement et de la gestion des déchets, ne sont plus à démontrer. Nous voulons la transparence totale sur la filière nucléaire et exigeons la fermeture immédiate des réacteurs de plus de trente ans et l’arrêt de la construction des EPR. Vers le développement des énergies renouvelables citoyennes et décentralisées Il est possible d’aller vers les 100 % d’énergies renouvelables. La France est en retard. Toutes les subventions allant au nucléaire doivent aller au renouvelable : éolien, solaire, énergie marine, biomasse, hydrogène. Des solutions pour consommer localement du renouvelable existent, développons les !

Vers la sobriété énergétique _ Indispensable pour réussir une transition énergétique vers 100% renouvelables. Cela implique un changement radical de type de production, de consommation et de comportement individuel. La production de biens doit être limitée au nécessaire, à ce qui est durable, réparable, à l’empreinte carbone minimale.

Vers l’efficacité énergétique
Réduire le besoin énergétique passe d’abord par la sobriété, mais nécessite également d’optimiser les systèmes en amont. Par exemple, le bâtiment représente 44% des consommations d’énergie primaire. L’efficacité énergétique passera par la construction et la rénovation de bâtiments économes (isolation, conception bioclimatique, système de chauffage performant, etc.).

Pour des modes de transports plus économes
en énergie, en espace, en paysages et en vies humaines, réduire les besoins de déplacements en rapprochant le lieu de travail de l’habitat, réduire la place de l’automobile dans la cité, favoriser le ferroutage, développer les lignes SNCF de banlieue et les lignes transversales des TER régionaux, en finir avec le programme autoroutier !

Debout pour une l’agriculture paysanne et une bonne alimentation !
Après un demi-siècle de course au productivisme agricole, les conséquences sont désastreuses : élevages hors sol, dégradation des eaux et des sols, monocultures, engrais chimiques, pesticides, atteinte à la fertilité naturelle des terres, surconsommation d’eau, destruction de la biodiversité animale et végétale. L’agriculture industrielle n’est compétitive que parce qu’elle est placée sous la perfusion des subventions publiques. Dans le Sud, on crève de faim, dans le Nord, on crève de stress et de malbouffe. Les peuples doivent avoir le droit à leur souveraineté alimentaire.

Vers une agriculture paysanne biologique, locale et de saison
Il est vital de tourner la page du productivisme agricole et de réorienter l’agriculture vers la régulation équilibrée et équitable des échanges agricoles, le développement de produits de qualité accessibles à tous pour lutter contre la malbouffe et le soutien à une agriculture biologique paysanne et familiale.

Une agriculture non polluante, c’est une agriculture locale, qui fonctionne en circuit court. Que ce soit pour les matériaux qu’elle consomme (engrais, fumiers) ou pour les aliments qu’elle produit.

C’est une agriculture respectueuse des sols et de la faune. Elle favorise les méthodes naturelles pour repousser les nuisibles : zéro pesticide !

C’est une agriculture qui s’appuie sur des techniques de production naturelle et intelligente, interdisant toute culture d’OGM en plein champ, demandant moins d’espace et nécessitant l’usage d’un minimum de ressources : vive la permaculture !

C’est une agriculture qui crée des emplois agricoles avec des revenus suffisants pour les paysans en favorisant l’émergence d’exploitations d’un nouveau genre, plus modeste, où l’entraide et le libre accès des savoirs, des semences et des ressources est primordial.

C’est une agriculture qui lutte contre la privatisation du vivant, favorise le libre accès et le partage des savoirs agricoles et des semences et met fin aux subventions aux agro carburants C’est une agriculture qui va vers la désindustrialisation de la production agro industrielle et promeut l’agri écologie

C’est une agriculture qui bannit l’élevage intensif, polluant et imposant sur le marché ses produits nocifs pour la santé.

C’est une agriculture qui préserve le droit une alimentation saine et diversifiée, accessible à tous. Nous devons renouer avec la chaîne vertueuse de l’alimentation, lutter contre l’obésité, réduire la consommation de viande, avoir des cantines 100 % bio et zéro OGM dans nos assiettes.

Debout pour une société du bien vivre !
Notre état de santé dépend de la qualité de l’air que l’on respire, de l’eau que l’on boit, des produits que l’on mange, de la salubrité de notre logement, des nuisances sonores et du stress auquel nous sommes exposés au travail quand nous en avons. 23% des décès selon le dernier rapport de l’OMS sont dus à l’environnement. Nos vies ne sont pas des marchandises. Elles ne se négocient pas. Face à ce système, qui ne propose qu’intensification du travail, chômage et précarité, consommation ou misère, nous devons nous réapproprier nos vies.

Pour la justice environnementale, contre la pollution industrielle
Les produits toxiques dans les industries polluantes malgré le scandale de l’amiante qui a fait entre 100 et 150.000 morts sont toujours là. Ils entraînent la pollution de l’air et de l’eau. Nous devons en finir avec l’exposition aux substances chimiques nocives et à la pollution des ondes électro- magnétiques, refuser les installations dangereuses du type Seveso dans nos cités et instaurer un moratoire national sur la construction d’incinérateurs. La terre n’est pas une poubelle : il faut interdire les rejets chimiques dans la nature et la dispersion des déchets industriels en France et dans le monde.

Sortir de cette société de publicité propagande et de gaspillage généralisée
La rupture avec la société consumériste passe par la remise en question de la publicité marchande. C’est l’outil de base de ce système d’hyperconsommation dont il faut nous débarrasser. Elle incite à la consommation impulsive, aliène les esprits, et pollue notre vision. Il faut décoloniser notre imaginaire !

Contre l’obsolescence programmée, réduire, réutiliser, recycler, plutôt que jeter : les solutions sont là : production de produits recyclables, extension du système bonus malus aux produits électro ménagers, allongement de la garantie des produits, soutien au secteur de la réparation. C’est nous tous, consommateurs qui donnons tous les pouvoirs aux multinationales. Si tous ensemble, avec les paysans et les salariés qui produisent les richesses, nous exigeons des normes sociales et environnementales et refusons de consommer des produits inutiles et dangereux, nous serons les plus forts.

Pour la gratuité, développer une société basée sur l’échange, l’entraide, les SEL (Services d’Échanges Locaux ) par la mise en commun et la mutualisation de pratiques, de savoirs et de compétences. Les expériences menées autour des logiciels libres, des Amap et des jardins partagés, des cantines et des épiceries solidaires, des recycleries et des monnaies locales inventent la société de demain. Des millions d’emplois peuvent être créés non seulement à travers les métiers verts mais aussi dans le secteur de l’économie sociale et solidaire.

Respecter le bien-être et la condition animale. Les activités humaines impliquant l’exploitation d’animaux vivants doivent avoir pour souci constant d’éviter leur souffrance. Il en va de notre dignité. Nous devons interdire le commerce de fourrure d’animaux sauvages et en général les trafics d’animaux, supprimer l’utilisation des animaux dans la cosmétologie, l’industrie et l’armée, et la limiter drastiquement dans le cas de la recherche médicale.

Renforcer les droits à un environnement sain et la préservation des conditions de la vie humaine, animale et végétale. Contre le lobbying au service des grands groupes, instaurons le droit une expertise indépendante, pluraliste et citoyenne, la primauté du principe constitutionnel de non régression du droit à l’environnement sur les exigences économiques et le principe de la prise en compte de la finitude des ressources. Les crimes écologiques doivent être reconnus comme des crimes contre l’humanité. Un tribunal international pour les juger doit être instauré.

Pour une véritable éducation populaire à l’écologie et à l’environnement à tous les niveaux, de l’école primaire aux maisons de retraite.

Debout pour une économie écologique !
L’économie actuelle repose sur la dictature du court terme et le profit maximum, qui se traduisent par l’exploitation effrénée des êtres humains et de la nature. Une autre économie s’impose, reposant sur la mutation écologique de la société, et les biens communs, et constitue la seule issue réaliste. Pour éviter la catastrophe, la conversion écologique de l’économie doit commencer dés maintenant. Donner des milliards au patronat pour maintenir des industries polluantes ou délocalisables, développer des grands projets inutiles et coûteux ne fait que prolonger les causes de la crise, et va à l’encontre du principe écologique : « plus de liens et moins de biens ». Nous devons mettre l’économie au service des êtres humains et dans le respect des écosystèmes. Aucune décision ne devra être adoptée sans prendre en compte la dimension écologique.

Relocalisation des activités économiques
Nous ne voulons plus manger des pommes produites à des milliers de kilomètres, ni porter des vêtements produits par des enfants en Chine ou au Bangladesh dans des usines de firmes délocalisées. La délocalisation est productrice de pollution par le transport, de chômage, de précarité ici et de catastrophes industrielles et de négation des droits sociaux là-bas. Nous avons besoin d’une économie reposant au maximum sur les circuits courts et tournée vers la réponse aux besoins locaux et non vers l’exportation et l’importation massives. Nous devons exiger des critères sociaux et environnementaux pour les produits importés Reconversion des industries inutiles et polluantes. Nous avons besoin d’’activités socialement utiles. Nous nous prononçons notamment pour la reconversion des industries de l’armement qui font de la France un des principaux fauteurs de guerre, pour la reconversion des industries de l’automobile au service des transports en commun. Cette reconversion doit se faire en veillant au respect des territoires et des travailleurs, en s’assurant en particulier de leur formation et de leur reconversion.

Contre les grands projets inutiles et imposés
De Notre-Dame-des-Landes à la ligne LGV Lyon-Turin, de Sivens à Europacity, les ZAD se développent contre les Grands Projets Imposés, à la fois coûteux et inutiles. Aux citoyens de décider ce qui est socialement et écologiquement utile, pas aux lobbies et à l’État. Moratoire immédiat sur tous les grands projets inutiles. De la place de la République à Notre-Dame-des-Landes, organisons nos ZAD contre les bétonneurs, les spéculateurs, les promoteurs et les banquiers ! Ni chair à pollution, ni terre à béton, debout les zadistes, à la contre attaque !

Pour les Biens Communs, contre la financiarisation de la Nature et la surexploitation des ressources
La croissance « verte » transforme la nature en une entreprise géante, productrice de services contrôlés par quelques firmes et fonds financiers. Du stockage du carbone corrompu par le marché des droits à polluer à la privatisation de la gestion de l’eau, les droits des populations et de la terre sont niés. Nous demandons l’interdiction de la spéculation sur les denrées alimentaires et de l’accaparement des terres agricoles par les États, les sociétés privées et l’agro-industrie. Le productivisme, c’est aussi la sur-pêche et la disparition des poissons. Nous devons lutter contre les flottes industrielles et leurs filets dérivants et restaurer les ressources halieutiques.

L’air, la terre, la mer sont des biens communs qui ne peuvent être privatisés par quelques uns. Ils doivent être rendus à tous et ne faire l’objet d’une quelconque marchandisation. Nos exigences : la gestion publique et citoyenne de l’eau, l’interdiction de la brevetabilité du vivant, le soutien aux luttes des peuples indigènes contre l’extractivisme, l’audit et la reconnaissance de la dette écologique

Pour une véritable fiscalité écologique favorable à l’environnement. Cette fiscalité à défaut d’interdiction et de réduction drastique des pollutions peut être fondée sur le principe pollueur / payeur. Elle passe entre autres par l’instauration d’une taxe sur les transactions financières internationales et d’une écotaxe sur les transports routiers.

Stop aux Traités de Libre-Echange, TAFTA et aux pouvoirs des multinationales :
Nous devons tout faire pour empêcher les accords de libre-échange et d’investissements… qui soumettent les peuples et les États à la volonté des multinationales. Fortes de leurs milliards, elles bafouent les droits sociaux, pillent les pays pauvres, polluent et rendent stériles les sols fertiles, et imposent leurs produits à la terre entière. Il faut les bloquer.

Conclusion : Pour une écologie conviviale, positive et debout
II n’y a qu’une seule voie possible, celle de la société en mouvement et ses principes : la coopération contre la compétition, la démocratie contre les lobbies, la responsabilité contre la culpabilisation. Nous défendons une société du “vivre mieux” face à la tyrannie du “toujours plus”. L’heure n’est pas à la résignation. Changer le monde, c’est l’affaire de tous !

Contact internet : nuitdeboutclimat riseup.net