L’avenir dans la vallée de la Seine est-il dans l’automobile ?

par  Fabienne
Mise en ligne : 31 mars 2009

Fabienne, qui témoigne ci-dessous, a travaillé, pendant de nombreuses années, à l’usine Renault de Flins. Elle y a suivi l’évolution des conditions de travail et participé aux luttes pour en arrêter la dégradation, y menant même bien des combats. Observant que l’avenir de l’activité automobile dans la vallée de la Seine est, comme tant d’autres, bien compromis, elle s’interroge maintenant sur le sens de cette course en avant pour “défendre l’emploi” :

ça n’est pas un scoop car ça n’est pas d’aujourd’hui : le marché n’est plus florissant, ça délocalise ! Depuis des lustres, les emplois fondent comme neige au soleil… La crise financière, écologique, sociale, n’arrange rien, mais il se peut aussi qu’elle ait bon dos, tant les profits des actionnaires se portent encore très bien.

Les Renault et Peugeot de la vallée de la Seine en savent quelque chose depuis des années : flexibilité, recul de l’emploi, quasi gel des salaires, travail toujours plus dur, à la chaîne ou en bureau, engendrant maladies professionnelles, dépressions, et même suicides. Maintenant c’est l’arrêt des équipes de nuit, le chômage “technique” payé par les salariés avec leurs congés et par l’invention du “capital-temps négatif” et, au besoin, perte de salaire...

Le chiffre des effectifs est éloquent : il est passé de 22.000 dans les années 80 à 3.700 à Flins et 6.000 à Poissy en 2009, sans compter les centaines d’intérimaires vidés comme des malpropres, ni les arrêts de contrat des prestataires de services à Guyancourt… Et comme de nombreuses petites boites de sous-traitance menacent de mettre la clef sous la porte, le bassin d’emploi de la Vallée de la Seine, déjà en piteuse posture, est gravement menacé. Que ce soit mondial et que les milliards pour “sauver” l’automobile soient avancés à fonds perdus et pas dans la poche des salariés, ne console absolument pas.

Ouvrons les yeux, mettons les pieds dans le plat : compte tenu de l’épuisement des matières premières, du réchauffement climatique, de l’urbanisme d’un autre âge, ce secteur a-t-il réellement un avenir ? La voiture comme vecteur de liberté n’est-elle pas déjà une idée dépassée ? Défendre les emplois actuels doit-il empêcher de réfléchir à la finalité de cette industrie et de chercher des solutions à plus long terme ? Tout emploi est-il vraiment bon à prendre lorsqu’il est nuisible pour la santé ou l’environnement ? Lorsqu’il est porteur d’une conception sociale mortifère et source d’inégalités ?

Si, l’auto faisait vivre, selon l’INSEE, 20 %de la population de Seine Aval en janvier 2008, cela permet-il de faire n’importe quoi, de foncer tête baissée sur tout ce qui bouge et qui c1inque ? Les projets, bien timides, de voiture “propre” et la relance de la consommation par des primes à la casse, ne sont-ils pas, au mieux, que des pis-aller temporaires ? Et quel type d’énergie pour la dite voiture ? électrique ? Du nucléaire ? De nouvelles nuisances et dangers ? Non merci !… Et le projet d’un circuit F1 dans cette région, censé nous envoyer au “paradis” avec l’argent public… il est totalement aberrant. Ce n’est pas un rêve, c’est un cauchemar environnemental total, destructeur, qui mène à une impasse et à une mystification sociales telles qu’on s’étonne qu’il puisse être soutenu...

Interrogeons-nous plutôt sur notre mode de consommation et de vie, sur cette croissance indécente qui fait marcher le monde sur la tête : toujours plus de voitures, pour aller à toujours plus de centres commerciaux, pour acheter toujours plus de produits fabriqués grâce aux bas salaires à l’autre bout du monde, en polluant toujours plus... quelle folie !

Et si on pensait un peu plus à des choses simples, de bon sens et, en plus, créatrices d’emplois : au développement, alors que le réseau actuel est largement insuffisant, d’un service public de transports en commun de qualité et gratuits (trains, RER, cars) à la construction de pistes cyclables pour permettre non seulement de circuler en ville, mais aussi de relier des villes voisines, à une véritable relocalisation : celle de l’agriculture (bio de préférence !), des commerces et services publics de proximité, des emplois de reconversion utiles, proches des habitations, et des habitations proches des emplois et des loisirs ... ?

Enfin, compte tenu des progrès continus de la productivité du travail, est·il aujourd’hui indécent de revendiquer une réelle et conséquente baisse du temps de travail, sans perte de salaire, et des horaires qui ne soient pas dépendants des aléas de la Bourse, plutôt que l’allongement de la retraite à 70 ans, le travail du dimanche, les heures supplémentaires pour certains et le chômage pour les autres ? Bref du travail pour tous, du temps pour vivre et penser ! Rien que de bien raisonnable en somme !

Fabienne, une utopiste debout.