Le changement, c’est pô maintenant !

États d’âme d’un citoyen de base
par  S. BAGU
Publication : juin 2013
Mise en ligne : 26 septembre 2013

 L’économie

Voilà un an qu’on a changé de Président. Je n’avais pas voté pour Hollande, ni au premier tour, ni au deuxième, où j’ai fait un vote blanc, tellement j’étais persuadé que ça ne changerait rien au sort d’une partie de plus en plus grande du peuple qui vivote et qui souffre. Néanmoins je fus satisfait de ne plus voir Sarkozy et ses sbires au pouvoir. Au lendemain de l’élection, j’ai regardé la journée de son intronisation et je reconnais que je fus touché par la joyeuse effervescence de la foule quand Hollande serrait des mains. Les gens étaient vraiment émus, certains avaient sans doute des larmes qui perlaient, tant l’espoir d’un sort meilleur semblait naître avec ce changement de majorité.

La désillusion n’allait pas tarder. Peu de temps après sa visite à la Thatcher allemande, le Président envoyait aux orties sa promesse de modifier le traité européen et il renia par la suite tous ses engagements qui devaient nous améliorer un peu l’existence.

Un an après, il continue de faire allégeance aux puissances financières et au patronat : il s’est presque fait applaudir publiquement par la présidente du Medef après la signature des accords sur la flexi-sécurité signé honteusement par la CFDT

Il est donc clair que les socialistes au pouvoir ne font que gérer la crise et se contentent de placer des rustines et des béquilles là où il y a urgence et clament à l’envi que toutes les mesures austères et impopulaires permettront d’accoucher d’une société bien meilleure en 2017. Tu parles Charles ! Ça me rappelle Mauroy en 1983 : « On sème aujourd’hui et on récolte demain ! » On a surtout récolté des clopinettes !

Tout ça fait que la classe ouvrière modeste, les chômeurs, les précaires, les exclus, se jettent dorénavant dans les bras du front national. Marine Le Pen a déclaré le 1er mai qu’elle était « la lumière de l’espoir pour la France plongée dans les temps obscurs » (sic).

Je vois avec effroi le fascisme revenir à grands pas.

La doxa médiatique est aussi en grande partie responsable de cet état de putréfaction, car pour trouver des solutions à la crise (qui a bon dos) elle ne cesse de ressortir les vieilles recettes qui n’ont jamais rien prouvé : j’en ai marre d’entendre D. Pujadas, C. Chazal, M. Drucker et leurs confrères des chaînes radios et TV reprendre finalement le fameux “il n’y a pas d’alternative“ de la dame de fer rouillée. Et les économistes et journalistes économiques qui se pavanent à longueur d’année nous servent la même soupe libérale : F. de Closet, é. Cohen, J. Attali, A. Minc, J-P. Fitoussi, J-P Chapel, M.Touati, D. Seux, J.-M. Aphatie, J.-M. Sylvestre bref tous ceux qui passent chez Calvi.ou ailleurs.

Alors quoi faire quand on est persuadé, tellement c’est logique, du bien-fondé de l’économie distributive pour mieux se faire entendre et surtout comprendre ? Les gens qui s’interrogent connaissent bien maintenant et sont assez d’accord avec toute la première partie du remarquable texte de François CHATEL dans la GR d’avril 2013 De la coopération. Où ça coince c’est dès qu’on aborde ce qu’on lit dans le dernier paragraphe : il faut une monnaie non fructifiable, autrement dit une monnaie qui soit seulement un pouvoir d’achat et qui ne serve qu’une fois. Personnellement je ne suis jamais arrivé à convaincre quelqu’un, mon ami Azzedine mis à part, de la nécessité de changer la nature de la monnaie. Les gens ont du mal à s’imaginer qu’on ne puisse plus mettre 3 sous de côté pour qu’ils fassent des petits !

Pour que la pensée de Jacques Duboin soit un peu plus entendue, il faudrait bien sûr passer dans les médias et ce n’est pas de la tarte. En dehors des moyens habituels, il serait nécessaire que les abonnés de la GR envoient souvent des messages dans la boîte vocale de Là-bas, si j’y suis de Daniel Mermet sur France Inter. C’est la seule émission où un message concernant nos idées pourrait passer. Je donne pour cela le numéro de téléphone de l’émission : 01 56 40 37 37.

 La charité

Début 2013, il y a eu comme chaque année la campagne des Restos du cœur fondés par Coluche. C’est bien rôdé maintenant. Un client arrive au supermarché où un bénévole des Restos l’accueille, avec un grand sourire et lui donne un sac où le citoyen mettra des denrées achetées pour le compte de l’association. Grand sourire également du client. Quelques instants plus tard, même manège à la sortie du magasin. Sourire de satisfaction chez celui qui donne le sac et chez celui qui le reçoit. Et les deux sont bien contents. Je fais le bien, tu fais le bien, nous faisons le bien et chacun rentre chez soi la conscience soulagée et… à la prochaine !

Une fois que le bénéficiaire a fini ses denrées, il ne lui reste plus qu’à croupir en attendant la prochaine campagne. Et ça fait 27 ans que ça dure !

Que dirait Coluche, lui qui devait penser que son action allait mettre les politiciens devant leurs responsabilités ! ça fait 27 ans que les Enfoirés font leurs numéros de charité et que la plupart des artistes viennent surtout pour leur image ! Et toutes les associations font de même : le Secours Catholique, ATD Quart-Monde, Emmaüs de l’abbé Pierre, le Secours Populaire Français, l’Armée du Salut, etc.

Je n’ai jamais vu une manif géante organisée par ces associations dans la rue, avec leurs bénéficiaires afin de sensibiliser un gouvernement à ce problème honteux qui est « la misère dans l’abondance ».

En 2007, M.-L. Duboin est venue faire une conférence à Vaulx-en-Velin. Bien avant, j’avais envoyé l’information à tous les organismes cités plus haut en leur expliquant en deux mots de quoi il s’agissait. Eh bien personne n’est venu, ce qui en dit long sur leur intention de vouloir supprimer la misère !

Si la misère disparaît, eux aussi par la même occasion, cette perspective doit bien les chagriner quelque part car il est agréable de se voir flatter, remercier, photographier, filmer, mis en exemple pour le “bien“ qu’ils font…

C’est pourquoi je pense que nous, les partisans de l’économie distributive et les gens qui pensent un peu comme nous, nous devrions faire preuve dorénavant de plus de fermeté… et de réserve envers ces associations. Nous montrer franchement désagréables dans nos propos et nous servir de la citation de Victor Hugo qui orne la couverture de la GR, et d’autres qu’on trouve sur le site http: //www.economiedistributive.fr

 L’infantilisation du peuple

Dans la GR 965 d’avril 1997, L’abbaye de Sainte Économie revisitée, je dénonçais les procédés employés pour abêtir au maximum le peuple. Cela s’est amplifié : avec à côté du rugby professionnel, du foot et de sa cohorte de supporteurs déchaînés, les jeux de grattage se sont multipliés et le Tour de France draine encore plus de monde malgré ses scandales à répétition.

Depuis quelques années, on peut ajouter les émissions de téléréalité, le nombre pléthorique des émissions culinaires avec des concours où il faut écrabouiller le concurrent, aller au bout de soi-même et autres tartignoleries du même tonneau, des feuilletons cucu gnan gnan comme Plus belle la vie, et que dire des concours de chant où le gagnant n’aura droit qu’à une gloire somme toute éphémère ? Maintenant il faut ajouter les portables, pardon les smartphones, devenus quasi aussi indispensables que l’air qu’on respire. Déjà qu’on ne se parlait plus guère dans les transports en commun avant leur apparition, maintenant celui qui téléphone ignore complètement son voisin, l’autre, comme si physiquement il n’existait pas. Ça devient terrifiant ! Certains dorment avec leur Smartphone tellement ils ont peur de louper un appel ou un SMS ! À la télé les micros-trottoirs envahissent les JT : obtenir l’avis des vrais gens est d’une importance capitale, surtout dans les marronniers : départ en vacances, rentrée scolaire, premiers bains de soleil, embouteillages, fin des vacances. Alors, par la force des choses, les réponses citoyennes sont d’une affligeante banalité. Et comment pourrait-t-il en être autrement quand le reporter demande par exemple : « que pensez-vous de ce printemps doux et précoce ? » Et le vacancier balbutie : « c’est génial, c’est super, c’est super-génial ! ». Et le commentaire se termine d’une voix suave et des propos infantiles.

Je pourrais continuer les exemples où l’apologie de la médiocrité est mise en exergue.

André Gorz a écrit que le passage dans une société post-capitaliste et plus humaine se ferait en passant soit par la civilisation, soit par la barbarie.

Nous sommes bien partis, hélas, pour cette seconde façon.


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