L’essentiel

par  M. DIEUDONNÉ
Publication : mars 1982
Mise en ligne : 12 janvier 2009

Nous avons reçu une étude dont nous publions ci-dessous de larges extraits, relatifs à la monnaie.
Après avoir rappelé que les machines automatiques peuvent résoudre le problème de la production, l’auteur montre que c’est celui de sa répartition qu’il faut résoudre :

Emission de la monnaie

Un industriel obtient d’une banque un crédit de 10 millions. A partir de ce moment, une augmentation de la monnaie de 10 millions figure dans les statistiques de l’INSEE.
Au bout d’un an, l’industriel rembourse sa dette, plus les intérêts de 15 %, soit 11,5 millions. Dès lors, il y a dans les statistiques une diminution de monnaie de 10 millions. Et la banque a réalisé un profit brut de 1,5 millions, disons d’un million net.
De nos jours, c’est ainsi que la monnaie est créée et annulée par les banques. Comme elles accordent plus de crédits qu’on ne leur en rembourse dans un mois par exemple, le flot de la monnaie monte toujours. Par exemple, en quatre ans, de 1975 à 1978, les banques ont émis, sous forme de crédits, c’est-à-dire de dettes, 194,14 milliards (1).

Une phénoménale stupidité

Plus la société produit de marchandises, plus les banques peuvent créer de monnaie, plus elles s’enrichissent... et plus la société s’enfonce dans la mévente, les faillites et le chômage ; dans l’insécurité, la peur, l’égoïsme et la haine... faute de moyens de paiement inhérente à un système d’émission anormal...
Il y a une fantastique disproportion entre un verre d’eau et l’océan... Il y a la même disproportion entre le profit bancaire et I océan social en « crise » permanente économique, sociale, politique et morale... Tout le monde serait effaré si un verre de poison polluait l’océan. Mais nous restons impassibles devant la pollution de la société par le profit bancaire...
A vrai dire, la cause profonde de ce processus est le mauvais usage de la monnaie, plus précisément son système d’émission en faveur des banques, au détriment de la société. Remplaçons-le donc par un autre qui fournirait à tous les consommateurs l’argent nécessaire pour établir l’équilibre Production - Consommation, c’est-à-dire l’équilibre économique, mère de l’harmonie sociale, politique et morale.

Nouvelles structures : la monnaie distributive

Annulée par l’achat, elle ne peut plus circuler d’un compte à un autre, ce qui rend impossible toute spéculation financière, commerciale, foncière, etc...
La monnaie ne peut que jouer un rôle de monnaie de consommation. Elle sort de son lieu de naissance, entre dans un Centre de Cession des marchandises, ou d’utilisation des services payants, et retourne au bercail où elle est annulée. Tout ce qui est situé hors de ce circuit est complètement démonétisé.
En conséquence :
Les profits, les salaires, les bénéfices, les honoraires, les soldes et tous les gains quels qu’ils soient sont tous éliminés - et remplacés par un Revenu Social.
Il n’y a plus ni capitalisme ni structures capitalistes. Ni salariés, ni salariat ; ni structures inhérentes aux autres gains, à l’argent et à sa circulation, tels les contributions, taxes ou impôts ; le ministère des Finances, la Sécurité Sociale et autres institutions deviennent inutiles (2).
Les banques prennent le nom de Centres de distribution du Revenu Social. Elles créditent mensuellement le compte des consommateurs du montant de leur revenu social et les débitent du montant de leurs dépenses.
Le Service Social est instauré ipso facto par l’instauration du Revenu Social. En effet, n’étant plus rétribuées, toutes les activités deviennent un service rendu à la société, c’est-à-dire un Service Social. Le «  Service Social » doit rester une locution et rien de plus. Bien entendu, il faudra, comme actuellement, organiser le travail.
Dans le cadre de cet exposé, nous ne pouvons pas nous étendre davantage. Mais c’est assez pour comprendre qu’un meilleur emploi de la monnaie suffit pour créer l’Economie distributive, et pour remplacer les structures anciennes par les nouvelles Et même pour remplacer l’ancienne mentalité par une nouvelle, grâce au Revenu Social, qui est le point central de la transformation économique.

Transformation des mentalités

Quand tout le monde sera riche, grâce à la grande efficacité de !’automatisation du travail ; quand !’égalité économique aura libéré les travailleurs de leur complexe de’ parias de loin le moins rétribué, et développé en eux le sentiment de leur dignité ; quand ils seront libérés de la hantise du chômage ; quand les ex-patrons, les responsables, les cadres ne seront plus assaillis par les affres de la concurrence, le spectre de la faillite, de la diminution ou de la cessation d’activité  ; les soucis de la rentabilité, de la mévente, de la hausse du prix des fournitures, des légitimes revendications du personnel, de l’« argent qui est dehors et qui ne rentre pas » ; des échéances...
Alors régressera partout, dans ’l’immense domaine de la Production et dans toute la Société, un
climat d’entraide, de fraternité et de respect de chacun envers tous, quelle que soit leur place dans la hiérarchie de l’intelligence, des connaissances et de l’efficacité.

(1) Voir « La production croît, l’emploi décroît, c’est la crise, que faire ? » par l’auteur.
(2) Voir « Construire l’avenir » du même auteur.