Le mythe de la croissance durable

par  J. HAMON
Publication : mai 2014
Mise en ligne : 10 octobre 2014

Deux économistes hollandais, spécialistes des marchés pétroliers, pensent que les mesures prises pour sauver les banques ont été une erreur ...

Mais pour ces économistes, si ces mesures ne relancent pas l’économie c’est parce que la hausse du prix des produits pétroliers va devenir insupportable.

Jacques HAMON recommande la lecture de leur livre et des sources de réflexion qu’il cite en référence :

Oskar Slingerland et Maarten Van Mourik viennent de publier une monographie fort hétérodoxe, La crise incomprise, quand le diagnostic est faux, les politiques sont néfastes. Sans nier que la récente crise ait résulté d’inacceptables manipulations financières, les auteurs soulignent que le déclencheur est à rechercher du côté du prix croissant des énergies fossiles carbonées et suggèrent que, dans la majorité des pays développés, la recherche d’une croissance notable et durable relève du mythe.

Les auteurs ne suggèrent pas la fin prochaine des produits pétroliers mais seulement le plafonnement durable de leur production, à un prix élevé. Ils confirment l’étude de J-M Jancovici (sans le nommer) liant la croissance à la consommation d’énergie. Ils mentionnent que là où gaz naturel et pétrole peuvent être produits à bas coûts, les pays concernés doivent les vendre cher pour avoir de quoi éviter des troubles sociaux - et qu’ailleurs la production de gaz et de pétrole est de plus en plus coûteuse - d’où un prix durable du pétrole aux environs de 100 US$ le baril.

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éd. L’Artilleur/Toucan,
16 rue Vézelay 75008 Paris, 171 pages, 14€90.

Le passage aux énergies renouvelables ne pouvant qu’être fort lent, avec de nombreux obstacles techniques actuellement sans solution évidente, les auteurs font le pari que la croissance, dans les pays développés, ne saurait être que très faible, sinon négative – pendant des décennies et peut-être de façon définitive.

Slingerland et Van Mourik ne croient pas que les communautés nationales ou régionales puissent avoir la capacité et/ou la volonté d’adapter la politique économique pour gérer le coût croissant du pétrole et du gaz et l’absence de croissance. C’est donc la vérité des prix qui dictera les évolutions socio-économiques, avec des crises plus ou moins aiguës.

On peut ne pas être d’accord avec leurs conclusions, mais il serait opportun non seulement de lire leur analyse, mais aussi de consulter les principales de leurs références bibliographiques – et aussi de relire de Jancovici Les limites énergétiques de la croissance [1]


[1dans Le débat N°171 sep-oct 2012, pp 80-95.