Éléments de sociologie scientifique

par  H. MULLER
Publication : janvier 1981
Mise en ligne : 14 octobre 2008

Il y a à boire et à manger et bien autre chose encore dans le gros livre de Mar IEL qui, sans être indigeste, loin s’en faut, rassemble le fourre-tout de 50 années de réflexions autour des thèmes du distributisme.
L’ouvrage laisse perplexe quant à l’organisation, qu’il décrit, de la société distributive, à la densité des précisions ayant trait à la vie sociale. C’est une sorte de CORAN, de THORA laïque régentant du berceau à la tombe, la vie de chaque individu.
Après une critique bien charpentée du capitalisme, Marc IEL s’enlise dans une conception irréelle de la nouvelle société, posant en postulat l’égalité des besoins pour des individus de même âge. C’est Robinson débarquant sur la planète des singes. Son projet fait table rase des us et coutumes, des habitudes de chacun, tous liens rompus avec ce qui a précédé. Aux habitants de cette planète, on impose une réglementation étroite du cadre de vie, allant jusqu’à dicter à chacun ce qu’il doit manger. Marc IEL ’fait de sa société un univers de tickets et de bons. Il veut ignorer la diversité et la singularité, lai. sent f i des individualités, du besoin de dépassement, des « différences » qui forment la trame de toute vie sociale.
Sa société est une société rigoureusement égalitaire, miraculeusement débarrassée des pesanteurs inhérentes à la nature humaine, la réceptivité intellectuelle étant supposée la même au niveau de chaque individu.
Venue de la pensée anarchiste, une telle caporalisation surprend. Elle n’est pas dans le droit-fil de la tolérance revendiquée par les mouvements distributistes. D’aucuns se diront que s’il faut en passer par là pour atteindre le stade d’une civilisation idéale, mieux vaut s’accommoder de celle que l’on a avec ses imperfections.
Il faut savoir sacrifier à certaines injustices, à certaines inégalités si l’on ne veut ni stériliser la recherche. l’initiative féconde, ni paralyser les compétences. Peut-on réellement croire à l’efficacité de l’appareil productif si l’on commence par placer tout le monde devant la même gamelle face à une discipline de fer ?
Qui plus est, Marc IEL évacue la monnaie de consommation pour lui substituer un étalon « temps de travail efficace », bien peu réaliste eu égard aux mille cas concrets auxquels ce système de valeur ne saurait s’appliquer, notamment en matière de travail intellectuel, créations d’art, services, etc...
Marc IEL semble avoir été piégé par un ensemble de vues sommaires visant la monnaie et l’abondance.