La complainte de l’Arbre migrateur

par  F. BRUNE
Mise en ligne : 30 juin 2009

Un spectacle à ne pas manquer

Je suis l’Arbre exilé aux racines qui saignent,
En partance éternelle sur l’asphalte sans fin,
Je suis l’Arbre en exil aux racines coupées
Qui erre sans refuge loin des terres quittées !

Dans la forêt natale où la Nature me mit
Je respirais les fleurs et je portais mes fruits.
Lors, la Rumeur passa, et me dit : « Mon ami,
Tu vas moisir ici ! Fuis ce lieu de misère,
Adapte ton profil au style é-co-lo-gique :
Toute la Ville attend ta verdure au-then-tique. »

Je l’écoutai, hélas ! je dis « Adieu » au Père,
Je partis pour la ville, pour les bruits, pour l’enfer,
Avec pour seul ami, le soir, le Réverbère,
Dans un square en béton qui desséchait les airs !
Je voulus espérer, je crus bon de souffrir,
Mon corps n’était plus fier de ses feuilles chétives…
Et les ans se passaient m’ennuyant à mourir.

Alors, sauvant ma Vie, j’ai tenté de m’enfuir,
De retrouver ma sève, et ma terre, et mes frères !
J’ai franchi, trébuché, j’ai peiné sur les routes,
Partout me poursuivaient les grilles de la mort !
Et quand j’ai cru gravir les pentes du pays,
Respirer l’air natal, sourire aux branches en fleurs…
Un orage de fer m’a transpercé le cœur !

Je suis l’Arbre en exil aux racines coupées
L’éternel migrateur dans la boue des chemins,
Je suis l’Arbre en souffrance aux racines qui saignent,
Qui erre sans repos loin du gîte effacé !
Je suis l’Arbre oublié… qui, hélas, se souvient !
Je suis l’Arbre blessé qui ne reviendra plus :
On ne retourne pas au Paradis perdu !