Démocratie et respect des cultures

par  M.-L. DUBOIN
Publication : octobre 2014
Mise en ligne : 28 janvier 2015

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Les Français, qui ont élu François Hollande pour en finir avec la politique de droite menée par son prédécesseur, sont surpris par les mesures qu’il fait prendre. C’est qu’ils n’ont pas compris ce que le Président a dit de lui-même (mais pas au cours de sa campagne présidentielle…) : il est social-démocrate, ce qui signifie que son objectif est « le triomphe du capitalisme absolu » [1].

C’est la raison pour laquelle il a choisi la politique de l’offre : aider directement les entreprises pour qu’elles fassent des bénéfices (on dit pudiquement ”être compétitives“) et non pas la politique de la demande qui, en favorisant le pouvoir d’achat des consommateurs, aurait aussi développé l’activité des entreprises, mais en l’orientant vers les besoins exprimés par la population. Il n’y a donc que le MEDEF pour applaudir ce choix.

Les déçus manifestent, mais sans succès, car seules les protestations venant de droite sont entendues. Dans notre démocratie formelle, qu’ils respectent, ils ne peuvent donc se faire entendre que par les élections. Le résultat est là : si le PS, qui avait pratiquement tous les pouvoirs (Assemblée, Sénat, régions, mairies) a, en deux ans, perdu partout la majorité, c’est bien parce que sa politique n’est pas celle que ses électeurs en attendaient. Alors, déboussolés qu’ils sont quand ils entendent encore dire que le PS, c’est la gauche, ils sont prêts à croire que gauche et droite, c’est la même chose !

Non, une politique de gauche ne consiste pas à aider en priorité les entreprises, en les exonérant d’impôts, en endettant l’État, et en imposant des dizaines de milliards d’économies diverses à la population. Ces restrictions n’ont pas seulement des effets déplorables dans l’immédiat (réduction des budgets sociaux et dégradation des services publics). Ils auront d’autres conséquences catastrophiques, à long terme, mais prévisibles. Par exemple le manque de moyens dont disposent les universités et la recherche publique, qui les paralyse déjà.

Mais ce gouvernement n’en a cure… Il doit obéir aux directives que son chef lui impose en fonction de ses propres convictions. Tant pis si le résultat prouve que ces dernières sont infondées : il a été élu pour cinq ans au suffrage universel. Alors, après lui, le déluge.

 

Notre démocratie est donc bien mal en point. Et dans tous les domaines. Autre exemple : nous avons appris qu’un nouveau découpage des régions a été décidé, sans qu’il soit question de consulter les populations concernées. Alors tant pis si les habitants de la région nantaise, le pays d’Anne de Bretagne, se veulent bretons : refusé. Et en plus, l’aéroport de N-D des Landes sera implanté sur leurs terres, même s’ils ont de bonnes raisons de ne pas le vouloir.

Nous n’avons pas, en France métropolitaine, une région qui revendique son indépendance, comme le font l’Écosse ou la Catalogne. Mais nous avons encore des colonies, même si elles sont dites “Territoires d’Outre-mer”. Si ces terres sont françaises c’est parce que la prise de possession d’un pays par un autre, mieux armé, se pratiquait couramment dans le passé. Or la démocratie, c’est le respect du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes : elle implique donc la décolonisation. Depuis maintenant plus de trente ans, l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie est préparée. Comment cette décolonisation se passe-t-elle ? - C’est la question sur laquelle Yvonne Savéan s’est penchée et tente de répondre dans les pages qui suivent. Les conclusions qu’elle en tire susciteront des réflexions : l’indépendance est-elle un véritable progrès si elle est remplacée par une tutelle économique et financière, moins formelle, mais aussi injuste et inégalitaire ?

 

La démocratie n’est pas seulement le respect de la volonté des peuples, c’est aussi (d’abord ?) le respect de leur culture, de leurs particularités, de leur originalité. Et parmi tous les dégâts imputables à la mondialisation capitaliste, il faut dénoncer l’uniformisation des cultures. Rappeler que la nécessité de sauver la biodiversité en général, c’est aussi veiller à sauvegarder la biodiversité humaine, et qu’il est odieux d’obliger les foules, forcées d’émigrer, à s’intégrer en effaçant tout ce qui est leur histoire pour adopter un genre de vie qui leur est totalement étranger… et qu’on leur présente comme “le progrès”, le “développement”… Au nom de quels critères ?

Parmi les particularités qui fondent un peuple, la langue est un des liens les plus anciens et les plus profonds. La mondialisation libérale s’étend aussi par l’imposition de la langue anglaise, celle du commerce international. Mais heureusement, quelques jeunes, soumis à cette pression, savent résister. Fanny Evrard, jeune étudiante (21 ans) le prouve par son témoignage (voir p.12) d’une année d’étude en Espagne, comme boursière Érasmus.


[1pour reprendre le sous-titre du livre Les mystères de la gauche de J-C Michéa que Benjamin a présenté très clairement dans GR 1142, notre numéro de mai 2013.