La spirale infernale

par  M.-L. DUBOIN
Publication : juin 2000
Mise en ligne : 31 mars 2009

L’offensive néo-libérale qui s’est manifestée à propos de “l’agenda” élargi proposé dans le cadre du “round du millénaire” qui devait s’ouvrir à Seattle [1], a amené notre groupe local 78Nord de l’association ATTAC à réfléchir sur l’organisation libérale du commerce international telle qu’elle était préparée. Ceci nous a conduits à découvrir (car l’information avait à l’époque fort mal circulé) à la suite de quelles manœuvres avait été créée l’OMC et sur quelles bases étaient fondées la contestation de la mondialisation libérale et les propositions constructives de ses opposants.

Puisqu’il s’agissait d’étudier l’extension de la libéralisation du commerce international, nous nous sommes évidemment demandé quel en était l’enjeu pour l’ensemble de notre société. Et comme cette libéralisation est censée être profitable à tout le monde (économies d’échelle, avantages comparés, etc.) nous avons cherché, en observant les résultats de la libéralisation déjà acquise depuis une dizaine d’années, qui en sont les gagnants, qui en sont les perdants.

Notre étude qui comporte ainsi trois parties : 1) la logique de la concurrence pour les entreprises capitalistes, 2) l’OMC et 3) les propositions d’une autre mondialisation que celle qui est en chantier à Genève, n’a rien, évidemment, d’une thèse sur la mondialisation libérale. Nous n’avons cherché qu’à exposer simplement comment les citoyens que nous sommes perçoivent ces trois aspects quand ils les observent et y réfléchissent. Le document que nous en avons tiré a été conçu pour une présentation publique [1] ouvrant le débat par un exposé d’un peu plus d’une heure, sous la forme d’une série de transparents projetables, agrémentés par des dessins et commentés par un texte d’accompagnement. Notre groupe local 78Nord l’a mis à la disposition de tous les membres d’ATTAC, via Internet.

La première partie nous a amenés à réfléchir ensemble sur la logique du fonctionnement de toute entreprise capitaliste obligée de se soumettre à ce qu’on appelle la “loi” de la concurrence sous peine de disparaître. Nous nous sommes donc demandé quels en sont les principes, de quels moyens disposent les entreprises pour les appliquer… et quels sont, de façon générale, les divers aspects des conséquences de ces comportements “imposés par l’obligation de rester compétitives”. Cette étude de la dynamique de la concurrence est présentée par une dizaine de transparents dans le document Attac, mais j’ai pensé qu’on pouvait essayer de la présenter également sous la forme d’un seul schéma tel que celui des deux pages qui suivent. Cela donne quelque chose de complexe et donc qui parait embrouillé, à première vue. Il faut prendre du temps pour qu’apparaisse le mouvement qu’entraîne cette logique : les mécanismes, puis leurs conséquences, sont indiqués par des flèches, celles-ci sont imbriquées, mais, globalement, elles orientent l’ensemble de l’économie vers le bas du tableau ou vers sa droite. On comprend ainsi les deux types d’effets de cette dynamique et comment elle creuse de plus en plus l’écart d’une part entre une masse de gens qui en subissent les divers dégâts et quelques salariés, tant qu’ils parviennent à rester très compétitifs, et, d’autre part, entre un petit nombre de grosses entreprises et la masse des plus petites, les premières finissent par prendre le pas sur les secondes, les acheter ou les asservir comme sous-traitantes. Elles font ainsi d’énormes profits, lesquels renforcent encore la mainmise du pouvoir financier sur toute l’économie.

La mondialisation libérale du commerce consiste à supprimer toute entrave à ces mouvements, donc les accélérer.

Cette logique capitaliste est bien une spirale infernale, dont l’outil est l’argent qui arme le pouvoir financier (on voit, page de droite sur le schéma, où se situe le moteur qui relance la machine à chaque tour).

C’est donc cette arme qu’il faut remettre en question. Or elle est entre les mains des investisseurs en ce sens que c’est eux qui détiennent le droit d’ouvrir les crédits (selon leurs propres critères : en tirer profits, rentes et intérêts) ce qui leur permet de favoriser les entreprises ainsi obligées de travailler dans le sens de cette logique : les “zins zins [2]” ont la main sur la pompe qui alimente le moteur.

Comme la plupart de nos lecteurs ont déjà observé et compris ces mécanismes, ce schéma ne leur apprendra rien. Mais un schéma semblable ne pourrait-il pas être imaginé pour expliquer une autre spirale, qui, elle, ne serait pas infernale, et tendrait vers un équilibre entre les hommes, leurs moyens de production, leurs moyens d’épanouissement culturel, social, spirituel, artistique, et leur milieu ?

Dans une spirale non infernale le moteur doit être la satisfaction des besoins humains, de tous les humains, en commençant par les besoins élémentaires, de survie, d’environnement. Pour que se développe cette autre dynamique, celle de l’économie distributive, il faut donc une monnaie dont le pouvoir de création résulte de la volonté exprimée par les citoyens.

Quel schéma suggérez-vous pour l’illustrer ?

À vous d’inventer !


[1par exemple, celle qui est proposée le mardi 6 juin à 20 heures au centre 8, 8 rue de la Porte de Buc, Versailles.

[2Les investisseurs institutionnels sont constitués des banques, des fonds de pension, des compagnies d’assurances, etc. qui disposent de beaucoup d’argent (qui ne leur appartient pas), ce qui leur permet de décider du choix des investissements.