La face, bien cachée, du “Mondial” et des JO

par  M. BONSENS
Publication : mai 2014
Mise en ligne : 12 octobre 2014

Impossible d’ignorer que le grand événement de l’année est celui qui se prépare au Brésil : le “Mondial”. Les bulletins d’information en établissent l’importance en donnant, de plus en plus souvent, la priorité à la coupe du monde de foot. Peut-être même réussiront-ils à faire que tous les Français connaîtront bientôt les noms, les mensurations, la vie des 30 joueurs de “l’équipe de France”… tout en continuant à ignorer les termes scandaleux de l’accord de partenariat commercial qui se concocte dans le plus grand secret entre l’Europe et les États-Unis [1]

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Et concernant ce “Mondial”, avez-vous été mis au courant de ce que scandaient des milliers de manifestant(e)s brésiliens l’été dernier ? À Rio, le 16 juin, ils criaient : « je me fiche de la coupe, je veux santé et éducation ! », dénonçant ainsi les somptueuses dépenses occasionnées par l’organisation de jeux sportifs (le coupe de foot en juin prochain et les JO d’été en 2016) alors qu’il n’y a pas d’argent pour l’école ou pour les transports publics. Car les Brésiliens, depuis les jeux panaméricains de Rio en 2007, savent d’expérience ce que leur coûte, à eux, ce genre de manifestations grandioses. Ils savent que dans les villes où aura lieu le Mondial, comme le publie le rapport de l’ONU sur le droit au logement, ce sont 150.000 familles qui vont être expulsées, elles seront sans abri ou iront dans de nouveaux bidons-villes parce que, pour le sport-spectacle, il faut“nettoyer” les abords des stades, bâtir des routes, des aéroports…. De tels méfaits sont pourtant officiellement dénoncés, mais sans effet. Par exemple, un rapport du Centre for Housing Rights and Eviction a établi qu’en 20 ans (1988-2008) les JO ont contribué à expulser deux millions de personnes dans le monde. Au point de vue économique, l’exemple de la Grèce est éloquent : alors que 5,5 milliards d’euros avaient été prévus pour les JO de 2004, c’est en fait 20 milliards d’euros qui ont été dépensés, en particulier pour construire de grands stades et des piscines olympiques qui sont aujourd’hui complètement à l’abandon, ou qui ont été bradés à des sociétés privées. Comment ne pas y voir une des causes de la crise grecque ?

Judicieusement intitulé La coupe est pleine, un livre permet de découvrir l’impact insoupçonné de l’organisation de ces grandes manifestations (les JO et le “Mondial”), devenues des divertissements de masse. Deux institutions privées les dominent : la FIFA [2] et le CIO [3]. F. Ollier, le directeur de la revue Quel sport ?, constatant qu’elles « sont au cœur d’affaires de corruption, d’ententes frauduleuses avec leurs partenaires politiques et économiques, de dérives mafieuses », les qualifie “d’institutions-pilote du capitalisme prédateur”. Leur seul objectif est de « maximiser leurs profits en s’alliant aux “world companies” du “big business” et aux lobbies d’intérêts associés (fonds de pension, pétrodollars, oligarchies postsoviétiques, sponsors, annonceurs, groupes bancaires transnationaux) ». Ces grandes entreprises multinationales, dites sociétés sportives, savent s’assurer de gros bénéfices et socialiser les pertes.

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éd. CETIM, prix : 10€
140 pages au format 80x120

Ce petit livre est une mine de citations et d’informations, références et chiffres à l’appui, éloquents sur ce qui s’est passé, à l’occasion des JO ou du Mondial de foot, à Atlanta, à Séoul, en Afrique du Sud, au Brésil, en Chine, en Inde, en Argentine, à Londres : opérations foncières scandaleuses, destruction de quartiers entiers, expropriations, expulsions des habitants sans relogement, exploitation des travailleurs du bâtiment avec rythmes et cadences infernales imposées, juridiction d’exception, délimitation de “zones d’exclusion commerciale” (pour les réserver aux partenaires du CIO et de la FIFA tels que « Mac Donald’s, Coca-Cola, Panasonic, Toyota, Visa, Adidas, Kodak »), explosion des dépenses, et par conséquent des dettes, sans oublier la montée foudroyante des prix locaux (habitat, transports, etc…)

Voici comment le secrétaire général de la FIFA, J.Valcke, ose dire sans le moindre complexe que la démocratie est pour lui une complication qui le gêne : « je vais dire quelque chose de fou, mais un moindre niveau de démocratie est parfois préférable pour organiser une Coupe du monde. Quand on a un homme fort à la tête d’un État qui peut décider, comme pourra le faire Poutine en 2018, c’est plus facile pour nous, les organisateurs, qu’avec un pays comme l’Allemagne où il faut négocier à plusieurs niveaux ».

Les auteurs de La coupe est pleine estiment urgent de tirer la leçon des conséquences économiques, sociales et environnementales de cette odieuse exploitation “du sport de haut niveau”. Une de leurs conclusions, en particulier, est à méditer : si la FIFA et le CIO ont une telle emprise sur les États c’est parce qu’ils vendent aux pouvoirs en place un « visa d’honorabilité » sur la scène internationale, de la « cohésion nationaliste”, une « source d’acclamation populiste par le truchement de la réussite sportive ».

Ne soyons pas leurs complices…


[1Lire dans GR 1150, p.3 février 2014 TAFTA ou la démocratie en grand danger par Ch. Aubin.

[2FIFA = Fédération Internationale de Football Association.

[3CIO= Comité Olympique International