L’hégémonie de la finance

par  A. PRIME
Publication : janvier 2000
Mise en ligne : 21 mai 2010

André Prime a bien voulu lire pour nous “L’hégémonie du capital financier et sa critique”, un livre qui nous a été adressé par son auteur, Tom Thomas.

Dès l’introduction [1], l’auteur annonce la couleur « La mondialisation et la financiarisation de l’économie sont les deux mamelles qui nourrissent les diatribes anti-libérales de nombreux universitaires…

La financiarisation ! Le terme est censé exprimer l’idée que le capitalisme moderne serait en crise pour être passé des mains des entrepreneurs à celles des financiers qui, non seulement s’enrichissent en dormant, mais mènent le monde à la catastrophe par leurs comportements irrationnels. Ils feraient de l’économie mondiale un vaste casino… Ces phénomènes, mondialisation et financiarisation, n’ont rien d’autre de nouveau que leur ampleur…

… Plus de cent ans après qu’il l’ait produite [l’œuvre de Marx] apparaît d’une géniale modernité. Ce travail ne sera donc, quant au fond, qu’un commentaire actualisé de Marx, centré sur le phénomène de l’autonomisation de la valeur (cette représentation métamorphosée, étriquée du travail) que nous verrons se développer dans l’argent, le capital et le crédit. L’exercice est austère puisqu’il s’agit de plonger dans les eaux glauques de la finance, dans l’ennui infini de l’argent… etc. ».

Effectivement, la lecture du livre n’est pas des plus aisées pour un non-spécialiste. On y trouve néanmoins des informations ou des réflexions intéressantes : « Au Japon, la chute des prix des actions et du prix des terrains après 1990 représente une perte cumulée de l’ordre de 7.000 milliards de dollars (environ 35.000 milliards de francs), soit l’équivalent de deux années de PIB.

… La Banque mondiale doit reconnaître la croissance de la pauvreté dans le monde. La grande majorité des habitants de la planète sont concernés puisque 4,9 milliards de personnes vivent dans ces pays contre 900 millions dans le monde développé ». L’auteur constate :« La baisse du prix des matières premières, une de leurs ressources principales, accentue la récession. Ils passent sous les fourches caudines des grandes puissances (directement ou via le FMI) qui, en échange de nouveaux prêts, les saigneront et les soumettront encore plus, en exigeant des mesures d’ouverture des marchés, des baisses des charges sociales, des dénationalisations, qui seront favorables à leur domination… Dans les pays d’Afrique subsaharienne, la dette extérieure représente en moyenne 170% de leurs exportations (1.000% au Mozambique, 600% en Côte d’Ivoire).

C’est une arme de chantage redoutable (pour les grandes puissances prêteuses) qui leur permet d’imposer leurs desiderata en termes d’ouverture des marchés, de spécialisation dans les productions de matières premières, le tout au détriment des cultures vivrières… Ainsi, à la faveur de la crise, les grandes puissances accentuent la division mondiale du travail à leur avantage (bas salaires et productions primaires d’un côté, hautes technologies, finance de l’autre). Ainsi, elles peuvent aussi racheter à bas prix les entreprises endettées de ces pays et accroître la concentration monopolitique entre leurs mains ». C’est ce qui s’est passé avec la crise dite asiatique.

L’auteur dénonce les multinationales qui « achètent pour détruire et pour bénéficier d’une position plus monopolitique ». Il cite Le Monde :« En 1998, le montant total des acquisitions et fusions annoncées à travers le monde a dépassé 2.500 milliards de dollars, 50% de plus que l’année précédente. »

Pour terminer, voici ce que l’auteur pense des cours boursiers :« Un autre exemple de la façon dont les cours boursiers sont gonflés artificiellement est celui du rachat de leurs propres actions par les entreprises [2]. En détruisant ces actions, elles accroissent mathématiquement le rendement des autres, donc leur cours monte. Du point de vue du capital financier, il y a amélioration de la rémunération immédiate, mais du point de vue de la production réelle de plus-value, rien n’a, évidemment, été modifié. »

Quant à la politique menée par les États-Unis, Tom Thomas la décrit simplement :

« Il est vital pour les États-Unis de tenter de conserver au dollar sa valeur. Cela passe évidemment par la capacité des États-Unis de capter une part accrue de la richesse mondiale. D’où la lutte féroce qu’ils mènent pour dominer leurs concurrents les plus sérieux, européens et japonais,… les guerres de plus en plus nombreuses qu’ils mènent au Moyen Orient… en Afrique, en Yougoslavie, sous le drapeau fallacieux des droits de l’homme qu’ils foulent au pied partout, tous les jours… Faire régner l’ordre mondial américain, développer “le droit d’ingérence”, baptisé d’humanitaire pour la circonstance, cela a un but : le dollar ».


[1“L’hégémonie du capital financier et sa critique” par Tom Thomas édition Albatros BP 104 75969 Paris cedex 20.

[2Relire à ce sujet : Quelle création de valeur ?” dans GR-ED 992, page 9.