E. Macron nous fait marcher !

par  M.-L. DUBOIN
Publication : mai 2017
Mise en ligne : 27 septembre 2017

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Ce que les électrices et les électeurs viennent de manifester, et très nettement, c’est leur rejet de la politique menée depuis la révolution libérale par les partis qui se disaient “de gouvernement”…

Et pourtant, c’est bel et bien cette même politique que l’énarque élu, aux discours à la fois brillants et flous, se propose de mener, tambours battants…

Comment prétendre que nous sommes en démocratie ?

 

Certes, le pire a peut-être été évité, pour le moment ! Car le discours xénophobe, chauvin et haineux du FN, même s’il a fait peur, ne l’a pas emporté. Ce parti a pourtant osé se servir des revendications des défavorisés pour faire semblant de vouloir mener une politique sociale, alors que tout prouve le contraire : le comportement de ses élus locaux, les votes de ses députés au niveau européen, et son programme. Rendre l’étranger responsable du chômage et de la précarité n’a pas réussi à cacher le fait qu’il ne proposait rien pour mettre fin à la cause de la croissance scandaleuse des inégalités.

Mais gare ! Si les laissés pour compte sont de plus en plus nombreux, le parti de la violence, en jouant ainsi sur leur détresse, ne peut que gagner du terrain.

 

Minoritaire, puisqu’il n’a obtenu que 44% des voix des inscrit(e)s, et dont une large part n’était nullement approbation pour lui mais bien refus de son adversaire, l’élu se pose en triomphateur. La façon dont il s’est donné en spectacle, dès le soir de l’élection, est significative ! 

En fait, grâce à son intelligence, sa confiance en lui, son flair politique… sa formation et ses relations, il a su adroitement tirer parti du dégoût qu’éprouve une large majorité de la population à l’égard des politiciens-vedettes des grands partis. Ce serait tant mieux s’il s’agissait de changer de politique. Mais hélas, c’est bien la même politique qu’il prépare  ! Et même en plus fort, car le nouveau Président de la République n’a pas caché ses intentions. Lui, le droit du travail, c’est par ordonnances qu’il entend le démanteler  ! Alors vive “l’ubérisation” des emplois ! Son programme c’est encore plus d’austérité, la suppression de beaucoup de postes de fonctionnaires, la remise en cause du régime des retraites, de l’enseignement public, de l’assurance chômage. C’est une fiscalité allégée pour les plus riches mais rien contre l’utilisation des paradis fiscaux. C’est la signature d’odieux accords de libre-échange (dont le CETA dans l’immédiat) sans consultation populaire. C’est la suppression des quelques règles qui ont été imposées aux banques après la crise dont elles sont responsables, etc. Bref, c’est la poursuite de cette absurde et catastrophique politique “de l’offre”, qui se dit “libérale” alors qu’en fait elle consiste à rogner sur ce que la population qui peine croyait être des “acquis sociaux”, afin d’aider financièrement (exonérations, défiscalisations) les entreprises (surtout les plus grosses !) sous prétexte que les rendre plus compétitives ce serait “redresser (??) la France”… Et c’est aussi la superbe ignorance de la transition énergétique, écologique et environnementale, qui s’impose pourtant d’urgence.

Voilà ce qui nous attend si la “majorité présidentielle” obtient aux législatives un nombre suffisant d’élus.

De nouvelles têtes ne peuvent que distraire…

 

Alors quand le nouveau président prétend que son programme n’est ni de gauche ni de droite, il nous fait marcher. En jouant sur le fait que l’électeur est désemparé parce qu’un parti qui se disait de gauche a mené une politique de droite, sa manœuvre peut faire illusion. Il n’empêche que reste la différence profonde entre droite et gauche : le souci principal est pour la droite, l’argent, pour la gauche, les gens.

La confusion peut venir du fait que les ambitieux qui veulent faire carrière en politique, qu’ils soient de droite ou de gauche, font des déclarations qui se ressemblent : « je fais à la France le don de ma personne ! Vive la République ! Vive la France ! ». Et ça marche encore, au point que les citoyen(ne)s gobent encore les mêmes refrains et les promesses de mesures qui ont montré leur inefficacité  ! Comme s’il était encore possible d’y croire  !

Pourtant, les besoins sociaux sont criants et les citoyens ne sont pas idiots  ! Alors pourquoi, comment, le discours dominant parvient-il à paralyser leur esprit critique et leur capacité de jugement  ?

Et surtout, d’où vient cette paralysie générale des imaginations, cette peur, cette obstination à refuser de voir que l’évolution de plus en plus rapide des conditions techniques et environnementales impose de revoir nos façons de penser ?

Une piste de réponse se trouve peut-être dans le dernier chapitre du livre que Jacques Généreux a publié récemment au Seuil sous un titre sans ambiguïté  : La déconnomie - Quand l’empire de la bêtise surpasse celui de l’argent…

À approfondir…