La crise financière

par  H. MULLER
Mise en ligne : 31 janvier 2009

L’article qui suit est, hélas, le dernier d’une longue série, qui se termine avec le décès de son auteur.

Henri Muller, sans doute le dernier survivant des amis de Jacques Duboin, vient de s’éteindre à Guérande près des siens, alors qu’il serait entré dans sa 96 ème année, le 4 janvier prochain.

Quelle ténacité ! Et quelle admirable lucidité, jusqu’à la fin…

Sa cause première ? La recherche de gros profits par spéculation boursière financée par le crédit. Les banques ont en effet licence de créer, sous forme de crédits, des moyens de paiement dans la limite de 3 à 8 fois le montant de leurs encaisses en valeurs réelles, substrat du crédit qu’elles utilisent pour leurs investissements, en complément des apports de leur clientèle : prêts aux entreprises, à l’État, participations au capital des sociétés, prêts immobiliers, aux particuliers, achats divers.

Ces opérations laissent subsister, temporairement, une marge de crédit disponible, non utilisée dont leurs équipes de traders se servent pour spéculer en Bourse sur n’importe quoi, l’essentiel étant de faire varier la cote et d’acheter les titres avec discernement. Pris par le jeu, il leur arrive de franchir les limites de crédit assignées à leur établissement bancaire plus ou moins complice de ces dérogations.

Le public a pu croire que les 50 milliards de dollars dont s’était servi un trader de la Société Générale pour tenter sa chance dans une opération boursière risquée, provenaient des dépôts de la clientèle ou des fonds propres de la banque, alors qu’il s’agissait d’une simple écriture comptable, d’une ligne de crédit, d’une somme fictive immobilisée le temps d’une transaction dans l’espoir d’un gain. S’agissant d’achats à terme, laissant place aux variations de la cote, gagnants et perdants se succèdent ainsi autour d’un même titre.

À tirer sans cesse sur le crédit, vient un moment où, ses limites durablement dépassées, le crédit fait défaut et l’échafaudage s’écroule. L’État intervient ? Alors les prix montent, les pouvoirs d’achat se réduisent avec la consommation ; baisses de production accompagnées de chômage ; la récession s’amorce.

Réparer la casse ? Il faut pouvoir mobiliser des fonds réels pour palier à l’insuffisance des crédits, reconstituer leur substrat, combler les déficits. La situation finit par se stabiliser, laissant maints cadavres sur le carreau. La colère enfle. La rébellion contre le système n’est pas loin, avec ses violences sur les personnes et sur les biens, prélude au chaos, voire la guerre civile.

Ainsi va le capitalisme financier perpétuellement avide des gros et rapides profits.

Épuisées les recettes classiques censées mettre fin à la crise financière, va-t-on enfin s’intéresser à l’usage d’une monnaie de consommation ?

Jamais évoquée, toujours proscrite, rangée au placard des utopies, rappelons-en brièvement les caractéristiques : matérialisée sous la forme d’une carte de paiement rechargeable de type Moneo allégée de sa fonction “transfert débit–crédit”, les montants débités s’annulent au premier usage comme un ticket de métro. La carte s’alimente à partir d’ouvertures de crédits personnalisées et nécessaires aux besoin de la société, à ses financements. Ajusté empiriquement à la valeur fluctuante de la production au sens le plus large (biens et services), le montant des ouvertures de crédits épouse les dimensions physique de la production affectée de prix fluctuants (recherche et détermination du “bon prix” à la limite de rupture des réapprovisionnements, prix dissociés des coûts)…