Du rêve à la réalité

par  R. CARPENTIER
Publication : décembre 1980
Mise en ligne : 8 octobre 2008

J’ai fait un rêve.., pour une fois j’ai cru à un tribun  ! Mais laissez-moi vous expliquer. Déçu par l’apathie générale des salariés qui subissent sans broncher l’injustice, la hiérarchie, les impôts, les inégalités, la vie chère.., et trompés par leurs représentants syndicaux, je me suis mis à rêver d’un homme, syndicaliste, hors du commun, surgi du temps de la Charte d’Amiens, qui oeuvrerait à la place de la base qui ne sait pas encore se déterminer elle-même.
Et ce syndicaliste déconseillait d’emblée aux salariés de continuer le mode de grève « traîne-savates » qui consiste à demander des augmentations de salaires - 10 F pour l’ouvrier, 1 000 F pour l’ingénieur - toujours dépassées par les prix. Et il nous dirigeait vers une action plus efficace et plus concrète de grève, et nous disait : Faisons une grève générale pour obtenir la suppression de l’impôt sur nos revenus pour commencer ; et ceci pour tous ceux qui sont salariés ou en retraite. Après, sur cette base d’action, nous ferons aussi une grève générale pour l’obtention de la gratuité dans tous les transports en commun trams, bus, métros, chemins de fer - payer la fatigue d’un voyage pour aller travailler, cela dépasse l’entendement ! Ainsi, après satisfaction de leurs revendications, les salariés reprenaient confiance en leur combativité et à nouveau, quelque temps après - mais pas trop tard pour ne pas permettre au patronat de relever la tête - leur «  leader » les appelait à faire une grève générale pour la gratuité dans la consommation de l’eau, du gaz, de la lumière et ainsi de suite au fur et à mesure des acquis, pour la gratuité du courrier postal et du téléphone, de la santé, (le l’instruction publique et de tout ce qui doit être obtenu dans les services publics - on ne paie pas un service public, on en use gratuitement ! -
Notre syndicaliste qui avait une audience incalculable auprès des salariés en leur montrant la voie à suivre, nous disant que cela est un commencement vers l’Economie Distributive et que nous pourrons ainsi continuer notre action avec toutes les autres sortes de consommateurs. De plus, ces grèves actives auront une efficacité certaine en concevant de les faire de façon productrice et distributive, dans toutes les professions où cela est applicable , il nous assurait encore que puisque les techniques très avancées de production nous relèvent de notre labeur - autrement dit nous envoient au chômage - que les salariés qui travaillent encore, mais en instance de chômage, déclenchent une grève générale pour obtenir la garantie de la totalité de leur salaire pour le jour où ils seront licenciés... Quelle exultation que ces coups de boutoirs contre la société capitaliste !
Mais un rêve ne dure pas et la réalité nous montre que ce n’est pas nos chefs syndicaux actuels, tous compromis dans la collaboration avec le patronat et le capitalisme, qui s’enhardiraient à défendre ainsi les salariés et les consommateurs  ! Ça ne fait rien quand même, la réalité est parfois dure à supporter !