Du lait ou des sous-marins atomiques ?

par  M.-L. DUBOIN
Publication : mars 1980
Mise en ligne : 22 septembre 2008

ICI même, le mois dernier, je m’efforçais de montrer combien les bruits alarmants tendant à faire craindre une guerre généralisée étaient en fait orchestrés par de solides et sordides intérêts. Deux informations sont venues depuis conforter ce point de vue : « Le Monde » du 29 janvier dernier faisait état de premières évaluations qui montrent qu’en 1979 les commandes de matériels militaires avaient fléchi par rapport à l’année précédente, tant en France qu’aux Etats-Unis. Il fallait bien rattraper ça ! C’est chose faite : on annonce maintenant une remontée des actions des principaux fabricants d’armes. Allons, on va pouvoir, même aux frais des contribuables, vendre encore quelques bonnes armes à des roitelets africains et à leurs généraux. Mais qu’on ne s’étonne pas s’ils s’en servent !

Les bruits de bottes, dont tout le monde parle, présentent un nouvel intérêt pour certains : des promoteurs («  immobiliers » ?) lancent la mode du « 2 pièces-cuisine anti-atomique ». Vous allez devoir ajouter à vos résidences secondaires un « bunker anti-atomique » pour avoir l’assurance d’être en mesure d’assister au réveil d’un monde désintégré.

Mais une bombe comme celle d’Hiroshima est aujourd’hui à la portée de tout le monde. Alors la France envisage de faire mieux : la bombe aux neutrons. Sur le plan humain on imagine difficilement pire. Sur le plan économique, par contre, elle présente des inconvénients : pas de destructions autres que celle des êtres vivants, c’est-à-dire rien à reconstruire. Cela risque donc de ne pas ouvris de nouveaux marchés. Alors on va y réfléchir encore.

Par contre, nous avons un besoin urgent d’un nouveau sous-marin atomique - Non de neuf sous- marins renchérit Chirac. Quel que soit le nombre de milliards nécessaires pour cela, la France trouvera l’argent. Comment se fait-il qu’on n’en ait jamais assez pour le budget social mais qu’on en trouve toujours pour ce type de dépenses ? Allons. malgré la « crise du pétrole  » l’économie française a de l’avenir.

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Par contre, ce qui ne va pas, mais pas du tout, c’est l’agriculture. Une vraie catastrophe s’abat sur la Communauté Européenne : elle produit trop. On ne sait plus que faire, par exemple, du lait. Et la radio d’Etat a beau nous répéter  : « Si vous n’en buvez pas, mangez-en », il y en a encore trop.

Alors que l’O.N.U. nous apprend qu’en 1979, 50 millions d’individus, dont 17 millions d’enfants sont morts de faim, l’Europe n’a pour souci que le maintien du prix du lait et se lamente à l’idée que la production, cette même année, a augmenté de 1,8%. Alors on réduit le cheptel bovin. En 1977, il a baissé ainsi de 8 % au Danemark où chaque jour deux exploitants sont amenés à liquider leur élevage de vaches laitières, et où huit à dix demandes sont faites au Ministère de l’Agriculture pour d’autres éleveurs pour en faire autant. En 1978 et 1979, on a abattu 85 000 vaches laitières, ce qui a permis à leurs propriétaires de toucher quelque 140 millions de francs lourds. Voilà comment on lutte contre la «  surproduction » du lait tandis qu’un enfant sur trois en Afrique ou en Asie meurt avant l’âge de 5 ans.

Quand comprendra-t-on qu’il faut balayer le système économique qui engendre de pareilles énormités ?