II. Regarder la vérité en face et éviter la barbarie

par  J.-L. GLORY
Mise en ligne : 31 août 2008

Dans un précédent article (GR 1089, p.12) Jean-Louis Glory s’est appliqué à poser le problème de l’immigration dans sa globalité actuelle et à passer en revue ses perspectives dans le système capitaliste.

Pour le compléter, il envisage dans ce second article, des solutions qu’il veut à la fois conformes aux réalités économiques, historiques et sociales et aux droits humains :

  Sommaire  

En tant qu’ex-puissance coloniale, la France a à assumer toute sa responsabilité dans la situation de l’Afrique. Si les Français d’aujourd’hui, pris individuellement n’en sont pas responsables, il est indéniable que le colonialisme a été accepté et défendu militairement par les traditions politiques françaises qui vont de l’extrême droite au parti socialiste (ex SFIO). Seuls, le PCF et quelques petits groupes éphémères (dont par exemple le PSU) s’y sont opposés.

Or le colonialisme a détruit en Afrique les processus historiques qui ont permis à l’Europe de se développer :

• L’esclavage, puis l’économie de traite, ont empêché “la transition capitaliste” et l’émergence d’une bourgeoisie nationale et donc d’une structuration de la société en classes légitimées par leur place dans la production.

• Le découpage colonial arbitraire, à la règle, de l’Afrique a retardé, et souvent rendu impossible, l’émergence de nations. Or c’est la nation qui permet de légitimer les efforts demandés aux populations et de capitaliser les résultats obtenus. C’est elle qui peut légitimement s’opposer aux intérêts égoïstes des individus et efficacement aux intérêts des groupes (ethnies, clans…) ou des puissances financières et économiques. C’est elle seule qui peut fournir le cadre à un développement de la démocratie.

Il s’agit de phénomènes bien plus graves à l’échelle historique que le pillage colonial, l’esclavage, le travail, forcé, “l’échange inégal”, etc. Cela, il faut le reconnaître et faire connaître.

 

En tant que puissance néo-coloniale, la France a d’autres responsabilités.

Pour les énumérer il suffit de reprendre, magnifique exemple de ce que la psychanalyse appelle le déni, comportement du voleur qui, spontanément, dit : « je n’ai pas volé », le discours de Dakar de N. Sarkozy : « La colonisation n’est pas responsable des guerres sanglantes que se font les Africains entre eux. Elle n’est pas responsable des génocides. Elle n’est pas responsable des dictateurs. Elle n’est pas responsable du fanatisme. Elle n’est pas responsable de la corruption, de la précarisation. Elle n’est pas responsable des gaspillages et de la pollution »,

M. Sarkozy n’a oublié dans cette énumération que la dette qui est actuellement l’outil principal permettant de détourner les pays africains d’un développement national !

Peut-être avait-il atteint ses capacités de cynisme ?

 

La France doit promouvoir une politique d’émigration-immigration concertée avec chaque pays africain. Et pas seulement avec les gouvernements de ces pays car ils sont souvent illégitimes et en bonne démocratie, éphémères. Il s’agit d’arriver à un accord, de part et d’autre de la Méditerranée, entre les gouvernements, les syndicats, les organisations représentatives de la “société civile” (femmes, jeunes, organisations familiales, de défense des Droits de l’Homme, etc.), du patronat, des partis politiques représentatifs. Les “Grenelle” sont à la mode, pourquoi pas un Grenelle de l’émigration-immigration ?

Cela pourrait promouvoir « une politique équitable de l’immigration africaine dans une dimension de coopération, fondée d’abord sur la mise en place de moyens matériels et de dispositifs de formation au profit de ceux qui émigrent puis, dans un deuxième temps, sur l’encouragement matériel au retour au pays d’origine de ceux qui le désirent et ce dans le cadre de relations mutuellement profitables et à même de favoriser, en Afrique, des processus réels de développement local, durable et de masse qui soit axé sur l’équipement d’infrastructures, sur la satisfaction des besoins essentiels des populations : autosuffisance alimentaire, santé, éducation et favorise l’initiative locale des populations organisées » selon les termes de l’appel à l’action de l’Association Française d’Amitié et de Solidarité avec les Peuples d’Afrique, en mars 2006.

Une telle politique pourrait prévenir les conséquences catastrophiques pour l’Afrique de la “fuite des cerveaux”, alors qu’il semble que les emplois peu qualifiés sont proposés aux ressortissants des PECO, et les emplois qualifiés aux Africains !

 

Il s’agira alors pour la France d’une immigration légale à laquelle le choix de s’intégrer à la nation française pourra être proposé : s’intégrer c’est-à-dire accepter les lois et les valeurs fondamentales de notre république : liberté individuelle (de mariage, de résidence, de conscience, etc.), égalité (entre hommes et femmes, entre générations), laïcité (séparation du religieux de la sphère publique). Mais aussi bénéficier de la protection de ces lois et de ces valeurs.

 

Au cours du temps il y aura assimilation : les manières d’être, de penser, de consommer, de parler, etc. s’uniformiseront.

La société française actuelle est un bel exemple d’une telle harmonisation-assimilation. Basques et Bretons, Provençaux et Picards, Alsaciens et Corses peu à peu ont acquis les mêmes habitudes. Comme les Italiens, les Belges, les Polonais, les Russes Blancs, etc. qui se sont fondus dans notre population sans pour autant devenir infidèles à une origine particulière qu’ils peuvent affirmer sur le mode associatif, folklorique, etc.

 

Tant que le développement économique et social de l’Afrique n’aura pas atteint un niveau qui rende l’immigration illégale peu enviable, celle-ci subsistera, tout comme celle en provenance des autres continents. Elle devra être réprimée puisque illégale. Il faudra veiller à ce que cette répression n’entre pas en contradiction avec nos valeurs et avec celles dont nous réclamons légitimement le respect auprès des immigrés dans notre pays.

À l’heure actuelle, la répression de l’immigration clandestine porte souvent atteinte à la dignité des illégaux comme aux libertés des résidents français légaux (obstacles ou interdiction de l’accueil d’étrangers, “délit de solidarité”).

De plus la répression de l’immigration clandestine doit en priorité se concentrer sur les employeurs, les passeurs, les exploiteurs divers (fournisseurs de faux papiers, marchands de sommeil) des immigrés clandestins.

 

Les luttes actuelles des travailleurs illégaux (“sans papiers”) épaulées par la CGT, l’association Droit Devant, le PCF, plusieurs organisations d’extrême gauche, permettent d’envisager que soit ouverte une brèche dans les dispositifs arbitraires et hypocrites prises par le gouvernement Sarkozy-Fillon.