L’atome en question

par  P. SIMON
Publication : juin 1982
Mise en ligne : 27 janvier 2009

L’ATOME c’est, d’abord et avant tout, une source d’énergie considérable qui peut être utilisée à des fins militaires ou à des fins pacifiques. Mais jamais sans risque. Risques immenses dans le premier cas, risques moins certains dans le second. L’inquiétude légitime que l’atome soulève chez chacun de nous tantôt s’exprime bruyamment tantôt se fait plus discrète. Elle évolue par poussées et c’est une de ces poussées que l’on peut observer actuellement dans plusieurs pays industrialisés.
L’accident survenu le 28 mars 1979 à la centrale atomique américaine de Tare Mile Island n’est pas encore effacé des mémoires. Il a eu pour effet de mettre en évidence les faiblesses du fonctionnement et de l’entretien d’une telle installation. Cependant, avant même qu’il se produise, les compagnies américaines de distribution d’énergie avaient déjà des doutes très sérieux sur l’avenir de l’électricité d’origine nucléaire.
Non qu’elles soient préoccupées par la sécurité de leurs concitoyens. C’est plutôt le prix de revient de plus en plus élevé du kilowatt nucléaire qui les a dérangées. Résultat, depuis 1978, elles n’ont pas passé de commande de nouveaux réacteurs. Bien plus, 35 commandes passées ont été annulées et la construction de 50 autres centrales a été retardée. Plusieurs centrales en cours d’achèvement ont vu les travaux interrompus, alors que des millions de dollars avaient déjà été dépensés.
Ces décisions s’expliquent par des facteurs techniques. En janvier dernier il s’est produit un nouvel accident dans une centrale nucléaire. A cette occasion on s’est aperçu que plus de la moitié des centrales en service présentaient le même défaut  : l’usure prématurée de la tubulure des générateurs.
L’autre raison pour laquelle on ne construit plus de réacteurs est que la demande d’électricité a cessé de croître comme prévu. Depuis 1973 elle n’augmente que de 2,5 % par an contre 7,5 % avant cette date. En 1981 elle n’a pratiquement pas varié par rapport à 1980 .

LES PEACENIKS

C’est le nom qu’on donne outre Atlantique aux partisans de la paix qui, depuis quelque temps, se font de plus en plus souvent entendre. Qu’on en juge.
Plus de 140 parlementaires (sur 435) se sont ouvertement déclarés en faveur d’un arrêt de la course aux armements nucléaires entre les USA et l’URSS. Dans tout le pays, des pétitions ont été signées par plus d’un million de personnes. En Californie, le seuil des 500 000 signatures a été atteint ce qui veut dire qu’en novembre prochain le problème sera obligatoirement soumis à l’opinion de tous les électeurs qui pourront se prononcer lors d’un scrutin.
La Croisade pour la Paix s’organise. Déjà, elle compte plus de 75 groupes qui informent le public sur les dangers d’une guerre nucléaire qui, pour la première fois de l’histoire porterait l’horreur sur le sol national. Parmi les personnalités !es plus remarquées au sein de ces groupes on trouve des ecclésiastiques de toutes les confessions. L’archevêque catholique de Seattle a déclaré qu’il ne verserait que la moitié de son impôt sur le revenu pour protester contre le réarmement américain. Un évêque du Texas exhorte les ouvriers catholiques travaillant dans les usines d’armement atomique à chercher d’autres emplois pendant qu’une organisation collecte des fonds pour secourir les ouvriers qui se retrouveraient ainsi au chômage.
Fin mai, des offices religieux seront célébrés pour la paix dans 3 000 églises et synagogues du pays et prépareront la voie à la Journée Mondiale de la Paix qui doit avoir lieu le 12 juin à NewYork en présence de délégations venues du Japon et d’Europe occidentale.
Il est temps que les peuples de toutes les nations du monde, sans exception, fassent pression sur leurs dirigeants pour les ramener à la raison et mettre un terme à la folie collective qui risque de précipiter l’humanité dans sa dernière aventure.