Le problème de la faim dans le monde

Publication : juin 1981
Mise en ligne : 7 novembre 2008

NOTRE ami Albert Chantraine nous a envoyé un « communiqué de la bonne volonté mondiale », intitulé «  La Commission Brandt : l’interdépendance mûrit ». Son auteur, M. Christophe Laidlaw, rapporte les travaux de la commission des Nations Unies pour le Commerce et le Développement (C.N.U.C.E.D.) concrétisés dans un rapport présenté à M. Waldheim, secrétaire général des Nations Unies.
Cette Commission est composée de délégués de gouvernements du Nord et du Sud, c’est-à-dire des pays industrialisés, des pays en voie de développement et des pays pauvres. Les participants en ont une vue unanime et réaliste des perspectives économiques mondiales et de la catastrophe qui atteint aussi bien les nations riches que les nations pauvres, s’ils échouent dans leur tentative d’union.

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Leurs constatations sont pessimistes. Les injustices de développement, avec les tensions accumulées résultant des écarts entre le Nord et le Sud peuvent conduire à un « holocauste global ». Le Nord a besoin du Sud : ce sont les pays développés qui seront confrontés à une baisse régulière du niveau de vie.
Cette interdépendance constatée, la Commission reconnaît qu’il faudra longtemps pour résoudre tous les problèmes. Elle recommande un programme quinquennal avec ces objectifs :
- transfert massif de ressources aux pays en voie de développement,
- stratégie énergétique internationale,
- programme alimentaire global,
- série de réformes économiques et monétaires internationales.
La Commission concentre son attention sur le caractère compliqué de l’interdépendance, en analysant successivement commerce, marchandises, industrie et multinationales, énergie, désarmement et développement, avant de montrer qu’une réforme monétaire est nécessaire.

Sa recommandation finale est celle d’un sommet des dirigeants mondiaux représentant aussi bien le Nord que le Sud assemblés non pour négocier, mais plutôt pour changer graduellement le climat international avec participation active des présidents et premiers ministres.

Commentaires et remarques

Les responsables de la Commission ont eu le grand mérite d’intéresser à leurs travaux les principaux experts des pays riches et des pays pauvres en leur faisant reconnaître l’interdépendance entre toutes les nations.

Mais hélas ! les recommandations proposées, intellectuellement séduisantes, sont pratiquement inapplicables dans l’actuel système mondial de l’échange et du profit.
En effet, dans le plan quinquennal envisagé, le principal des objectifs suggérés, c’est-à-dire le transfert des ressources, ne peut pas s’accomplir. Il faudrait pour cela, en effet, que les pays riches ne pratiquent pas le malthusianisme de la production, mais s’efforcent au contraire, d’obtenir des surplus. Et d’autre part, que les pays pauvres offrent suffisamment de matières premières en contrepartie, à défaut de crédits.
Les analyses de la Commission sur le Commerce Mondial, le protectionnisme, les armements, les gaspillages, le comportement des multinationales sont pertinentes. Malheureusement, toutes ces. propositions sont irréalisables dans l’état actuel des économies de marché où le plus fort dévore le plus faible.
Peut-on rêver ? Il faudrait que le « Sommet » préconisé par la Commission, où tous les dirigeants mondiaux siègeraient, décide :

- dans un premier temps, une planification à l’échelle mondiale de la production en se basant sur les besoins réels minima des peuples sous- alimentés,

- dans un deuxième temps, parallèlement à la répartition, l’octroi à ces mêmes peuples d’une aide effective pour qu’ils parviennent à participer eux-mêmes à leur propre subsistance, par l’envoi de volontaires et d’éléments incorporés obligatoirement clans un corps de services civils. Après tout, pendant la durée de la dernière guerre, les U.S.A., à eux seuls, ont réussi à équiper et entretenir des millions d’hommes avec des moyens qui seraient aujourd’hui, grâce aux techniques récentes, multipliés un grand nombre de fois.

L’interdépendance entre les peuples serait ainsi réellement chose faite avec un gouvernement supra-national.

(1) Président de la Ligue internationale des droits de l’homme. Conseiller de François Mitterrand.