Haro sur l’inflation

par  P. BUGUET
Publication : février 1978
Mise en ligne : 21 mai 2008

D’AUCUNS, bien intentionnés sans doute, partant en guerre contre l’inflation, citent force chiffres du C.N.C. et de l’I.N.S.E.E. qu’ils disent cependant prêter à caution. Ce qui ne les gênent nullement pour en déduire que la demande devient plus forte que l’offre, car vient d’éclore une nouvelle crise qui daterait de 1969.

Cette découverte en main, ils arrivent à cette déduction que, pour réduire cette demande exagérée qui entraîne la hausse des prix, le musellement du crédit pourrait résoudre ces problèmes. Ce serait simple, trop simple nous semble-t-il. Ainsi, jusqu’à ce jour, il ne se serait trouvé personne pour y penser ? Il est vrai l’imagination ne brigue le pouvoir que depuis 68…

 REVENONS AUX SOURCES

Nous savons, à la lueur des thèses de l’Économiste Jacques DUBOIN, que : « Depuis que, sous la poussée du progrès des techniques, la production peut croître en même temps que le chômage » (depuis les années 30 pour notre Europe industrialisée), l’économie marchande est entré dans sa crise définitive, qui ne cessera qu’avec elle-même sous la menace du blocage de l’échange.

Le capitalisme inscrit, par sa longue ère de dynamisme économique dans les viscères de chacun, se défend : fascismes, raréfactions de produits, destructions, diktats économiques, conflits mondiaux, ont été des ballons d’oxygène.

Présentement il lui reste, pour la survie du profit, les armements, les conflits locaux interposés et l’ultime cavalerie monétaire de l’inflation.

Ce n’est pas l’accentuation de l’inflation qui est la cause de la crise, elle en est l’effet, elle en est un palliatif éphémère qui permet encore l’échange lucratif, mais ruine le capital lui-même par l’instauration de la valeur de la monnaie, devenue peau de chagrin.

 INTERPRÉTATION DES STATISTIQUES

Déduire des publications de l’INSTITUT NATIONAL DE LA STATISTIQUE ET DES ÉTUDES ÉCONOMIQUES que la demande est plus forte que l’offre, c’est supposer que la manne inflationniste se répand dans l’escarcelle de chacun, : « c’est supposé que les consommateurs achètent en fonction de la circulation monétaire, mais non en fonction de leurs revenus  » (JD).

Cette lacune liée à la découverte d’une néo-crise, et aux allusions à la vertu d’un crédit raisonnable doivent nous inciter à la réflexion objective.

 MISE AU POINT

« L’inflation de la monnaie n’est autre chose que l’abondance faisant son apparition dans la circulation », disait naguère Hermodan dans « Demain ou le Socialisme de l’Abondance », 2e édition, page 128.

Laisser entendre qu’une certaine politique du crédit pourrait résoudre la crise économique, c’est supposer que l’économie de l’échange n’est pas fondamentalement en cause. Et c’est pourtant là l’essentiel. Et échafauder plans et projets avant d’avoir surmonté la cause de la crise, c’est se parer à bon compte d’un mérite facile. La pensée rationnelle de J. Duboin l’a conduit à s’interdire de tracer de tels plans en disant : « Les moyens d’actions, les formes intermédiaires et transitoires dépendent tellement des circonstances, qu’il est impossible de prévoir d’une façon efficace, … toute discussion à ce sujet est encore un jeu gratuit de l’esprit ! » (dans « l’Économie Distributive de l’Abondance », page 103).

Il se refusait à toute extrapolation sur les événements ou sur le comportement des hommes, le moment venu.

C’est à cette mesure, à cet intransigeant contrôle de l’objectivité que nous devons la valeur et l’impact constant des thèses que nous avons faîtes nôtres.

Ne dévions pas de cette rigueur de pensée.