La vie sociale

Publication : juin 2004
Mise en ligne : 6 novembre 2006

Le texte ci-dessous a été écrit par le fondateur du Mouvement J.E.A.N. dans l’immédiat après-guerre. Il me semble toujours d’actualité parce qu’il témoigne de la ténacité de l’humanité à se libérer par la machine de l’effort mécanique afin de créer de l’abondance. Il révèle pour chacun d’entre nous quelle attitude intérieure est à rechercher afin de la relier avec justesse aux réflexions économiques et socio-politiques publiées chaque mois.

Mouloud Touileb.

La société humaine est dans une impasse. Ses possibilités de production sont telles qu’elles entraînent un chômage massif ou une destruction massive. On cherche des solutions, massives elles aussi. Mais si la nature est abondante, elle n’est pas massive ; son abondance est délicatement variée et ses beautés sont dissemblables. C’est en se conformant aux lois de la nature que la société trouvera son équilibre dans l’abondance.

L’obstacle à cet équilibre est que chacun espère encore connaître les joies de l’acquisition, même injuste et illégale. Erreur qui nous vaut des guerres insensées ! Il n’est heureusement pas nécessaire que la société soit sage pour que l’homme puisse le devenir. L’abondance n’appartient pas à la société, mais à la Vie. L’homme ne détient pas son existence de la société, mais de la nature ou du créateur. Il peut vivre dans l’abondance dès qu’il le veut et il ne s’éloigne d’elle que dans la mesure où il se laisse contaminer par la déraison du siècle. La société humaine ne pourra subsister qu’en s’adaptant à l’abondance. Il ne nous appartient pas de savoir jusqu’à quelles déceptions il faudra descendre pour que le bon sens reprenne ses droits.

Notre devoir, à l’égard de la société, ce n’est pas de la plaindre, mais bien de nous comporter délibérément dans l’abondance jusqu’au moment où la société s’y conformera elle-même, nous déchargeant ainsi d’efforts devenus inutiles. Ce n’est pas d’elle qu’il faut attendre l’exemple, c’est à nous de le lui donner. Et si quelqu’un hésite à donner cet exemple, c’est qu’il suppose encore que l’abondance appartient à la société humaine, alors qu’elle est un fait naturel qu’un trust ni aucun gouvernement ne sauraient détenir.

La société étouffera sous l’amoncellement des biens acquis ou bien elle s’épanouira dans la distribution des biens produits en abondance.