La paix indésirable

(1)
par  H. MULLER
Publication : avril 1985
Mise en ligne : 6 mars 2009

La Conférence de Genève sur le désarmement

Les délégués de Genève avaient à débattre sur une question préalable : la réalité ou l’irréalité d’une intention agressive de la part de l’URSS, une question qui conditionnait tout le système de Défense euro-américain et l’existence même de l’OTAN et de l’Alliance Atlantique. L’ont-ils fait ?
L’URSS ne connaît ni sous-emploi ni problèmes de débouchés, sa production restant au-dessous du niveau de la demande. Son territoire recèle en grande abondance les matières premières nécessaires à ses industries, richesses minières que la plupart des autres nations doivent se procurer dans des pays qu’il leur faut conquérir ou prendre en tutelle, sur le plan politique, économique et, souvent, militaire. Consacrant de gigantesques efforts à ses plans de développement, à la mise en valeur des immenses espaces sibériens, l’Union Soviétique, si durement éprouvée lors du dernier conflit mondial, aspire visiblement à la paix et ses armements lui sont une lourde charge. Envahir l’Europe ? Qu’irait-elle y faire ? Celle-ci ne lui procure-t-elle pas déjà, sans qu’il ait été besoin de la solliciter, les technologies qui lui font défaut, les céréales d’appoint nécessaires à sa population ? Les visées d’expansion soviétique ne sont pas territoriales. Elles ne sont qu’économiques, l’URSS cherchant à libérer ses échanges des sujétions du dollar. Une guerre ne lui apporterait qu’un surcroît de vains efforts. Elle est vigilante dans les zones qui menacent sa sécurité.
Il en va tout autrement chez ses adversaires occidentaux enrôlés dans l’Alliance Atlantique, pour qui la guerre représente un ballon d’oxygène pour l’emploi, une soupape aux surplus, un pactole pour le commerce de l’argent, un adjuvant indispensable à l’économie de profit. Le profit appelle une perpétuelle extension des débouchés, un impérialisme conquérant visant la mise en tutelle de toute concurrence préjudiciable aux intérêts du Big Business et, par ricochet, aux milieux financiers d’Outre-Atlantique qui, par-dessus les Assemblées élues, « conseillent  » la politique des gouvernements. L’objectif des Etats-Unis reste la poursuite, contre vents et marées, des programmes nucléaires et spatiaux, ceux du Pentagone, de l’OTAN et de la NASA.
Si les Soviétiques, présumés avertis de cet ensemble de données, n’ont pas été capables de témoigner, à Genève, de leur pacifisme à l’égard de l’Europe et de leur attitude purement défensive vis-à-vis des Etats-Unis, disons que leur discours se sera heurté au mauvais vouloir de leur adversaire.
Nouvelle perspective d’escalade à l’actif des Etats-Unis, la guerre de l’espace est à considérer comme une autre occasion d’affaiblir l’économie soviétique contrainte à s’y préparer en freinant son propre développement.

(1) Titre emprunté à l’ouvrage de J.K. Galbraith « La paix indésirable ? Rapport sur l’utilité des guerres » (Calman Lévy Ed. 1968).