La campagne électorale

par  J. DUBOIN
Mise en ligne : octobre 2005

Pour la France l’événement politique le plus important de l’année 1936 est l’arrivée au pouvoir du Front Populaire. La Grande Relève, et notamment Jacques Duboin dans ses éditoriaux, met en garde le nouveau gouvernement contre la tentation de gérer l’économie de façon orthodoxe. Il n’a pas été entendu. Pas plus que nous ne l’avons été en 1983 quand nous avons édité la brochure Sortir le socialisme de la crise . Nous l’avons envoyée personnellement à chacun des parlementaires socialiste, notre intention étant d’avertir le PS de ce qui l’attendait s’il s’obstinait à ne pas changer les règles économiques et monétaires. On sait ce qu’il advint dans les deux cas.

La campagne électorale bat son plein et certains s’étonnent de ne pas voir le “Droit au Travail” y prendre une part active.

S’imaginerait-on que nous nous en désintéressons  ?

Mais toute notre action porte, on le sait, sur le terrain économique. Nous nous efforçons de faire comprendre aux hommes de toutes opinions politiques que le problème économique est à la base de toutes nos difficultés, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur ; que ce problème exige une transformation profonde de toute la structure sociale dans les pays qui, comme le nôtre, sont modernement équipés.

Toute notre propagande n’a qu’un but : faire saisir au plus grand nombre la prodigieuse transformation que vient de subir, au cours de ces dernières années, la production des choses utiles aux hommes ; que cette transformation entraîne une nouvelle division du travail rendant inéluctable une nouvelle répartition des produits.

Que cette transformation doive avoir des répercussions politiques, qui en douterait ? Mais comment le faire admettretant que l’on n’est pas convaincu des causes exactes des désordres, tant qu’il reste de l’espoir de ressusciter la vieille économie  ? ... Nous réclamons pour nous la liberté que nous laissons aux autres. C’est dire que nous sommes contre toutes les atteintes à la liberté de pensée et de réunion : bien décidés à intensifier notre propagande, nous votons donc contre le fascismesous toutes les formes qu’il lui plairait de prendre. Nous sommes contre la destruction des produits utiles... Nous sommes contre tous ceux qui parlent de résorber le chômage autrement que pour une répartition des tâches encore nécessaires et des loisirs heureux.

Nos camarades estiment qu’aimer son pays ne consiste pas à haïr les autres. Nous sommes tous pour la paix que seul le régime de l’abondance peut apporter aux hommes en faisant disparaître cette nécessité de conquérir les marchés internationaux qui a toujours été la cause des conflits armés. À plus forte raison encore sommes-nous contre les luttes de race ou de religion.

Mais nous combattons énergiquement quelques candidats se réclamant de l’abondance s’ils l’accommodent à leur façon pour les fins d’une politique qui lui est diamétralement opposée...