Ils y viennent...

Publication : juillet 1982
Mise en ligne : 26 janvier 2009

Voici un extrait d’un article publié par « Le nouvel automatisme  » de mai 1982.

« La diffusion, la « socialisation », comme l’écrit François Russo, des techniques peut entraîner un changement profond des conditions économiques et sociales. La machine à vapeur, par exemple, permettant de disposer en un lieu déterminé d’une force motrice a provoqué, en partie, l’afflux des hommes, des femmes et même des enfants vers les manufactures. Le paysan, l’artisan, le compagnon, le commis, etc., se transforment en ouvriers d’usine. L’usine s’intègre dans un système économique en tant qu’appareil technique, le terme appareil signifiant un ensemble d’éléments concourant au même but en formant un tout. Plus lard, elle contribuera à la formation du prolétariat urbain, ce qui va entraîner une modification des structures sociales et politiques.
Avec l’électricité et l’implantation d’un réseau de distribution, la force motrice deviendra largement disponible grâce aux moteurs électriques, même de faible puissance unitaire, ce qui va permettre la création d’unités de production réparties.
Et qui peut dire si demain, par l’informatique, la ’télématique, le téléenseignement, etc., on n’assistera pas à une nouvelle adaptation des structures sociales, provoquant le retour des exploitants vers les lieux d’exploitation. « L’adaptation d’un système technique entraîne nécessairement l’adaptation d’un système social correspondant, afin que les cohérences soient maintenues » (B. Gille).
Et la finalité des structures sociales ? Le dénominateur commun de toute approche systémique qui voudrait considérer, dans une vision aussi gobale que possible, la totalité des phénomènes, est l’homme. L’homme qui dans tous les systèmes techniques, économiques, sociaux et politiques a besoin, pour vivre, survivre et s’accomplir, dans la joie, parmi ses semblables, d’un équilibre avec son milieu. C’est aussi à ce prix qu’il pourra sauvegarder ses valeurs morales, gage de la dignité humaine et du bonheur individuel. »

Uri ZELBSTEIN

*

Extrait de « LA VIE DU RAIL d’avril 82 :

« TRANSPORTS URBAINS : A Compiègne, le réseau de bus est l’un des rares sinon le seul en France, à être entièrement gratuit. De 518 000 voyages en 1975, le trafic est passé à 1 500 000 en 1980. Ce succès a incité le SIVOM a améliorer encore l’offre à l’automne en créant une cinquième ligne d’autobus. »

« Bravo ! Enfin une société qui a compris qu’un service public est fait pour répondre au besoin des usagers et non pour faire du profit.

(Envoi de Paul Rosset à Clisson)

*

Voici un article de « Cheveux blancs », bulletin édité par la section de Montfermeil de l’Union nationale des retraités et personnes âgées :

« Ainsi donc la retraite à 60 ans, vieille revendication des syndicats ouvriers, vient d’être décidée. A partir de 1983, tout salarié pourra, s’il le désire, cesser son activité professionnelle et accéder à «  ce repos » que 38 années de travail lui auront mérité.
Du coup, les passions se déchaînent, pour les uns l’abaissement de l’âge de la retraite est une mesure « généreuse  », pour les autres une décision « démagogique  » et l’on s’interroge gravement, à droite, sur les «  difficultés financières » qui résulteront de tout ceci.
Or, il faut le dire, l’abaissement de l’âge de la retraite est, comme la réduction du temps de travail, une « nécessité  » absolue dont l’évidence s’impose dans tous les pays économiquement développés.
La crise dont nous subissons les effets, n’a rien d’accidentel ni de provisoire. Les deux millions de chômeurs français, les deux millions de chômeurs allemands et les trois millions de sans travail britanniques pour ne parler que de ceux-là, témoignent à leur manière du progrès scientifique et technique. Ils ne sont pas voués à ne rien faire parce que le monde n’a plus besoin des richesses qu’ils fabriquaient naguère, mais, tout simplement, parce que ces mêmes richesses sont produites en quantités égales et parfois même supérieures par un nombre moins grand de producteurs. Quand les machines remplacent les hommes, une partie de ceux-ci perdent leur travail si le temps consacré à ce travail n’est pas diminué pour tous. Et il va sans dire que, dans le monde où nous sommes, il est bien plus commode de réduire le temps de travail total en faisant des chômeurs qu’en le partageant entre tous les travailleurs.
C’est ce que pensent les industriels qui accroissent leurs profits grâce aux machines et se débarrassent ensuite de la main-d’oeuvre devenue excédentaire, d’autant, que les chômeurs étant à la charge d’une collectivité de contribuables, ne coûtent pas cher aux propriétaires des entreprises.
Il faut donc, si l’on veut sortir de ,cette situation, et c’est bien là le dessein, du gouvernement de gauche, d’une part, relancer la consommation populaire pour stimuler la demande de produits, et, d’autre part, « partager le temps de travail » entre tous.
Ce qui signifie. qu’on le veuille ou non, diminuer le temps de travail hebdomadaire des « Actifs » (Objectif : 35 heures) et augmenter le nombre des « retraités », « faire de la place „ aux jeunes. - Il n’y a pas d’autre solution, et je serais étonné que l’on puisse me prouver le contraire.
Dans ces conditions l’abaissement à 60 ans de l’âge de la retraite n’a rien de miraculeux, ni de démagogique, c’est une mesure normale et intelligente qui aurait dû, logiquement, intervenir bien plus tôt.
Bon, me direz-vous, mais comment va-t-on financer tout cela ? - j’avoue que cette question me paraît stupide. Car enfin, si l’on sait, d’une part, que sous la pression des circonstances il a été établi, depuis des années, un système de «  garantie de ressources » qui permet à un grand nombre de travailleurs de « partir à 60 ans » avec, jusqu’à la retraite 70 % du salaire précédent assuré, si l’on sait, d’autre part, que le chômage est, heureusement, indemnisé, il doit bien y avoir moyen de trouver l’argent nécessaire. Ce que l’on paiera d’un côté on ne le paiera plus de l’autre. Il n’y a là à résoudre qu’un problème de transfert de ressources qui, -pour être difficile, n’est sûrement pas insoluble.
Bien plus sérieux est, au fond, le problème posé par l’allongement constant et heureux de la vie humaine. En prenant sa retraite à 60 ans, un travailleur aura désormais une espérance de vie moyenne proche de 20 ans et ceci ira. grâce au progrès de la science, en augmentant. Certains savants estiment que la « limite biologique » de la vie se situe entre 120 et 130 ans. Il est donc permis de penser que, dans quelques générations, on vivra sa retraite couramment entre 40 et 50 ans. - Pourquoi pas ?
Ceci, direz-vous, posera de sacrés problèmes de financement. Il y aura trop de retraités à « nourrir ».
Sans doute, seulement, en ce temps là les « forces productives  » auront encore considérablement augmenté et donc les moyens ne manqueront pas. On ne travaillera plus que 30 heures par semaine et 9 mois par an.
Et puis, l’Humanité sera sans doute encore beaucoup plus riche, car les dangers de guerre ayant disparu, elle n’aura plus à supporter les écrasantes dépenses d’armement qui l’étouffent aujourd’hui.
Du rêve ! dites vous. Est-ce bien sûr ?
Imaginez ce qu’aurait pensé un jeune homme du 18e siècle, en 1872 par exemple, si quelqu’un lui avait dit « votre descendant à la cinquième génération vivra 75 ans et, s’arrêtant de travailler à 60 ans, sera ensuite payé à ne rien faire » !

H. POMPILIO

L’auteur de ces lignes a bien compris la logique du chômage les mêmes richesses sont aujourd’hui produites avec moins de producteurs qu’autrefois. Pourquoi ne pas en conclure qu’il ne suffit pas de partager le travail et qu’if faut aussi partager ces richesses, donc changer notre conception actuelle de l’argent ?