Détruire ou distribuer ?

par  E. BARREAU
Publication : janvier 1985
Mise en ligne : 24 février 2009

En cette fin du XXe siècle, les fulgurants progrès des techniques de production ont permis à l’abondance de devenir réalité quotidienne, ( axiome maintes fois démontré ) mais aussi aberrant que cela puisse paraître, niant cette évidence, l’on s’entête à vouloir conserver des structures économiques, basées sur la rareté, donc totalement dépassées face à l’abondance. De ce fait, contradictions et antagonismes ne cessent de s’abattre sur le tissu social, dont l’exemple plus frappant, le plus cynique, es> quotidiennement démontré par la pauvreté endémique et galopante, contre laquelle on cherche à enrayer l’évolution, sinon la rendre plus supportable ! se gardant de mettre en cause le vecteur profit. Les secours s’effectueraient par le canal de la «  distribution ». Bonne idée en l’occurrence, mais sachant que ce terme signifie gratuité, antithèse de vente, ce paradoxe conduit à l’interrogation suivante : « comment pourra-t-on distribuer gratuitement, et longtemps des biens et denrées aux nécessiteux, dans une économie où tout s’achète, se vend ? Face à cet antagonisme, tôt ou tard apparaîtra un point de rupture, c’est pourquoi conservera-t-on un bandeau sur les yeux, en traitant « d’utopistes » ceux qui proposent la solution qui satisfasse aux conséquences du progrès, et réponde à la réalité économique contemporaine potentiellement « abondanciste » ? Cette réalité n’est- elle pas « Distributive » ? où Répartitive  ? Le terme importe peu.
Revenant à la pauvreté, qu’envisage-t-on dans l’immédiat  ? Primo ; faire payer. les riches, secundo : accroître les oeuvres charitables, organismes de secours, etc... Que penser de ces solutions  ? Suite aux explications suscitées, elle ne peuvent que soulager momentanément les cas les plus désespérés, sans pour autant supprimer la pauvreté dans son ensemble, ainsi que dans ses causes initiales, sorte de remède empirique face à un cancer !
D’une part, de quels riches s’agit-il ? De ceux qui possèdent de gros capitaux, facteurs de revenus, où de ceux qui perçoivent de gros revenus, sans capitaux ?... en attendant de faire payer les moins pauvres, avant qu’ils le deviennent à leur tour ! Solution aussi mathématique qu’absurde ! car la masse grandissante de pauvres percevra toujours des miettes (pâtée pour chiens  ! ) permettant de survivre. D’autre part, ce cercle vicieux conduira à l’égalité dans la pauvreté, au lieu d’aller vers l’égalité dans l’abondance. Si la guerre n’est pas une fatalité, la pauvreté économique l’est encore moins. Etre pauvre en 1984, alors que des montagnes de produits s’amoncellent... ces invendus que l’on stocke, avant de les détruire, tandis que d’autres sont détruits avant d’être proposés : «  assainissement des marchés... rentabilité exige ! Atteignant le comble de l’absurdité, de la bêtise, pérennisant ce « Babylone économique », pleuvent les subventions, les aides aux destructions ! etc... » Quand pleuvra-t-il ce pouvoir d’achat (monnaie de consommation) qui seul, fait défaut aux deshérités du gâteau-production ?... Ces pauvres ne pouvant acheter ce dont ils ont besoin, de ce fait, ruinent ceux qui ont à vendre ! qui réclame et exige qu’au lieu de subventionner pour détruire, l’on subventionne pour consommer en fonction des besoins réels, en commençant par subventionner les plus démunis ? Ces subventions représentant leur part d’usufruit d’une production collective, escroquée par le biais du profit, en attendant de distribuer à tous, des producteurs aux consommateurs, un «  Revenu social garanti », éliminant radicalement la pauvreté matérielle, artificiellement entretenue, dans le but de satisfaire à une monnaie aussi artificielle, transformant des courants d’air, en d’énormes profits ? Contradicteurs de l’économie distributive, avez-vous une autre solution à proposer ?