La troisième voie

par  G. LAFONT
Publication : mai 1982
Mise en ligne : 27 janvier 2009

LE parti socialiste se prépare-t-il à fêter l’anniversaire de sa victoire du 10 mai 1981 ? Ce serait une bonne idée pour remonter le moral des troupes, lequel, depuis la fin prématurée de l’état de grâce, n’est plus au beau fixe. Et les occasions de pavoiser se font plutôt rares en ce moment.
Toujours est-il qu’au P.S. on commence à s’impatienter. Et il y a comme de la grogne dans les rangs. Les réformes promises dans l’euphorie de la campagne présidentielle ne se font pas vite et le redressement définitif prévu au programme des réjouissances est encore loin d’être réalisé. Alors, on cherche, faute _ de mieux, « la troisième voie  » - c’est le « Quotidien de Paris »* qui nous l’apprend  -, entre la Social Démocratie et le modèle soviétique dont se réclament, avec les socialistes français, les communistes italiens et espagnols.
C’est à l’initiative de l’I.S.E.R., l’institut socialiste d’études et de recherche, nous dit-on, que sera organisé à la fin du printemps - on ne sera pas loin du 10 mai - un séminaire sur le « NOUVEL INTERNATIONALISME » auquel participeraient représentants et observateurs de divers partis socialistes et communistes.
Bien que l’Economie Distributive, ou Socialisme de l’Abondance, ne soit pas un parti politique, à l’heure où j’écris aucun des collaborateurs de la GRANDE RELEVE n’a été invité pour participer à ce séminaire.
Dommage. On avait un petit mot à dire.
Cela dit, je souhaite, même si personnellement je ne me vois pas déguisé en séminariste à côté de M. Georges Marchais, bien du plaisir à tous les participants, et j’attends qu’ils nous donnent de leurs nouvelles.
Que sortira-t-il de cette exploration ?.. La Relance des affaires ? Un nouveau plan de redressement définitif ? La fin de la crise  ? La solution au problème du chômage ? L’arrêt de l’inflation ? L’extinction du paupérisme après dix heures du soir ?
Ne nous berçons pas trop d’illusions. La crise économique que nous subissons sévit aussi dans l’ensemble des pays capitalistes développés, sans parler des autres. Les Etats-Unis, l’Allemagne, l’Italie, la Grande-Bretagne n’y échappent pas plus que nous. Partout le monde du travail est atteint par ce nouveau mal qui répand la terreur, le chômage ; partout l’inflation et la misère gagnent du terrain du fait des nouvelles techniques de production et des lois implacables de l’économie de marché condamnant les entreprises à la compétitivité et à la modernisation, ou à la faillite.
On n’en sortira pas. Tant que les hommes au pouvoir et les incapables qui s’y accrochent s’obstineront à rafistoler un système économique né dans la période de pénurie et devenu caduc avec l’apparition de l’abondance ; tant que l’on cherchera à résoudre le problème de la quadrature du cercle  ; tant que les politiciens en quête d’une majorité et toujours en retard d’une révolution comme nos généraux en retard d’une guerre feront la loi ; tant que pour sauver le franc on laissera crever les Français ; tant que des faiseurs de miracles et des rebouteux appliqueront leurs cataplasmes sur des jambes de bois pour guérir les hemorroïdes ; tant que des libéraux avancés installés à l’Elysée et à Matignon feront la pluie et le beau temps, on n’en sortira pas.
Alors, la « troisième voie », j’ai bien peur que ce ne soit qu’une voie de garage.

* du 1e février.