Et vive l’an 2001 !

par  J.-P. DUFOUR
Publication : janvier 2001
Mise en ligne : 13 janvier 2009

Voici des stances dédiées par leur auteur à Jean-Marc Sylvestre, économiste et journaliste :

Que se passe-t-il donc en cette fin de siècle ?
Du millénaire qui vient, que cache le couvercle ?
Où va-t-on de ce pas ? Vers quel Eldorado ?
Suffit-il de courir pour gagner le gros lot ?

Avez-vous remarqué comment tout s’accélère ?
Combien les échéances nous poussent à la galère ?
Pour qui veut aller loin, faut-il aller plus vite ?
Mais qui peut rattraper notre temps qui s’effrite ?

Qui sont ces prétentieux qui nous poussent au vertige
Arguant de cette antienne que partout on inflige :
Le temps c’est de l’argent. L’équation est lâchée !
Ceux qui rêvent en chemin seront tous éjectés !

Nous sommes sur la terre pour être productifs,
Tout autre prétention se révèle sans motif.
C’est que sur notre tête une main invisible
A joué son va-tout de façon prévisible.

Et il n’est pas question d’échapper au bon sort
Que la fée Capital réserve à notre corps.
Quelque part sur la terre un lot de gens savants
Sait créer la monnaie qui lie les pauvres gens.

Ils appliquent à l’argent le secret de la vie :
à sa reproduction ils s’exercent à tout prix !
Nécessaire il nous est, alors il faut plier,
à toutes ses exigences il nous faut succomber.

Parlant de succomber, ça pour sûr on succombe !
Et on ne compte plus le nombre d’hécatombes !
Sur ce plan chaque année rarement nous déçoit,
Depuis que l’ monde est monde, chacune vaut son poids !

À voir ce résultat, je pose la question :
Va-t-on encore longtemps se faire damer le pion
Au nom de la doctrine que dicte la finance
Ravalant nos destins à simple manigance ?

Après des millénaires de savoir amassé,
Avec ce savoir-faire aujourd’hui hérité,
Comment se laisser dire que c’est faute d’argent
Qu’on ne peut de nos jours nourrir tous nos enfants ?

Quelle est cette denrée si dure à fabriquer
Qu’on ne peut aujourd’hui produire à satiété ?
Où est ce puits de mine ? Dans quel’ banque centrale
Se cache le levier du robinet vénal ?

Quelle est la main qui tient le garrot du crédit,
Poussant l’humanité au bord de l’asphyxie ?
Qu’on nous montre une bonne fois cette pompe à pognon
Qui surgonflant la Bourse, nous laisse les trognons !

Avant que de se perdre en quelque catacombe,
Un jour, à ces questions, il faudra bien répondre.
Le décor est planté depuis longtemps déjà,
Le mythique an 2000 ne les résolut pas.

La venue de l’Euro selon ces mêmes dogmes
Va creuser le fossé et renforcer ces normes
Où sueur, sang et larmes nourrissent les dividendes
Quand les taux d’intérêts engraissent les prébendes.

Nous continuerons donc en cette année qui vient
à nous frayer en vain un fragile chemin
Parmi tous ces écueils qui sont si familiers
Que notre raison peine à les identifier.

Pourtant si l’on sait voir et si l’on veut apprendre
Que de choses sensées nous pourrions tous entendre !
Face à l’obscurité des croyances mutilantes
La force du savoir se fait si pénétrante !

*

— Mais, mon brave Monsieur, de tous temps c’est ainsi !
Vous voulez tout changer ? Sans doute avec des si !!!
En voilà encore un qui croit qu’un tour de main
Suffit au genre humain pour changer son destin !

Mais vous avez vu l’homme ? Cette espèce carnassière !
Peste soit cette race de révolutionnaires
Qui vient nous dire ici qu’on peut changer nos vies
Alors qu’à l’évidence, tout est déjà prédit !

Qu’est-ce donc qui te pousse à vouloir bouleverser
La voie toute tracée qui guide nos destinées ?
Mais tu te prends pour qui ? Tu te crois le Messie ?
Laisse faire le Bon Dieu, baisse ton front, et prie...