L’Économie Distributive ? ça marche !

par  J.-P. MON
Publication : mars 1988
Mise en ligne : 16 juillet 2009

Pour tout autre journal que la Grande Relève, ce titre devrait constituer un véritable scoop, bien autre chose que les "non-événements" que sont les annonces de candidatures à la Présidence de la République de Chirac ou de Barre, dont tout le monde, depuis de nombreuses années, connait l’ambition. Le véritable événement serait qu’ils ne soient pas candidats ! Mais, au service des puissants, la grande presse ne sait que faire pour conforter leur certitude. Les vrais problèmes de mutation de société, elle préfère les éviter. Ils se gardent bien de faire connaître au grand public nos propositions d’adaptation de l’économie aux progrès des techniques, et, lorsqu’ils le font, rarement, c’est pour les qualifier d’utopie. Et pourtant, l’économie distributive existe bel et bien, et depuis longtemps, pour un grand nombre de personnes qui, pour la plupart, en profitent en l’ignorant. Ces personnes, ce sont les retraités.
Tempérons, cependant cette affirmation, en précisant, qu’à nos yeux, ces retraités qu’on peut assimiler à des gens vivant en Économie Distributive sont les retraités relativement jeunes et disposant d’une retraite relativement importante pour leur assurer une certaine insouciance matérielle du lendemain.
Ils ne constituent pas, hélàs, la majorité des retraités, mais ils sont la preuve que l’Économie Distributive peut très bien fonctionner. En effet, ils reçoivent un revenu régulièrement et ils ne fournissent en échange aucun travail. N’est-ce pas là un des points fondamentaux de la doctrine distributive : la dissociation des revenus et du travail.
Et nos retraités nantis font maintenant ce qu’ils veulent de leur argent et de leur temps !
"Mais diront nos détracteurs, ils ont auparavant beaucoup travaillé pour mériter leur retraite". C’est vrai  ! Mais de moins en moins, car l’âge de la retraite s’abaisse régulièrement quoiqu’on en dise, tout comme la durée du travail. (Il est d’ailleurs réconfortant de voir que dans de nombreuses enquêtes, la cinquième semaine de congé et la retraite à 60 ans sont considérés comme les conquêtes sociales les plus importantes de ces dernières années. C’est comme la Sécurité Sociale, la majorité de nos concitoyens ne veulent pas qu’on y touche. C’est tout de même une évolution remarquable des mentalités : le travail n’est plus sacralisé, les loisirs prennent de plus en plus d’importance...).
Quoi qu’il en soit, nous pouvons répondre facilement en disant qu’en Économie Distributive, il existe quelque chose qui ressemble au travail "classique" ; c’est le service social, mais qu’à la différence de ce qui se passe aujourd’hui, nous le voulons le plus court possible.
Alors, en y réfléchissant bien, qu’y-a-t-il de différent, en ce qui concerne le travail et les revenus, entre ces retraités bien nantis et les futurs bénéficiaires de l’Economie Distributive ?
On peut encore en dire bien plus, car si la plupart des retraités d’aujourd’hui ont participé au processus de production des richesses, il en est aussi parmi eux qui n’ont jamais rien produit mais qui, bien au contraire, ont beaucoup pris sur le budget de la nation : les militaires. Leur passé "improductif" ne les empêche pas de profiter pleinement de leur retraite et on ne les montre pas du doigt pour autant !
Alors, que l’on ne nous dise plus que l’Économie Distributive est une utopie puisqu’elle existe déjà pour un nombre toujours croissant de personnes. Ce que nous voulons maintenant, nous distributistes, c’est étendre le bénéfice de cette économie à tous nos concitoyens.
On peut le faire tout simplement en raccourcissant au maximum la durée du service social qu’on veut continuer à nous imposer. Nous savons, nous que c’est possible sans dommage pour notre "niveau de vie" bien au contraire, par la mise en oeuvre massive des moyens de production gigantesques que nous offre le progrès technique. Or, les gens qui nous gouvernent font tout ce qu’ils peuvent pour empêcher cette révolution tranquille. Au lieu de nous inciter à profiter de l’abondance qui éclate, ils nous prônent la rigueur. Ils veulent tous faire de nous des Japonais ! (Mais si nous étions tous des Japonais, à qui vendrions-nous ? Et que feraient les marchands de loisirs ? Des chômeurs peut-être  ?...). Il n’y a pas un seul gouvernement nouvellement élu (et, ce qui est bien pire, pas de candidat) qui n’inscrive la rigueur et l’austérité à son programme. Nous n’aurions, paraît-il, pas "les MOYENS" de faire autrement. Nous serions, paraît-il, obligés de travailler encore plus pour produire des richesses dont nous pourrions profiter, peut-être, plus tard, bien plus tard. En quelque sorte, au Paradis, s’il existe !
Enfin bref, vous l’avez tous compris, nous manquons d’argent, et, sans argent on ne peut rien faire.
Et, nous, nous savons que ça n’est pas vrai, car l’argent, la monnaie, ça n’est pas ce qu’on nous raconte et qu’hélas, trop de gens croient. Alors si nous voulons vraiment changer la société, il faut avant tout changer la monnaie. Toutes les tentatives, si généreuses soient elles, d’instaurer un monde meilleur (je pense à nos amis du P.S., aux écologistes et à bien d’autres,...) resteront vouées à l’échec tant qu’on n’aura pas remis en cause la nature de la monnaie.
Notre travail, à nous distributistes, c’est maintenant de DÉMYSTIFIER LA MONNAIE.
Nous vous en donnerons les moyens.