Le Veau d’or dévore l’État

par  P. VINCENT
Publication : février 2000
Mise en ligne : 7 mai 2010

Priorité au camouflage. Pour résoudre le problème des banlieues, on redistribue les effectifs et on redistribue les aides sociales, mais on se garde d’augmenter le pouvoir d’achat par création monétaire. Au lieu de créer de la monnaie de consommation on préfère baisser les taux de crédit, quitte à “attraper” les braves gens. On cache les négociations pour l’AMI et, à l’occasion (OMC-Seattle, vache folle, etc.), on mobilise les médias et les intellectuels contre les états-Unis, ou contre l’Anglais, ou contre Bruxelles. Les hommes politiques assistent aux grand’messes sportives, ils se font voir dans les régions où les sinistrés sont réduits à tendre la main aux princes, mais l’état se désengage : les futurs scandales bancaires ne seront pas de leur faute, on trouvera un second couteau mafieux pour porter le chapeau. Un “Consortium de Réalisation des Actifs du Crédit Lyonnais” a été mis en place pour vendre ces “actifs” à bas prix aux petits copains (les dépouilles sont partagées entre chacals et vautours)… et les passifs seront épongés par les contribuables. De même pour les futurs scandales sanitaires : ils seront la faute de l’OMC ou de diverses structures à l’abri de toute sanction électorale et juridique. Quant aux retraites, ce seront les fonds de pensions.

L’État n’est plus qu’un décor, une toile sur laquelle des maîtres du pinceau barbouillent du blanc et/ou du rouge, selon les indications qu’ils reçoivent des prévisionnistes branchés sur les instituts de sondage. Si ceux-ci prévoient que le traité d’Amsterdam sera mal digéré, c’est que le gouvernement est trop blanc. Alors on dissout pour mettre du rouge, du vert, du rose ! Et la caravane passe ! Les rouges ont parfois le droit de s’abstenir, mais ils s’engagent à ne jamais rester contre : c’est la condition pour rentrer dans le NET qui s’abat comme un filet sur les bancs de poissons colorés que nous sommes, nous, les néo néo colonisés.

L’État est mort, vive les médias !

Peut-être que demain, lassé de ce jeu entre “blancs qui s’affichent rouges” et “rouges qui copient les blancs”, le peuple préférera l’original à la copie. D’autant plus que les blancs, conseillés par des psychosociologues super bien payés, s’affichent dé-mo-cra-tes : on n’a jamais vu tant de partis démocrates gagner des élections, alors qu’à “gauche” on en est encore au culte du chef, issu de tractations obscures à divers niveaux.

C’est pourtant aux héritiers de 1789 et 1870 que reviendrait la mission d’expliquer qu’à l’heure d’Internet, des fax, de la téléphonie sans fil, du DVD, etc. on peut informer les citoyens, systématiser le référendum…