L’amalgame

par  M.-L. DUBOIN
Publication : novembre 1989
Mise en ligne : 4 mai 2009

Décidément, les conservateurs de tous poils sont très forts. Ils ont entrepris de nous faire confondre le désir, fort légitime, des peuples de l’Est vers la démocratie avec une soidisant aspiration dans ces pays à voir l’économie de marché y imposer les désordres du libéralisme économique. C’est un comble, car le libéralisme conduit très exactement au contraire de la démocratie  : alors que la démocratie est la plus élémentaire marque du respect de l’opinion et des souhaits des autres ; le libéralisme économique mène au plus profond mépris des autres. Ne soyons donc pas de ceux qui font semblant de confondre...
En fait, le communisme, tel qu’il a été instauré en URSS puis imposé à ses satellites, a porté un tort incommensurable à la pensée socialiste parce qu’il a permis à ses opposants d’assimiler socialisme et absence de démocratie. Comme me l’écrivait récemment notre correspondant en Allemagne de l’Est dans un français que nos lecteurs aménageront : le communisme "a perdu sa position positive à cause des crimes de Staline".C’est un fait. Et il est heureux que l’année du bicentenaire de la révolution française soit aussi dans l’histoire des peuples, celle de l’émancipation de bon nombre de pays de l’Est face à l’oppression d’un parti unique qui pensait faire le bonheur des peuples sans leur demander leur avis.
Mais qu’on ne fasse pas semblant de croire que le libéralisme, c’est la liberté des peuples ! Il n’y a qu’à voir, entre mille autres exemples, la vitesse avec laquelle nos marchands "libéraux" se sont empressés de reprendre leurs démarches commerciales avec la Chine : qu’importe pour eux la répression contre les étudiants qui réclamaient la liberté d’expression, l’essentiel est de faire du commerce et il n’y a pas, à leurs yeux, de boycot qui puisse tenir lorsqu’un marché leur parait possible. Au diable toute idéologie quand une affaire est en vue !

Le drame serait que les peuples qui s’émancipent, mais n’ont pas l’expérience du libéralisme économique, soient dupes. Tous les moyens sont déployés pour les tromper. Auront-ils la sagesse d’y résister et d’inventer le socialisme démocratique qui n’existe encore nulle part et pour lequel, contre vents et marées, nous ne cessons de nous battre ?