Inconscience

par  A. CHIFFON
Publication : mars 1990
Mise en ligne : 30 mars 2009

Il est incroyable de constater, au cours de n’importe quelle conversation banale, que dans leur majorité les gens sont incapables d’analyser ce qui, dans leur confort, leurs loisirs, leurs besoins, est apparu le plus récemment dans l’Histoire, ce qu’il en coûte en matières premières, en hommes, en conséquences sur la santé de tous. Ils ne distinguent pas ce qui serait de l’ordre de l’indispensable, parmi les activités produisant des nuisances ou un taux élevé de risques humains, de ce qui, n’ayant jamais existé jusqu’à présent, ne lèserait personne.
Les activités auxquelles on les invite : l’offre précédant la demande, la recherche devançant le faux problème, la publicité et le crédit provoquant l’achat ... finissent par être assimilées si totalement qu’ils croient devoir les pratiquer à l’instar d’activités universelles et de toute éternité, qui répondaient à des besoins ou à des désirs de base, humains, irréductibles, bien avant la toute récente société industrielle. (1)
Exemple : il est très difficile de leur démontrer la différence qualitative (politique, économique) qui existe entre un lieu comme la piscine, où avec des moyens réduits, on enseigne une activité depuis toujours précieuse sur la "planète bleue"... ; la plongée sousmarine avec tel ou tel niveau plus ou moins sophistiqué de matériel ; et les professionnels du genre : "Défi de l’aventure", "Uschuïa", "Sirocco", qui vivent du risque, à un niveau plus spectaculaire, très rémunéré, d’un spectacle de l’Impossible qui fait monter le sacré "audimat".
Ainsi se créent toutes sortes de productions dans tous les domaines, dont la principale raison d’être est la création d’emplois, la vente de matériels divers, de services, de "loisirs", dont personne ne semble s’interroger sur leur véritable sens.. mais tout le monde s’y jette à corps perdu.
Du fait de certaines croyances répandues qui s’appellent "évolutionnisme" (social !), "fatalisme" (religieux), "surpassement de soi" (suspect) , "aventure" ... voire même lorsqu’il s’agit de cette association de chasseurs qui prétendent rétablir l’équilibre naturel des espèces ... par le fait de tuer du gibier "comme" l’homme primitif (!!...)on voit surgir des paradoxes, des fuites en avant. Comme si, à l’encontre d’une société qui prétendrait avoir tout maitrisé pour offrir (à certains) une douceur de vivre, d’autres éprouvaient le besoin de consommer la dernière trouvaille dans un état d’inconscience irrépressible.
A cause de ces idéologies-béquilles, qui équivalent à une taie sur l’oeil de nos contemporains, rien de ce qui est produit n’est remis en question, ne leur pose problème. Ils n’imaginent pas que cela puisse venir à manquer ou être remplacé par des produits plus rationnels, mieux adaptés, moins coûteux, non polluants et accessibles à tous, à tous points de vue.

(1) Par comparaison avec les quelque 3 millions d’années de l’humanité.